Bilan

Le retour du porte-monnaie électronique via la carte de crédit

«Goodbye Cash»: c'est sous ce slogan que le Grou- pe Aduno, l'un des principaux émetteurs de cartes de crédit en Suisse, a introduit l'an dernier les premières MasterCard PayPass, munies d'une puce RFID (identification par fréquence radio). La particularité de cette technologie? Pour tous les achats inférieurs à 40 francs, l'utilisateur n'a plus besoin d'insérer sa carte dans un terminal. Il suffit de l'approcher du lecteur et la transaction est automatiquement enregistrée, sans code ni signature. Le tout en moins d'une seconde.

Un marché encore confidentiel

Déjà largement répandu en Asie, aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens comme la Turquie ou la Grande-Bretagne, ce système gagne petit à petit la Suisse. Au début de l'été, Aduno annonçait la création d'une zone pilote à La Chaux-de-Fonds où 20 commerces sont désormais équipés de terminaux MasterCard PayPass. Une centaine d'habitants de la région ont par ailleurs reçu une carte de crédit munie d'une telle puce. Mais hormis ces zones tests, le nombre de commerces dotés d'un lecteur PayPass reste confidentiel. En Suisse romande, seuls les restaurants McDonald'set quelques rares magasins sont équipés. Par ailleurs, la plupart des 3,8 millions de cartes de crédit en circulation en Suisse n'ont pas encore de puce RFID. Au kiosque Naville de Signy-Centre, au-dessus de Nyon, qui fait office de magasin pilote, la vendeuse affirme n'avoir vu qu'un seul client payer par ce biais, «il y a trois ou quatre mois en arrière». «La phase pilote a duré plus longtemps que prévu, admet la porte-parole du Groupe Aduno, Bettina Freihofer Estrada. Les commerçants doivent maintenant s'équiper avec des terminaux capables de lire ces cartes.» Pour les convaincre, Aduno avance des chiffres spectaculaires. Par exemple cette récente étude, qui démontre que «la moyen- ne des montants d'achat augmente jusqu'à 22% par rapport aux paiements comptants». Les commerçants devront toutefois y mettre de leur poche: 450 francs pour un simple lecteur, jusqu'à 3500 francs pour un terminal entièrement renouvelé. Mais les commerçants sont encore frileux, et pour cause. Le système de MasterCard n'est pas le seul à vouloir s'imposer sur le marché du micropaiement. Cornèrcard, qui émet 900000 cartes de crédit en Suisse, a introduit la Visa payWave au début de cette année, également munie d'une puce RFID. Mais pour l'instant, les terminaux de ces systèmes ne sont pas compatibles. Un magasin qui voudrait s'équiper devrait donc acquérir les deux lecteurs. Pour permettre au marché suisse de se développer, il faudrait donc que les distributeurs de terminaux (Aduno pour MasterCard, Telekurs pour Visa) développent un lecteur commun. «Des discussions sont en cours», assure Alessandro Seralvo, directeur de Cornèrcard. Chez Telekurs, on confirme sans donner plus de détails. «Nous ne proposerons une solution aux commerces qu'au moment où les deux technologies pourront être traitées conjointement», dit sa porte-parole, Ramona Rast. Pas avant 2009, selon toute probabilité.

L'histoire de l'oeuf et de la poule

«C'est l'histoire de l'oeuf et de la poule, résume Alessandro Seralvo. Pourquoi investirions-nous dans l'émission de cartes dotées de cette nouvelle technologie si les terminaux ne sont pas encore en place? Pour l'instant, tous les acteurs du marché s'observent et attendent pour voir.» «On constate le même phénomène à chaque fois qu'un nouveau système arrive sur le marché», explique le directeur de Jeronimo, Jean-Marc Fillistorf, dont la société basée à Nyon travaille en étroite collaboration avec Aduno pour le déploiement de terminaux PayPass. «Je n'ai aucun doute sur le fait que ce système va s'installer, c'est juste une question de temps.» En Suisse, on se souvient pourtant de l'échec retentissant du système Cash-Card, introduit au milieu des années 1990, qui visait à remplacer l'argent liquide par un porte-monnaie virtuel pouvant contenir jusqu'à 300 francs. «Le grand problème de la Cash-Card, c'est qu'il fallait la recharger, relève Jean-Marc Fillistorf. Cette exigence constituait un énorme frein pour l'utilisateur.» Le système de paiement via la puce RFID présente aussi un autre avantage: il s'appuie sur une technologie qui s'établit progressivement comme un standard universel. La Cash-Card, elle, se limite au marché suisse.

¨ Le Japon, champion du paiement mobile Alors que l'Europe commence tout juste à introduire la technologie RFID dans ses cartes de crédit, le Japon connaît déjà depuis plusieurs années le paiement via téléphone portable. Le système Felica, développé par Sony, sert non seulement de porte-monnaie électronique, mais aussi de clé, de billet de transport et même de carte d'embarquement sur les compagnies aériennes JAL et ANA. En Suisse, PostFinance lance cet été une campagne de communication autour de son nouveau système de paiement via SMS, mais limité à des achats à distance (par exemple la commande de billets de concert). Etant donné le temps relativement important d'une transaction par SMS, ce système n'est pas envisagé pour des paiements dans les magasins. Paiement sans contact: mode d'emploi Comment ça fonctionne? Pour les paiements inférieurs à 40 francs, la carte ne doit plus être insérée dans le lecteur. Il suffit de la placer à moins de 5 centimètres du terminal, qui enregistre immédiatement la transaction grâce à une puce qui communique par ondes radio. Pour les montants plus importants, il faut obligatoirement introduire le code NIP ou signer une quittance. Comment obtenir une carte avec puce RFID' Les détenteurs d'une Visa ou MasterCard de Cornèrcard peuvent demander une carte de nouvelle génération munie d'une puce RFID, sans coût supplémentaire. Le Groupe Aduno (qui fournit l'ensemble des banques cantonales, le Groupe Raiffeisen, la Banque Migros et la Banque Coop) prévoit un déploiement généralisé de ces nouvelles cartes dès la fin de cette année. Les autres grands émetteurs de cartes, Swisscard et UBS, n'ont pas encore de projet dans ce domaine. Où peut-on déjà payer avec cette carte? La MasterCard PayPass est acceptée dans la plupart des restaurants McDonald's et dans quelques magasins tests en Suisse. Par ailleurs, il existe quelques zones pilotes plus importantes, notamment à Zurich, La Chaux-de-Fonds, Gossau et Zoug. Quant au système Visa payWave, il est encore au stade embryonnaire et il existe très peu de points de vente munis de terminaux adaptés.

Photos: Christa Rigozzi/ © Keystone

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