Bilan

Le privé finance près de 10% des chaires à l'EPFL

Dans son laboratoire, le professeur Philippe Renaud a le petit sourire de celui qui sait qu'il a de l'or entre les mains. Il présente Alevaet Sensimed, deux start-up fondées par ses étudiants. La première lève plusieurs millions de francs afin de commercialiser des micro-électrodes qui descendent dans le cerveau profond pour stimuler la zone qui contrôle les mouvements musculaires. Dans le cas de patients atteints de Parkinson, le dispositif stoppe leurs tremblements incontrôlés sur un mode littéralement on/off. De son côté, Matteo Leonardi, fondateur de Sensimed, a levé 7 millions le jour même où il soutenait sa thèse. Son travail de diplôme est stupéfiant: des lentilles de contact qui contiennent une puce, une antenne et un capteur de force afin de diagnostiquer les changements de pression sur la cornée. Elles signalent une pathologie difficile à déceler, le glaucome.

Interface homme- machine

Mais si Philippe Renaud affiche le sourire, ce n'est pas seulement à cause de ces prouesses. Elles ne sont que les prémices du potentiel économique du nouveau domaine de recherche dans lequel se lance l'EPFL: les neuropro- thèses. En annonçant sept nouvelles chaires de professeurs pour créer le premier centre de recherche dans ce domaine en Europe, l'EPFL anticipe une nouvelle génération d'implants capables non seulement d'associer des matériaux inertes avec des tissus vivants mais aussi d'interfacer les signaux numériques du monde des machines avec ceux neurologiques du cerveau. A terme, c'est la promesse de dizaines d'entreprises et de centaines d'emplois. Dans l'immédiat, c'est le couronnement d'un cercle vertueux. Les bailleurs de fonds de trois de ces nouvelles chaires ne sont autres qu'Ernesto Bertarelli, ex-patron de Serono et Daniel Borel, fondateur de Logitech, via leurs fondations. Les deux entrepreneurs mettent ainsi leurs réussites financières au service de recherches. A partir de celles-ci, de jeunes doctorants pourront, comme les fondateurs d'Aleva et de Sensimed, développer des applications commerciales, créer des entreprises et, si le succès est au rendez-vous, revenir un jour vers leur alma mater pour financer à leurs tours de nouvelles chaires. Cette logique est au coeur de la stratégie du président de l'EPFL, Patrick Aebischer. Il ne se con-tente pas d'obtenir des fonds pour des laboratoires comme dans le cas de Nokia, de Logitech, de La Posteet prochainement d'Alcanou pour des installations comme le Learning Center avec Rolex et Novartis. Il renforce la culture entrepreneuriale autour de l'école. Mark Burki, ancien élève et fondateur de Swissquote, a ainsi créé une chaire dotée de 5 millions en finance quantitative. Initié en 2004, ce sponsoring connaît une accélération. Pionnière, la fondation Sandoz soutient quatre chaires, dont une pour les neuroprothèses. Les entreprises de biotechnologies Merck Serono et Debiopharm en financent quatre à hauteur de 15 millions, Nestlé deux pour 10 millions et LODH une. En ajoutant d'autres sources comme la Fondation Swissup,celle pour la recherche en paraplégie (IRP) ou encore l'Unesco, 18 chaires sur les 250 de l'école sont soutenues par des sponsors privés. Patrick Aebischer espère atteindre la vingtaine à la fin de l'année et dépasser les 25 en 2009.

Photos: Patrick Aebischer, Ernesto Bertarelli, Daniel Borel / © Keystone

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