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Le phénomène Pokémon Go ressuscite Nintendo

Alors que ce jeu n'a pas encore été lancé en Europe, il crée déjà un raz de marée sur la Toile. Un coup de maître pour Niantic, la start-up qui a créé l'application. Les titres du géant japonais ont fait un bond en bourse, tandis qu'Apple se sert en chemin sur les chargements de l'App Store.
  • De nombreux Européens se sont déjà procurés l'application Pokémon Go alors qu'elle n'est pas encore disponible officiellement sur ce marché.

  • Le phénomène créé par le jeu a lesté la valorisation boursière de Nintendo de plusieurs milliards de dollars.

  • Le jeu Pokémon Go est encore plus addictif que Tinder ou WhatsApp.

  • L'application Pokémon Go est d'ores et déjà la plus téléchargée de toute l'histoire de l'App Store.

Il n’a fallu que quelques heures au jeu Pokemon Go pour devenir un phénomène mondial. Disponible depuis le 6 juillet aux Etats-Unis, le jeu s’est répandu dans le monde entier comme une trainée de poudre. De la Suisse au Japon, les mobinautes font des pieds et des mains pour se procurer l’application et partir à la chasse aux Pokémon. Le jeu doit prochainement être lancé en Europe. Les concepteurs ont repoussé la date de sortie le temps de s’assurer que les serveurs ne vont pas lâcher face à l’avalanche de sollicitations.

Il est déjà possible de télécharger le jeu en Suisse si vous utilisez un iPhone ou un smartphone Android avec un compte américain.

Pour les autres et si vous ne l’avez pas déjà téléchargé, voici un tutorial qui vous indique comment le faire:

Si vous préférez un mode d'emploi sous forme de texte, cliquez ici.

PokémonGo est le fruit d’une collaboration entre la Pokémon Company qui détient les droits d’utilisation des fameuses petites créatures nées dans les années 1990 et Niantic, une start-up créée au sein de Google en 2010. Devenue indépendante 2015 lors de la réorganisation du groupe et de la création de la société-mère Alphabet par Google, la société a réalisé là un coup de maître. Car Pokémon Go constitue un jalon autant technologique qu’économique. La maîtrise de la géolocalisation et du digital marque l’entrée de plein pied de la réalité virtuelle dans nos vies quotidiennes.

Parallèlement, le caractère addictif de l’application et le buzz international doit déboucher sur d’intéressants revenus. Pokémon Go est devenu en moins d’une semaine l’application la plus chargée de l’Apple Store, devant Candy Crush, WhatsApp ou Tinder.

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Pokémon Go est gratuit mais l’utilisateur doit rapidement s’équiper de divers accessoires à mesure qu’il progresse. S’il marque suffisamment de points, il les obtient gracieusement mais le plus rapide est de débourser entre 1 et 100 dollars pour acquérir des « PokéCoins ». D'après les chiffres de David Gibson de  Macquarie Capital Securities, il apparaît qu’avec plusieurs centaines de millions de joueurs, les ventes se chiffrent rapidement en milliards de dollars.

Les amateurs s’avèrent hypnotisés par le jeu qui représente déjà l’application sur laquelle l'utilisateur passe le plus de temps par jour : 10 minutes quotidiennes de plus que sur WhatsApp, Instagram et Snapchat, selon le site Similar Web.

« Nous pensons que sur 100 unités gagnées sur l’App Store, 30 vont à Apple en vertu de la marge retenue s, 30 vont à Niantic, 30 à Pokémon Company et 10 à Nintendo. Ce dernier ne doit pas gagner directement sur la vente du jeu mais enregistrer des bénéfices sous la forme de la hausse des actions », écrit David Gibson.

Actionnaire à 32% de la Pokémon Company, Nintendo a en effet vu son titre grimper de quelque 52%. Alors que le géant japonais avait jusqu’ici complètement raté le virage de l’internet mobile, il retrouve subitement au rang des leaders avec une valorisation qui fait un bond de 7 milliards de dollars. Selon Han Joon Kim de Deutsche Bank, cette folie Pokémon laisse penser que Nintendo a dans son portefeuille d’autres personnages dormants qui n’attendent que de retrouver une communauté de fans via smartphone.

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Au registre des perspectives de revenus, la publicité pourrait aussi constituer un fort potentiel avec la vente aux commerçants de Pokémon rares qui créeraient l’émeute dans leur boutique.

Ceux qui ont vraiment décroché la timbale, ce sont les geeks de Niantic, fondée par le texan John Hanke. Avec sa première société Keyhole, ce diplômé de l’Université californienne de Berkeley  a mis au point une technologie qui débouchera plus tard sur le lancement de Google Earth, après l’acquisition de la firme par Google en 2004. Par la suite, John Hanke est devenu manager à la tête de la division « Geo » du géant de Mountain View qui réunit Google Earth, Google Maps, Local, Street View, SketchUp et Panoramio.

Aux Etats-Unis, des messages d'avertissement anti-Pokémon sont déjà apparus au-dessus des autoroutes.

Quel monde merveilleux…#PokemonGO pic.twitter.com/WTCHw0EXNM

— Frédéric Cozic (@FredCozic) 13 juillet 2016

Concernant la privacité des données, il faut bien sûr lancer l'avertissment de rigueur. Si vous vous connectez au jeu à partir de votre compte Google, la démarche revient à installer une caméra de Street View directement à votre domicile.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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