Bilan

Le secteur suisse des technologies propres dispose d’un grand potentiel dans l’eau

Au cours du XXe siècle, la population mondiale a triplé et la consommation d’eau a été multipliée par six alors que les ressources sont restées inchangées. L’agriculture, qui consomme actuellement 70% de l’ensemble des eaux utilisées dans le monde, devra accroître sa production de 50% d’ici 2030. Aujourd’hui le tiers de l’humanité vit dans des régions confrontées à des pénuries d’eau et les modèles convergent: sans changements drastiques dans la gestion de cette ressource, ce sera près de la moitié de la population mondiale qui vivra dans un pays sous stress hydrique à l’horizon 2025.

A cela s’ajoutent les changements climatiques qui rendent la situation encore plus instable. Il en ressort que la plupart des pays vont être confrontés à une aggravation des problèmes d’eau, entre assèchement et accroissement des crues, suivant leur localisation et parfois les deux phénomènes se succédant dans les mêmes régions.

A la diminution quantitative des ressources en eau par habitant s’additionne la dégradation qualitative par des pollutions sans précédents dans l’histoire ; ce sont 2 millions de tonnes d’eaux usées et autres effluents qui s’infiltrent ou sont rejetées chaque jour dans les nappes et les eaux superficielles de la planète. Dans les pays en développement, plus de 90% des eaux usées et 70% des déchets industriels sont déversés dans les eaux superficielles, ce qui dépasse le plus souvent très largement les capacités d’autoépuration des corps hydriques.

Un large champ pour l’innovation technologique.

Pourtant, la planète possède suffisamment d’eau, mais elle doit être mieux gérée. La bonne gouvernance dans ce domaine est essentielle mais il existe également un champ important pour l’innovation et les technologies propres. On trouve ainsi un espace important dans la gestion des ressources en eaux et des bassins avec, par exemple, l’application des nouvelles technologies de l’information et des technologies émergentes comme les réseau de micro-capteurs sans fil. A côté de cela, le développement des systèmes d’informations géographiques et de modélisation devient crucial.

Les nanotechnologies, qui se concentrent sur les applications de structures, sont un autre domaine à fort potentiel d’application dans les traitements des eaux. La taille nanométrique (le milliardième de mètre) confère, en effet, des propriétés particulières à des dispositifs ou des matériaux. Des progrès considérables ont ainsi été réalisés ces dernières années dans la fiabilité et la réduction de coûts des membranes.  Celles-ci s’utilisent déjà depuis plusieurs années dans le monde et en Suisse pour la purification de l’eau,  la désalinisation de l’eau de mer ou des eaux saumâtres.

La demande mondiale en équipements pour les traitements de l’eau est large. Près d’un milliard de personnes sont sans accès à l’eau potable. Avec près du quart de la population mondiale qui vit à moins de 25 km des côtes, le marché de la désalinisation croît de 10% par an selon les analystes financiers. Enfin, de nombreuses personnes vivent dans des zones où l’eau est saumâtre. Le marché des grands équipements pour la purification ou le dessalement (souvent très gros consommateurs d’énergie) est déjà très occupé par les multinationales de l’eau. En revanche, il reste une place pour les petits équipements et notamment ceux qui sont économes en énergie.

Le potentiel suisse

La Suisse est doublement concernée. D’une part elle doit répondre à de nouveaux défis concernant ses eaux, comme par exemple la question des micropolluants - les résidus de médicaments ou de substances à effet hormonal qui ne sont actuellement pas retenus par nos stations d’épuration. D’autre part, l’empreinte hydrique (le volume d’eau douce nécessaire à la production de nos biens – 15'000 litres d’eau pour 1 kg de bœuf !)  par habitant de la Suisse est très élevée et 80% de cette empreinte se situe hors de Suisse, notamment dans des régions déjà sous stress hydrique.

