Bilan

Le secteur suisse des jeux vidéo se structure peu à peu

Une forte délégation suisse de studios et de créateurs de jeux vidéos a pris part le week-end dernier à Gamescom 2015, le plus grand rendez-vous du secteur en Europe. L'occasion de fédérer les acteurs du secteur autour d'une démarche ambitieuse.
  • Les studios suisses de jeux vidéos ont pu présenter leurs pépites au salon Gamescom 2015 à Cologne.

    Crédits: Image: DR
  • Venus des studios ou des écoles, les designers et développeurs suisses ont pu nouer des contacts intéressants sur le salon allemand.

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  • Pour un budget modeste de 60'000 francs, la présence suisse a témoigné d'un secteur qui se structure peu à peu.

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  • Pendant quatre jours, plus de 300'000 visiteurs ont sillonné les allées du salon Gamescom et notamment le stand suisse.

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Plus de 300'000 visiteurs en quatre jours: Gamescom 2015 a attiré les foules à Cologne du 4 au 8 août. Et les concepteurs et développeurs de jeux vidéo du monde entier s'étaient donné rendez-vous sur les bords du Rhin. Pour les acteurs suisses de ce secteur, pas question de passer à côté de cette opportunité. Et c'est de Pro Helvetia que l'initiative est venu. La fondation avait déjà mis sur pied les programmes Games Culture entre 2010 et 2012, puis Mobile entre 2013 et 2015 pour soutenir le secteur des jeux vidéo.

Sous l'impulsion de Michel Vust, responsable du programme culture numérique au sein de Pro Helvetia, 17 jeux ont été présentés sur l'espace suisse de Gamescom. Avec un objectif double: «Présenter le savoir-faire suisse et mettre en contact des designers helvétiques avec des éditeurs internationaux d'une part, et d'autre part renforcer les liens et envisager des synergies entre les acteurs suisses eux-mêmes», développe Michel Vust.

Pour réunir ces 17 jeux, il s'est notamment appuyé sur des studios alémaniques et romands, mais aussi d'autres partenaires comme la Ville de Zurich, l'association suisse des développeurs de jeux (SGDA), le festival Ludicious de Zurich, l'Université des arts de Zurich et la Haute école d'art et de design de Genève (HEAD). A côté des designers chevronnés étaient donc présents des étudiants avec leurs projets scolaires.

Des opportunités dans la réalité virtuelle

«Notre objectif de long terme est d'apporter une réelle visibilité au label Swiss Games et s'intégrer à l'industrie du jeu vidéo», clame Michel Vust. Et peu de rendez-vous offrent autant d'opportunités que Gamescom: les principaux acteurs du secteur sont présents, dont les Coréens ou les Britanniques avec d'importantes délégations de plusieurs dizaines de représentants et de jeux. Mais la Suisse peut tirer son épingle du jeu: «Voici quelques années, il aurait été très difficile de réunir 17 jeux suisses, aujourd'hui on y arrive. Et on voit que des pays plus importants comme l'Autriche sont moins bien représentés», note le responsable du programme chez Pro Helvetia.

Et les développeurs suisses ont des atouts à faire valoir: la qualité des formations proposées sur le plan artistique libère la créativité et donne naissance à des projets parfois plus modestes que les concurrents étrangers mais souvent bien plus originaux.

L'origine scolaire de plusieurs des jeux a conduit à une forte part de jeux conçus sur des ordinateurs personnels alors que le trend majeur des dernières années va davantage vers les mobiles et tablettes. Mais c'est un autre créneau qui pourrait se révéler parmi les plus porteurs pour les studios suisses: la réalité virtuelle. «Il y a un coup à jouer pour nos développeurs avec plusieurs studios ayant des projets très bien avancés ou remarquablement conçus, et des designers qui ont déjà une bonne maîtrise de la technologie», observe Michel Vust. Et d'ajouter que l'une des forces des studios suisses dans ce domaine est d'avancer sur deux jambes: «Il y a souvent en parallèle le développement de contenus ludiques et d'une application technologique, donc on combine l'innovation technique et la créativité». C'est notamment ainsi que le studio lausannois Ozwe Games a réussi à susciter l'enthousiasme chez Oculus Rift, leader mondial des masques de réalité virtuelle.

Pour soutenir ces initiatives, le secteur va devoir se structurer. «Nous allons essayer d'avoir une conception plus stratégique du label, notamment avec une présence plus régulière sur les foires et les salons, mais aussi la formalisation du label Swiss Games: le marché du jeu vidéo est global et nos développeurs doivent avoir une approche internationale», avertit Michel Vust. D'ores et déjà, la présence suisse au salon GDC (Game Developers Conference) de San Francisco du 14 au 18 mars 2016 est dans les cartons, comme celle à l'édition 2016 de Gamescom à Cologne.

Fuite des talents et naissance des vocations

Une politique offensive mais pas forcément ruineuse: la présence suisse à Cologne la semaine dernière n'a pas coûté plus de 60'000 francs. «C'est certes modeste mais ça nous force à être imaginatifs pour nous distinguer. Et nous avons justement eu nombre de retours élogieux quant à l'architecture de notre stand, très ouvert et qui incitait à la visite et à l'essai de nos jeux», se réjouit Michel Vust.

Reste le risque que connaissent nombre de secteurs innovants en Suisse: la fuite des cerveaux. Avec des jeux qui repoussent les limites technologiques actuelles et des concepts salués pour leur originalité artistique, les talents suisses du secteur sont recherchés. Des studios américains ou japonais tentent de les attirer. «L'idée n'est pas de fermer les frontières: des réussites internationales suscitent d'autres vocations. Il nous faut arriver à un équilibre entre des carrières à succès de certains talents et l'arrivée de nouveaux jeunes doués dans les écoles et les studios, pour que notre secteur des jeux vidéos en Suisse monte en puissance», nuance le responsable de Pro Helvetia.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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