Bilan

Le site suisse qui connecte producteurs de café et torréfacteurs

Un torréfacteur qui achète son café directement auprès du producteur: c'est le pari relevé par trois jeunes Suisses qui viennent de lancer Algrano, une plateforme web qui met en relation les différents acteurs du café.
  • Mettre en relation directement producteurs et torréfacteurs, c'est le créneau de la startup suisse Algrano.

    Crédits: Image: Algrano
  • Les jeunes Suisses ont sillonné les exploitations de café d'Amérique latine ces derniers mois pour expliquer leur démarche aux producteurs.

    Crédits: Image: Algrano
  • Les startupers ont remporté plusieurs prix internationaux.

    Crédits: Image: Algrano
  • Les trois cofondateurs suisses entendent favoriser la traçabilité du café en permettant aux torréfacteurs de mieux connaître l'origine des grains qu'ils vont travailler.

    Crédits: Image: Algrano

Entre la plantation du producteur et la tasse, chaque grain de café vit une véritable odyssée: récoltant et sécheur (parfois deux personnes différentes), négociant ou coopérative, grossiste, exportateur, importateur, torréfacteur, distributeur,... Avec, de ce fait, une traçabilité difficile à garantir. Or, depuis une quinzaine d'années, d'abord avec les nouveaux géants mondiaux du secteur comme Nespresso ou Starbucks, puis avec le mouvement des barista, ces barmen du café, connaisseurs des meilleurs grands crus, les consommateurs sont devenus de plus en plus attentifs à l'origine de leurs grains.

Pour faciliter ce suivi des origines et aboutir à des circuits courts entre le caféier et la tasse, trois jeunes Suisses ont uni leurs talents pour monter la plateforme algrano.com. «Quand on a pensé à cette idée, tout les professionnels du secteur du café nous ont fait part de leur intérêt et cela nous a motivés», raconte Gilles Brunner. Ce Valaisan est le seul des trois à avoir fait carrière dans l'univers du café avant de créer algrano: ancien collaborateur d'un d'un des plus grands marchands de café, d'abord à Lausanne puis au Brésil. Raphaël Studer, docteur en économie, est un de ses amis soleurois de l'université et Christian Buri, Valaisan lui aussi, physicien, a quant à lui une expérience au Chili dans le conseil en développement durable. Voici plusieurs mois, les trois réfléchissent à un projet centré autour d'une plateforme web qui mettrait en relation directe torréfacteurs et producteurs.

Un premier conteneur avec du café du Nicaragua

C'est ainsi que naît l'idée algrano, dont le nom est tiré d'une expression «Vamos directo al grano» qui se traduit par «aller droit au but»: un mix entre Facebook et Tripadvisor mais avec une dimension marchande qui valorise le travail des deux bouts de la chaîne. Car les trois jeunes Suisses ont rapidement analysé la situation. «Le nombre de petites torréfactions qui se spécialisent dans la mise en valeur de grains de café de haute qualité explose en Europe. Ces petites entreprises cherchent à se démarquer des grandes marques en trouvant des cafés - non torréfiés - exceptionnels et en développant des relations directes avec les producteurs», constate Raphael Studer. «De l’autre côté de la chaîne, les producteurs de cafés se spécialisent aussi en produisant des cafés qui révèlent les caractéristiques de leurs terroirs. Tous rêvent un jour d’exporter leur propre café», ajoute Gilles Brunner.

Et pour faire connaître à ces partenaires éloignés le travail qui est réalisé à plusieurs milliers de kilomètres, quoi de mieux que de les faire voyager virtuellement, à défaut de les embarquer dans des explorations dans la vie réelle? Gilles, Raphaël et Christian imaginent donc une plateforme où les producteurs comme les torréfacteurs peuvent s'inscrire, créer une fiche, mettre en ligne des photos des plantations, établir un descriptif de celle-ci (surface, variétés cultivées, nombre d'employées), mentionner d'éventuels labels,... Une fois le contact pris, le torréfacteur peut passer commande sur des volumes réduits, algrano se chargeant d'ouvrir un conteneur en ligne par pays ou région productrice pendant un temps donné. Sitôt le conteneur rempli avec les différentes commandes, un exportateur partenaire le prend en charge et l'achemine vers sa destination. «Actuellement, nous avons ouvert un premier conteneur au Nicaragua, où nos cinq premiers producteurs ont mis en ligne leurs produits. Il sera acheminé vers Brême dans les semaines à venir», annonce Gilles Brunner. Une centaine de torréfacteurs, principalement européens, sont déjà inscrits.

