Bilan

Le secteur biotech suisse a séduit les investisseurs en 2014

L'année 2014 a été florissante pour le secteur biotech en Suisse: volumes des ventes, nombre de collaborateurs, capitaux investis et nombre d'entreprises de la branche,... tous les voyants étaient au vert pour l'exercice clos au 31 décembre dernier.
  • Le secteur biotech suisse a vécu une année 2014 extrêmement positive à tous points de vue.

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  • Lors de l'IPO de Molecular Partners, seulement 51% des fonds provenaient de Suisse, preuve que la biotech suisse attire les investisseurs étrangers.

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  • La présence de campus de pointe comme les deux écoles polytechniques fédérales (ici le campus de l'EPFL) permet de disposer d'une main d'oeuvre hautement qualifiée et d'un écosystème de startups de pointe.

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  • Avec son réseau de géants mondiaux, de startups ambitieuses et de laboratoires de pointe, la Suisse attire les talents dans le domaine biotech.

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Les rumeurs de bulle dans ce secteur selon certains analystes n'y font rien: le secteur des biotechnologies en Suisse a vécu une année 2014 florissante. Emplois, ventes, éclosion de startups et implantations venues de l'étranger ou encore capitaux investis dans la branche: tous les indicateurs sont orientés à la hausse, selon le rapport annuel de l'association Swiss Biotech.

Et si l'émigration des startups n'était pas une fatalité? Quand de nombreuses jeunes entreprises à succès quittent la Suisse pour rallier Londres, la Silicon Valley ou la Chine, le secteur biotech semble sortir du lot. Dans ce domaine, notre pays conserve et même renforce son attractivité. Fin décembre, 207 sociétés développaient des produits dans le domaine biotech, tandis que 57 autres focalisaient leur activité dans la sous-traitance et la fourniture de biens et services au secteur. En dix ans, la Suisse est passée de 137 entreprises à 207. Et le nombre d'emplois suit une croissance similaire: 7276 collaborateurs dans le secteur privé et 7216 dans le secteur public à fin 2014, contre respectivement 7035 et 6678 en 2012. Au total, 4,9 milliards de francs de chiffre d'affaires ont été réalisés, contre 4,7 en 2013.

Roche et Merck Serono comme locomotives

Emergence de nouvelles startups issues notamment des campus universitaires, mais aussi choix d'entreprises étrangères de se localiser sur le sol helvétique. Des sociétés qui souhaitent bénéficier de la présence d'une main d'oeuvre qualifiée, d'un tissu de laboratoires et de compétences très dense, d'une législation stable et favorable à ces activités. Et qui tentent parfois aussi de tirer parti de la présence de grandes locomotives de la branche. Au premier rang de celles-ci figure Roche, leader mondial du secteur biotech.

La firme pharmaceutique bâloise réalise près des trois quarts de ses ventes sur des produits issus de la biotech et a développé un véritable écoystème qui s'appuie sur un vaste réseau de partenaires, dont des sociétés suisses. Autre figure majeure du secteur: Merck Serono. Le Merck Serono Biotech Center (MSBC) à Corsier-sur-Vevey «est considéré comme l'un des plus grands centres biotech dans le monde et l'un des plus avancés», explique Jan Lucht, de sciencesindustries, expert et co-auteur du rapport.

Derrière ces géants mondiaux gravitent un grand nombre de startups et spin-off qui se focalisent sur des produits et marchés de niche ou des spécialités trop pointues pour intéresser des pharmas mondiales, mais qui représentent un formidable potentiel. Entre ces deux types de sociétés, sans oublier les laboratoires publics et universitaires, la main d'oeuvre dispose d'un large choix. Ce qui place «la Suisse comme le leader mondial pour attirer les spécialistes hautement qualifiés», ainsi que l'explique Liv Minder, directrice de la promotion des investissements auprès de Switzerland Global Enterprise.

L'intérêt grandissant des investisseurs

Grands groupes d'envergure mondiale, réseau de startups: les principaux ingrédients sont réunis pour attirer l'attention des investisseurs. Les capitaux ont donc connu une évolution réjouissante au cours de l'année écoulée: 719 millions de francs ont été levés sur les douze mois de l'exercice écoulé, soit 72% de plus qu'en 2013 (418 millions de francs). Une augmentation très forte notamment due à deux IPOs majeures: celle d'Auris Medical au NASDAQ (52,2 millions de francs) et celle de Molecular Partners au SIX (106,2 millions de francs). Mais d'autres levées de fonds majeures sont également intervenues, avec notamment 77 millions pour Biocartis, 60 millions pour NovImmune et 54 millions pour Cardiorentis.

«Autre phénomène réjouissant observé en 2014: plusieurs jeunes sociétés ont réussi à effectuer d'importantes levées de fonds précoces», observent Jürg Zürcher et Jörg Schmidt, experts biotech et assurances chez Ernst & Young. Dans ce domaine, trois opérations sortent du lot: Anokion avec 33 millions de francs, CRISPR Therapeutics avec 22 millions de francs et PIQUR Therapeutics avec 18 millions de francs. Les deux experts se réjouissent du fait qu'un nombre intéressant d'investisseurs n'étaient pas des venture capitalists suisses, mais des personnalités étrangères attirées par les potentiels des startups suisses. Un phénomène également observé lors de l'IPO de Molecular Partners, qui a vu à peine 51% des fonds provenir de Suisse.

Et les observateurs du secteur sont optimistes pour l'avenir de ce secteur. Ils s'appuient notamment sur l'importance des brevets et patentes déposées par les firmes biotech suisses. Un nombre minime en comparaison des licences déposées par des sociétés américaines, mais le premier rang mondial quand on tient compte du nombre d'habitants du pays.

Pour Dominik Escher, président de Swiss Biotech et CEO d'ESBACtech, «ces chiffres prouvent que le secteur est arrivé à maturité». Mais il n'exclut pas pour autant de nouvelles phases de croissance aussi intéressantes dans les années à venir.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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