La Suisse possède une grande expérience et un savoir-faire dans le domaine de l’eau. Elle est un pays amont exemplaire. Elle a des services des eaux performants. Notre agriculture et notre industrie ont fait des progrès très significatifs dans leur gestion des eaux et des rejets.Plusieurs de nos universités et centres techniques (EAWAGs, EPF, Hautes Ecoles) sont à la pointe dans ce domaine ou dans des domaines à forts potentiels d’application.

Des start-up et PME émergent dans ce domaine. Une spin-off de l’EPFL comme Quantis  occupe ainsi une niche de plus en plus importante, notamment dans des  développements concernant l’empreinte hydrique dont la Suisse coordonne au niveau mondial l’élaboration des normes ISO.Plusieurs de ces start-up et PME se lancent dans des développements technologiques pour répondre aux défis de l’eau avec une claire volonté de pouvoir contribuer à servir le  bas de la pyramide sociale dans les pays en développement ou émergents tout en assumant une responsabilité  environnementale. Il y en a, par exemple, une petite  dizaine dans le seul domaine de la désalinisation et certainement beaucoup plus dans la purification de l’eau. Les défis spécifiques de ces start-up sont courageux et difficiles ; au-delà du défi  technologique, s’ajoute celui d’avoir d’une part un solide « business model » qui garantisse l’opération, la maintenance des équipements et la pérennité d’une chaîne d’approvisionnement en pièces et services spécialisés dans le long terme. D’autre part, il y a  la contrainte de produire de l’eau au  tarif  local. De plus, parce que l’eau est un droit humain, personne ne devrait être exclu du service en raison de son extrême pauvreté, ainsi il  faut  avoir  une solution pour ceux qui ne peuvent pas payer, que ce soit interne au business model ou en interaction avec un système de subside local externe existant et durable.

Répondre à ces défis spécifiques requiert une attention spéciale et une solide connaissance des réalités du terrain dans les pays visés, cela nécessite aussi des relations étroites avec  les populations pour s’assurer que la solution proposée réponde à leur demande et  qu’elle s’inscrit dans les stratégies eau des autorités locales.

 

Un incubateur spécialisé

Le «  International Centre for water management services » CEWAS lancé en 2010,  est un nouvel incubateur de start-up en Suisse, dans les domaines de l’assainissement  et de la gestion des eaux douces. Le CEWAS est un centre unique car il vise la création de start-up mixtes formées  d’entrepreneurs suisses et étrangers provenant de pays pauvres ou émergents. Avec une telle mixité de savoir faire et de cultures, ces start-up devraient gagner en pertinence d’intervention et réduire les risques d’échecs.  Le CEWAS  reçoit le soutien notamment du canton de Lucerne et des conseils de la Direction suisse du Développement et de la Coopération (DDC) ainsi que de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ).

En termes de soutien public, il existe d’importants subsides pour la recherche fondamentale, la recherche appliquée et même la création de prototypes. D’un autre côté, de nouveaux instruments financiers privés émergent (prêts de micro finance, participation au capital) visant des investissements à haut potentiel social et  environnemental tout en permmetant un retour financier à des investisseurs dont la maximisation du profit n’est cependant pas la raison d’être.

Mais, entre le soutien public et les nouveaux investissements privés, il y a un  vide caractérisé par un  un manque de financements et de soutien pour valider le «business model» à une échelle suffisante pour convaincre les privés d’investir. Ce vide est encore beaucoup plus évident pour les cleantechs qui visent le bas de la pyramide, surtout dans les pays en développement ou émergents. C’est pourquoi la DDC réfléchit à un instrument qui serait  capable de combler, à petite échelle, ce manque dans le domaine de l’eau. Il s’agira d’un levier destiné à aider les cleantechs à accroître la qualité de l’eau pour les populations démunies.  Mais soyons clair: un tel engagement requiert des entrepreneurs sociaux et des financiers pas uniquement motivés par le profit.