Mais algrano n'en est là qu'à ses prémices: «Nous avons pris part à la Foire européenne du café à Göteborg, en Suède, à la mi-juin, où nous avons d’emblée remporté le prix de l’innovation. Nous voulions que la plateforme soit opérationnelle, même avec un nombre encore restreint de producteurs. Mais d'ici fin 2015, nous espérons avoir près de 100 producteurs d'Amérique latine, notamment du Brésil. Et nous avons déjà des fermiers sur d'autres continents qui nous ont fait part de leur intérêt, avec l'inscription d'un caféiculteur éthiopien voici quelques jours», précise Gilles Brunner. Trois semaines après le lancement du site, ils sont une trentaine déjà inscrits.

Une démarche basée sur la qualité et le commerce équitable

De Göteborg au Brésil et de l'Ethiopie au Nicaragua, la startup suisse se veut réellement internationale. D'ailleurs, elle a pu bénéficier de deux programmes de soutien en Amérique du Sud (Startup Chile et Startup Brasil). Mais n'oublie pas ses racines: en plus de leurs fonds propres et des programmes de soutien, les startupers ont notamment pu compter sur deux investisseurs suisses pour lever au total 320'000$ en deux ans. Et la centaine de torréfacteurs suisses constituent une clientèle privilégiée pour algrano, au même titre que leurs 600 homologues en Allemagne.

Pour satisfaire ces professionnels qui se spécialisent de plus en plus vers des grands crus et des cafés de spécialités, pas question de miser sur le volume mais sur la qualité: «Un café conventionnel est vendu entre 150 et 200$ le sac de 60kg, mais si on cherche un café de haute qualité, ce prix peut grimper jusqu'à 2000$. Sur algrano, les prix varient actuellement entre 4,60CHF/kg et 8,70CHF/kg (soit entre 294 et 553$ le sac de 60kg, NDLR), car nous veillons à avoir des grains de haute qualité», explique Gilles Brunner.

Mais ces prix plus élevés que ceux du café conventionnel constituent également une bouffée d'oxygène pour les producteurs: «Un petit producteur produisant 90 sacs de café sur 3-4ha, gagne environ 15’000 CHF par an avec le prix FairTrade. Si seulement un tiers de son café est vendu comme café de qualité, il peut augmenter son revenu d’environ 7’000 CHF, soit 50% d’augmentation», ajoute le startuper suisse, qui précise que la démarche du commerce équitable a été l'un des moteurs dans la création d'algrano. Une démarche intimement liée à la recherche de la qualité: «C'est un reproche fréquemment adressé aux labels Fairtrade que de ne pas avoir d'incitation aux producteurs pour faire de la qualité. Pour notre part, nous n'imposons pour le moment aucun label, libre à chaque torréfacteur de choisir le producteur avec le label de son choix, FairTrade, Rainforest Alliance, Utz, Bio, etc. Mais en encourageant l'amélioration de la qualité et la mise en relation directe des différents acteurs, en se passant de certains grossistes ou intermédiaires et de leurs commissions, algrano est un acteur de cette démarche équitable», argumente Gilles Brunner.

algrano from algrano on Vimeo.

Tandis que l'équipe s'est étoffée avec le recrutement de Fabio Kuhn pour développer la plateforme web et ses fonctionnalités, les trois cofondateurs poursuivent leurs projets. Trois axes sont privilégiés pour les prochains mois: démontrer le fonctionnement de la plateforme en facilitant l'importation de deux ou trois conteneurs, et en accroissant le nombre de producteurs et de torréfacteurs présents et actifs sur le site, ouvrir de nouvelles possibilités sur le site avec avec le développement d’une application mobile dédiée aux producteurs qui ont eux sauté l’étape de l’ordinateur de bureau, et un dialogue intensifié avec les investisseurs pour envisager des développements futurs.

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."