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Le soutien scolaire se trouve via l'écran du smartphone

En lançant son app pour smartphone Bulbee, la genevoise Dina Mottiez veut simplifier et sécuriser la recherche d'un répétiteur, afin que les élèves, les parents et les professionnels puissent plus facilement se retrouver et faire profiter les élèves de sessions de soutien scolaire.
  • Avec Bulbee, les cours de soutien deviennent plus faciles à organiser entre élèves et répétiteurs.

    Crédits: Image: Bulbee
  • Un compte peut être créé sur l'app en quelques minutes en répondant à une série de questions.

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  • L'utilisateur peut très facilement chercher un répétiteur et trouver la personne qui lui conviendra le mieux.

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Mercredi 16h00 à la bibliothèque municipale: Jérémy, 15 ans, se triture l'esprit depuis deux jours sur des équations à deux inconnues. Définitivement, le jeune homme a des soucis pour venir à bout de son programme de mathématiques. Or, les évaluations approchent. Qu'à cela ne tienne: il dégaine son smartphone, ouvre une app et active la recherche géolocalisée. Par chance, Lucas est à 250m de lui, lui aussi est en train de travailler, mais cet étudiant en mathématiques à l'université donne des cours particuliers. Les deux se rejoignent donc rapidement et travaillent sur cette partie du programme qui tracasse Jérémy.

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Ce cas concret, totalement fictif, pourrait devenir bien réel d'ici quelques semaines: en lançant son app pour smartphone Bulbee, l'enseignante genevoise Dina Mottiez veut simplifier la mise en relation entre les élèves/étudiants (ainsi que leurs parents pour ceux qui sont mineurs) et les répétiteurs. «Etant face aux élèves quotidiennement, j'ai rapidement réalisé qu'il n’était pas toujours facile pour nous autres enseignants de répondre de façon individuelle aux difficultés de nos élèves car ils sont environ 20 par classe avec des rythmes d’apprentissage différents. Or l’équilibre est atteint lorsque l’enseignement groupal et le soutien individuel cohabitent au sein de la classe. Il faut donc parfois envisager un suivi personnalisé qu’il faut entendre non pas comme un concurrent à l’enseignement public mais bel et bien comme un complément à ce dernier, voire une forme de prévention. Et comme ces adolescents et jeunes adultes ont les yeux rivés sur leur smartphone, je me suis dit que c'était cet outil qu'il fallait utiliser pour les atteindre et coller au mieux à leurs habitudes et usages de consommation», glisse la fondatrice et CEO de Bulbee.

Deux types de recherche pour trouver un répétiteur

Après six ans d'enseignement, la jeune femme a acquis une bonne connaissance des besoins et des difficultés des élèves. Mais pour elle, pas question de lancer un business qui se rétribuerait sur chaque prestation: Dina Mottiez a la fibre entrepreneuriale, mais aussi sociale; sa solution doit uniquement mettre en rapport les élèves et leurs répétiteurs sur une plateforme commune, mais pas ponctionner chaque prestation à la manière de certaines solutions digitales disruptives qui prélèvent une commission à chaque fois que le client utilise un service proposé par l'app. «J'ai préféré une formule d'abonnement trimestriel à tous les utilisateurs du service qui donne accès pour 21 francs à l'ensemble des répétiteurs. Et une fois qu'on a trouvé la personne idéale pour ses cours et séances de soutien, il n'y a pas d'obligation à rester abonné, sauf à vouloir trouver d'autres professionnels et/ou profiter de l’efficacité de notre service», confie Dina Mottiez.

Concrètement, la solution est très simple: l'élève crée un compte sur l'app et paie son abonnement Bulbee via son identifiant Apple ou Google Play, puis il a le choix entre deux types de recherche: la recherche immédiate par géolocalisation, qui repère les répétiteurs disponibles dans les minutes ou heures qui suivent dans un rayon très proche, et la recherche classique en cherchant un profil et un créneau dans l'agenda du répétiteur. «La première solution, baptisée QuickBook, est davantage destinée aux situations de blocage, aux besoins d'une aide rapide, tandis que la seconde est plutôt destinée aux stratégies d'aide sur le moyen et long terme», précise la fondatrice de Bulbee, qui ajoute qu’il ne faut pas «concevoir le service uniquement pour des cas d'extrême secours, quand une situation est désespérée, mais une carte à jouer pour la prévention des lacunes et l'amélioration des performances». 

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Pour rassurer les parents, une fonctionnalité originale a été implémentée: le compte parent est relié à celui de son enfant mineur. Aussi, dès que le cours de soutien commence, l'élève mineur peut activer une géolocalisation de son cours pour rassurer ses parents. La sécurité est d'ailleurs une des priorités de Dina Mottiez: «La certification d'enseignant n'est pas primordiale mais avoir un casier judiciaire vierge l'est», insiste la fondatrice et CEO. Pour les compétences pédagogiques, bien que tous les répétiteurs passent un questionnaire pédagogique à leur inscription, elle souligne l’importance du relationnel: «Un répétiteur de 18 ans peut être la meilleure aide pour un jeune de 17 ans car le programme est encore frais pour lui et il partage les réflexes et habitudes de son cadet».

L'autre aspect qui distingue l'app de solutions traditionnelles, c'est l'évaluation. «Nous sommes les plus grands évaluateurs puisque nous passons l'année scolaire à noter et donner des avis sur leur travail... mais nous détestons être nous-mêmes évalués. Or, entre l'élève et l'enseignant, il y a une relation pédagogique, donc une relation. Et ce terme induit que les deux parties soient actives», assène Dina Mottiez, qui, deux fois par an, invite ses élèves à l'évaluer et assure que ces retours lui ont permis d'améliorer son travail.

Dina Mottiez ne veut pas quitter l'enseignement

Alors même que l'app vient juste d'être mise en ligne sur l'AppStore et Google Play, Bulbee comptait déjà 300 répétiteurs pré-inscrits via leur site de lancement et plus de 60 parents d'élèves ou élèves/étudiants ayant fait part de leur intérêt. De quoi faire décoller la solution aujourd’hui à son lancement officiel, deux ans après avoir eu l'idée de Bulbee et un an après en avoir précisé les contours. «J'ai eu la chance de pouvoir compter sur mes proches et des connaissances pour assurer la première phase de financement et ainsi lancer les phases de design, de développement de l'app, recruter mon développeur iOS/Android, Xavier Gerber, des développeurs web et m'adjoindre les expertises d'un responsable communication digitale, d'une responsable relations publiques et d'un avocat», détaille la CEO.

Alors que sa start-up a été sélectionnée par le Swiss EdTech Collider de l'EPFL, une initiative dévolue aux jeunes pousses dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement, Dina Mottiez n'envisage pas de quitter son poste d'enseignante: «Je tiens à garder un pied dans l'enseignement, afin de ne pas être déconnectée des besoins des élèves, et aussi parce que c'est ce qui me passionne». Cependant, elle assure avoir déjà beaucoup d'idées pour des versions ultérieures de Bulbee.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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