 

 

LaboSafe «ozonise» les micropolluants

Devenue indépendante de sa maison-mère,  Hildenbrand & Cie, en novembre 2010, LaboSafe commercialise des solutions de sécurité industrielle mais aussi de traitements de l’eau. L’entreprise a, en particulier, l’exclusivité pour le marché suisse d’un système de traitement  par ozone,   concurrent des technologies au charbon actif. Grâce à l’ozone produite à partir d’oxygène,  les micro-organismes encore présents en sortie de station d’épuration sont oxydés et éliminés. L’eau est ainsi débarrassée des hormones, antibiotiques et autres produits pharmaceutiques qui en se concentrant provoquent résistance aux antibiotiques et stérilité.

Une nouvelle directive de la Confédération est en cours d’élaboration, qui va rendre obligatoire l’élimination d’une vingtaine de ces micropolluants. LaboSafe mène actuellement un essai de sa technologie dans une station d’épuration de Schönau dans le canton de Zoug afin de valider sa technologie. Rien qu’en Suisse, le marché de la mise aux normes des STEPs pour éliminer les micropolluants est estimé à 1,2 milliard de francs sur 15 ans. (FD)

 

 

NV Terra électrolyse les étangs

L’électro chimiste Jean-Marc Fresnel a développé un procédé de dépollution des eaux qui n’utilise que de du fer, du sel et de l’électricité. Grâce au support de Bühler  Entreprises Monthey,  ces travaux ont abouti à la création en 2010 de NV Terra. La start-up  industrialise et commercialise le procédé NV Aqua qui évite l’emploi de produits coagulants  dangereux comme les chlores. Basé sur une électrolyse, la technologie purifie les eaux de surface (étangs, lagunes, etc.) et élimine des particules comme l’arsenic tout en conservant les minéraux pour produire une eau potable de qualité. Après des essais en Suisse et en Grèce, NV Terra a préparé plusieurs versions de sa micro station pour des débits allant de 50 à 400 mètres cubes d’eau potable par jour. Encapsulé dans un container et alimentable en électricité avec des panneaux solaires, sa solution est destinée aux pays pauvres. Toutefois, NV Terra étudie aussi la possibilité d’applications pour des stations d’épuration afin de diminuer l’emploi de produits de traitements dangereux à manipuler et à stocker.

 

 

Deutsche zusammenfassung

Wasser - typisch Schweiz

Im 20. Jahrhundert haben sich die Weltbevölkerung verdreifacht und der Wasserverbrauch versechsfacht, während die Ressourcen unverändert geblieben sind. Dabei verfügt die Erde eigentlich genügend über Wasser, nur muss es besser verteilt werden. Dazu bedarf es nicht nur sinnvoller Rahmenbedingungen, sondern auch guter Innovationen und sauberer Technologien.

Im Wasserbereich ist die Schweiz sehr erfahren und besitzt wertvolle Kompetenzen. Mehrere Universitäten und Forschungseinrichtungen (Eawag, EPF, Hochschulen) nehmen dabei Spitzenpositionen ein. In dieser Domäne entwickeln sich Jungunternehmen und KMU, aber auch Fördereinrichtungen wie das 2010 gegründete International Centre for Water Management Services (CEWAS). Dieses Zentrum fördert Startup-Unternehmen, die sich mit der Reinigung und der Behandlung von Süsswasser befassen. Das CEWAS  ist einzigartig. Denn es konzentriert sich auf die Förderung von Unternehmen konzentriert, die von Unternehmern aus der Schweiz und aus Schwellen- oder Entwicklungsländern gemeinsam gegründet werden.

Allerdings besteht eine Lücke zwischen öffentlicher Unterstützung und privaten Investitionen. Es fehlt an Unterstützung und Finanzierung, um dieses Geschäftsmodell auf eine Ebene zu heben, die private Investoren anzieht. Die Direktion für Entwicklung und Zusammenarbeit (DEZA) arbeitet derzeit an einem neuen Finanzierungsinstrument, um diese Lücke zu füllen.

François Muenger

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."