Bilan

Le rachat de Candy Crush réveille les craintes de bulle

Le géant du jeu vidéo Activision Blizzard vient d’acquérir le studio derrière « Candy Crush » pour une somme historique. Un achat qui relance la question de la valorisation des sociétés qui touchent au virtuel.
  • Le rachat de Candy Crush pour une somme record pose des questions sur la valorisation des sociétés du secteur.

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  • Activision Blizzard était déjà détenteur du jeu Call of Duty.

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  • La tendance est à une vague de concentration des studios de jeux vidéos ces derniers mois.

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On ne rêve donc pas : c’est bien 5,9 milliards de dollars qui viennent d’être investis par Activision Blizzard, éditeur de Call of Duty ou World of Warcraft, pour acheter le studio de jeux sur mobiles King Digital Entertainment, la société fondatrice de l’infatigable Candy Crush. Mais comment des petits bonbons virtuels de toutes les couleurs peuvent faire trembler à ce point Wall Street et la place financière mondiale? 

Un des mariages stratégiques de l’année

Dans le communiqué publié ce 3 novembre, le CEO d’Activision Blizzard, Bobby Kotick. souligne que «cette addition avec les activités hautement complémentaires de King va nous permettre de renforcer notre position, grâce notamment à des plateformes, des publics, des genres et des modèles d’affaires en pleine croissance». 

Ceci sous-entend que le leader américains souhaite s’attaquer à des tendances lourdes de l’industrie : les jeux sur téléphones mobiles, représentant un marché de 25 milliards de dollars en 2015, et le public féminin (60% des utilisateurs de King sont des gameuses selon le communiqué), une cible qui a été longtemps ignorée, et qui sera à quasi égalité avec le nombre de joueurs masculins, et voire même à les dépasser dans certains pays.

Un achat qui va propulser le leader américain en une super plateforme de divertissement, avec un réseau de près d’un demi-milliard d’utilisateurs actifs mensuels. L’éditeur est désormais  propriétaire de Candy Crush Saga et Candy Crush Soda Saga, deux des jeux les plus vendus sur mobiles aux Etats-Unis, de Call of Duty, la franchise la plus vendue sur console et de World of Warcraft, l’un des jeux les plus populaires sur ordinateur. 

Un marché qui ne connaît pas la crise

Dans son rapport « Global Games Market », Newzoo estime que l’industrie des jeux vidéo (toutes plateformes confondues) atteindrait un niveau de près de 107 milliards de dollars en 2017. Il n’est donc plus surprenant de voir fleurir des annonces d’achats et des réorientations stratégiques de grands groupes investissant dans cette industrie.

Vincent Bolloré, le CEO de Vivendi, a annoncé le 14 octobre dernier l’acquisition de 6,6% du capital d’Ubisoft, un des fleurons du jeu vidéo français, pour un montant de près de 140,3 millions d’euros. Dans la même foulée, Vivendi s’est octroyé 6,2% du capital de Gameloft, une plateforme de jeux sur mobile, pour 19,7 millions d’euros.

Un business qui frise parfois le surréalisme: en 2014, Amazon a racheté Twitch, la plateforme vidéo online pour voir des parties de jeux vidéos en direct, pour 970 millions de dollars, une stratégie pour concurrencer Youtube et Netflix.

Un remake de la bulle des dotcoms?

L’annonce d’un rachat d’un jeu centré sur des bonbons, pour près 6 milliards de dollars, pose évidemment la question de cette valorisation du virtuel, en passe de supplanter l’économie réelle. Actuellement, il y a près de 142 compagnies, surnommées licornes, qui connaissent une valorisation à plus d’un milliard de dollars. A titre de comparaison, la Banque Cantonale Vaudoise est capitalisée pour près de 4,6 milliards de francs suisses, Transocéan pour plus de 5 milliards, ou Sunrise rentrée récemment en bourse pour près de 3 milliards de francs suisses.

«C’est irréaliste!»: pour le professeur Mike Wade, spécialiste du management de l’innovation et de l’information stratégique à l’IMD, cette vente est symptomatique d’une bulle spéculative. «Beaucoup de nouvelles compagnies viennent sur la scène avec peu de revenus et des modèles d’affaires douteux. On donne un mauvais signal: les mauvais modèles sont encouragés, et prennent le financement à la place de vraies bonnes compagnies». 

Ce qui inquiète le professeur Mike Wade, c’est le manque de prise de conscience de la Silicon Valley: « J’ai exactement le même sentiment qu’en 1999 avant la fameuse bulle internet. Les gens nient complètement les similarités entre les deux bulles spéculatives. On argumente que les investisseurs sont plus intelligents et aux faits qu’à l’époque, ou que ces fameuses « unicornes » ont des idées et des bases financières plus solides. Mais c’est évidemment faux pour une grande partie d’entre elles».

La réalité économique, bien concrète, risque de rattraper ces entreprises et les marchés financiers. «Ce n’est que mon avis, mais elles vont finir par disparaître d’ici les quatorze prochains mois.  Ce n’est pas une mauvaise chose : plutôt elles disparaîtront, mieux c’est pour les autres, celles qui sont réelles et solides», conclue-t-il. Une game-over, au goût sans doute acide.

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