Bilan

Le site lausannois Paper.li affole la planète web 2.0

Basée au Parc scientifique de l’EPFL, la société Smallrivers développe le prochain Facebook

C’est un peu comme si Steve Jobs sonnait à votre porte pour vous demandez d’utiliser votre ouvre-boîte. L’ouvre-boîte, c’est le site gratuit d’agrégation de contenus Paper.li. Mis au point par la société Smallrivers basée au Parc scientifique de l’EPFL, cette solution permet d’accéder à une information cohérente à partir des flux énigmatiques générés par Twitter. Et Steve Jobs, c’est le géant HBO. Filiale de Time Warner, la chaîne câblée diffusée dans 60 pays a notamment produit Les Sopranos et Sex and the City.

HBO a mandaté Smallrivers pour créer un magazine de fans avec l’objectif de faire la promotion d’une nouvelle série de fantaisie épique, Game of Thrones. Ainsi, les milliers de liens postés sur Twitter à ce sujet sont décortiqués et filtrés en fonction de leur intérêt. Les meilleurs contenus sont restitués sur une élégante page de journal. Attention: nouveau concept. Paper.li est un «curation tool», un outil de curation. L’évolution actuelle du Web le fait ressembler à une «curation nation», d’après le titre du livre de Steven Rosenbaum*. Tandis que la recherche type Google s’applique aux sites traditionnels, la «curation sociale» sollicite les réseaux sociaux et le Web 2.0 où l’utilisateur produit lui-même du contenu.

Fondateur de Lift conférence, Laurent Haug observe: «Paper.li s’inscrit dans un créneau en plein essor. Avec les réseaux sociaux, l’utilisateur filtre l’offre du Net. Mais lorsque vous recevez les recommandations de quelque 500 contacts, vous êtes noyé sous l’information. Le marché attend maintenant le filtrage des filtres. Des services capables de vous avertir: alerte, 500 personnes parlent actuellement du même sujet, ça va certainement vous intéresser.» Paper.li permet en trois clics de composer une revue à partir des liens vers des articles donnés sur Twitter. Les textes, images et vidéos sont immédiatement accessibles. Certes, cela paraît bien pointu au commun des mortels qui ignorent l’existence même de Twitter. Mais la société teste déjà des extensions vers Facebook. A terme, la technologie doit pouvoir s’étendre aux blogs, aux flux d’informations (RSS) comme à l’ensemble des réseaux sociaux.  

Un potentiel vertigineux

«Paper.li, c’est surtout la possibilité pour chacun de devenir un éditeur», souligne Alain Nicod, cofondateur de LeShop, le leader suisse du commerce en ligne acquis par Migros en 2004. Aujourd’hui investisseur avisé, il a financé les débuts de Smallrivers par le biais de la société VI Partners, aux côtés de business angels et avec le soutien de l’Etat de Vaud. «Cette société travaille sur une version qui permettra de produire soi-même du matériel tout en intégrant d’autres sources. L’utilisateur sera en mesure de publier seul son propre magazine. C’est la suite logique du blog», poursuit Alain Nicod. Le potentiel paraît vertigineux en regard des chiffres indiquant qu’un internaute sur deux dépose du contenu sur la Toile.

Méconnu en Suisse, Paper.li est une star à la Silicon Valley californienne. Le site a suscité un gros buzz l’été dernier, repéré par des gourous du Web comme Guy Kawasaki, qui a depuis rejoint le conseil consultatif de la firme. En quelques mois, Smallrivers est passée de 3 à 11 collaborateurs. La firme a clos en janvier dernier une deuxième ronde de financement. La somme de 2,1 millions de dollars a été fournie par de grosses pointures du capital-risque: Highland Capital Partners, Softbank Capital et Endeavour Vision. Chaque jour, le site analyse automatiquement quelque 10 millions de liens en huit langues dont le japonais, dans 200 pays. «Des d’étudiants ou des collectivités comme des villages utilisent Paper.li pour créer leur magazine. Des groupes thématiques ont été fondés le jour même du tsunami au Japon», note Iskander Pols.

Approchée par les éditeurs

Le modèle économique prévoit un financement par la publicité analogue à celui de Google. Mais Smallrivers est aussi approchée par les plus grands éditeurs du monde intéressés à cette solution technologique. La création de la société en 2007 résulte de la rencontre entre Edouard Lambelet et Iskander Pols. Diplômé HEC Lausanne, le premier affiche à son actif la vente d’une start-up télécoms à Alcatel-Lucent en 2004, déjà avec l’appui d’Alain Nicod. Ingénieur formé à l’EPF de Zurich, le second est un ancien d’HP et d’AT & T familier du monde de l’entreprenariat. Après quelques projets qui n’aboutissent pas, les fondateurs se lancent il y a un an dans l’agrégation de contenus. «Dès les quinze premiers jours déjà, nous avons senti aux réactions qu’il y avait là quelque chose de gros», se rappelle Iskander Pols.

Mais Edouard Lambelet garde la tête froide: «C’est une période magnifique. Nous sommes littéralement dopés par les centaines de milliers d’utilisateurs qui créent des Paper.li sur des questions qui les touchent. Mais un projet en brusque accélération comme le nôtre risque la sortie de route à chaque virage. Nous devons rester très attentifs.»

* Steven Rosenbaum: Curation Nation: How to win in a world where consumers are creators, McGraw-Hill, 2011

 

 

Concurrence

L’âge de la pertinence

Différents sites opèrent une sélection de contenus Web 2.0.

Flipboard Disponible sur l’iPad d’Apple, l’application récupère les meilleurs articles postés sur vos comptes Twitter, Facebook et Google Reader. Une réussite graphique. Convoitée par Google, la start-up américaine vient de lever 50 millions de dollars lors d’un second tour de table.

Pulse Ressemble à Flipboard mais orienté vers les flux RSS: fichiers produits automatiquement, par exemple les titres des informations diffusées par les agences.

Sobees Une fenêtre sur les réseaux sociaux conçue par une start-up lausannoise qui intègre infos, photos, vidéos, flux RSS, statuts, twitts…

Tweetedtimes.com Fondé par un scientifique de l’EPF de Zurich, agrège les liens postés sur Twitter en temps réel.

Zite Pour l’iPad, un «reader» avec fonction interactive: comme sur Facebook, vous pouvez mentionner si vous aimez («Like») ou pas un article.

Reddit Permet de soumettre des liens Internet et de voter. Les meilleurs sont affichés en page d’accueil.

News.me Pour l’iPad, l’application développée par le New York Times permet de partager son «journal» avec d’autres utilisateurs. Le service coûte 34,99 dollars par an.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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