Bilan

Le Pape François, plus influent que Barack Obama sur Twitter

Les messages du souverain pontife sont cinq fois plus retweetés que ceux du président américain, selon la dernière étude Twiplomacy, du cabinet Burson-Marsteller. Elle dévoile la liste des leaders politiques les plus suivis sur le réseau social.
  • Le Pape François est le deuxième leader politique le plus suivi au monde.

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  • Le compte Twitter du pape est celui dont les messages sont les plus retweetés au monde parmi les leaders politiques, sa version hispanophone ayant une moyenne de plus de 10'000 retweets par message.

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  • Barack Obama reste de leader politique le plus suivi au monde avec plus de 44 millions de followers.

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  • Barack Obama reste largement en tête des dirigeants les plus suivis à travers le monde via Twitter.

    Crédits: Image: Burson-Marsteller/Twiplomacy
  • Le nouveau premier ministre indien Narendra Modri fait son arrivée dans les leaders politiques les plus suivis au monde sur Twitter.

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  • Entré en fonction le 26 mai dernier, Narendra Modi compte déjà près de cinq millions de followers.

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  • Le ministre français des affaires étrangères est le plus interconnecté des leaders de la politique et de la diplomatie à travers le monde.

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Narendra Modi (@narendramodi) est au niveau de la Maison Blanche! Le nouveau premier ministre indien, en poste depuis à peine deux mois, se retrouve propulsé au pied du podium des décideurs et institutions politiques les plus suivis de la planète via Twitter. Son nombre de followers talonne celui de la Maison Blanche (@WhiteHouse), même si le locataire actuel de cette dernière, Barack Obama (@BarackObama), continue de caracoler très loin devant à la première place mondiale avec son compte Twitter personnel.

La montée en puissance des dirigeants des pays émergents (le futur ex-président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono @SBYudhoyono , est sur le podium) est l'un des enseignements majeurs de la dernière édition de l'étude Twiplomacy, menée par le cabinet Burson-Marsteller et qui analyse la diplomatie via les réseaux sociaux.

Le 30 août 2012, alors qu'il n'est encore que ministre en chef du Gujarat, Narendra Modi organise un chat avec les internautes sur Google+. Une première dans la démocratie indienne. Mais celui que le Bharatiya Janata Party allait introniser quelques mois plus tard comme candidat au poste de premier ministre de la Fédération indienne a pleinement conscience du rôle des réseaux sociaux: «Je suis fermement convaincu de l'importance de la technologie et des médias sociaux pour communiquer avec les gens à travers le monde», affirmait-il ainsi dans le message inaugural de son nouveau site officiel une fois à la tête du pays, comme le rapporte l'étude Twiplomacy.

Barack Obama et le Pape François loin devant

Les internautes du monde entier semblent l'avoir pris au pied de la lettre: son compte Twitter indique le chiffre impressionnant de 5'452'143 followers au 30 juillet 2014 (4'967'847 au moment du bouclage de l'étude Twiplomacy, mais les auteurs anticipaient une hausse à venir). Le leader indien a donc, depuis la fin du comptage Twiplomacy, dépassé le compte Twitter de la Maison Blanche (5'108'863 followers au 31 juillet 2014 - 4'976'734 au bouclage de l'étude).

Certes, il reste à bonne distance des deux leaders du classement: Barack Obama (44'466'272 followers au 30 juillet 2014) et le Pape François (14'110'275 followers sur l'ensemble des comptes dans les différentes langues, au bouclage de l'étude Twiplomacy). Mais son irruption dans ce classement directement dans les places les plus élevées témoigne d'un phénomène plus vaste: les leaders des pays émergents ont pris la pleine mesure des réseaux sociaux et leur population aussi, sans oublier le poids croissant que leur reconnaît la twittosphère mondiale.

La troisième place de Susilo Bambang Yudhoyono confirme cette tendance: «L'ascension fulgurante des dirigeants indien et indonésien montre que les leaders des pays les plus peuplés bénéficient d'un net avantage avec un réservoir potentiel de followers très large», constate Matthias Lüfkens @luefkens , auteur de l'étude pour Burson-Marsteller.

Le pape champion des retweets

Mais le poids démographique du pays dirigé n'est pas le seul facteur déterminant pour accroître son nombre de followers. Le tensions géopolitiques jouent aussi un rôle crucial. Le président iranien a vu son nombre de followers multiplié par 19 entre juillet 2013 et juillet 2014, soit «l'augmentation la plus impressionnante sur l'année écoulée». Autre zone de tensions: l'Ukraine. Le compte Twitter du ministère ukrainien des affaires étrangères @MFA_Ukraine est onze fois plus suivi aujourd'hui qu'en juillet 2013, tandis que la version anglophone du compte de Vladimir Poutine @PutinRF_Eng a vu son audience multipliée par cinq.

Mais «compter un très grand nombre de followers n'est pas synonyme d'une influence au top: le nombre moyen de retweets par message posté sur le réseau social est plus révélateur», analyse Matthias Lüfkens. Et à ce petit jeu-là, Barack Obama est largement dépassé par le Pape François: 1442 en moyenne pour le président américain contre plus de 10'000 retweets sur la seule version hispanophone du compte du souverain pontife @Pontifex_es et 6462 en moyenne sur son compte anglophone. Ce qui fait du successeur de Saint Pierre le leader politique le plus influent de la twittosphère mondiale. Le monde hispanophone est très connecté d'ailleurs, puisque le président vénézuélien Nicolas Maduro @NicolasMaduro est plus souvent retweeté en moyenne que Barack Obama avec 2065 échos à ses messages.

Les interconnexions se multiplient

Autre indicateur important pour mesurer l'influence d'un leader politique: son réseau avec d'autres dirigeants de stature comparable. «Depuis notre dernière étude en 2013, les ministres des affaires étrangères et leurs administrations ont intensifié leurs efforts pour se connecter mutuellement via Twitter», estime Matthias Lüfkens. Et à ce jeu-là, c'est le ministre français Laurent Fabius @LaurentFabius qui remporte la palme avec 91 liens mutuels avec des homologues ou leurs administrations. Il devance le compte Twitter du service des actions étrangères de l'Union européenne @eu_eeas (71) et son homologue suédois Carl Bildt @carlbildt (68). Et ce dernier est celui qui suit (sans qu'il ait toujours réciprocité) le plus grand nombre de leaders internationaux: son compte Twitter est relié à ceux de 355 dirigeants de stature internationale.

Dans l'autre sens, c'est Barack Obama et la Maison Blanche qui ont les comptes les plus suivis par des dirigeants politiques importants en exercice (respectivement 222 et 179 followers). A noter que Barack Obama n'est pas très fan de réciprocité: sur ses 222 homologues followers, il n'en suit que deux: la première ministre norvégienne Erna Solberg @erna_solberg et le chef du gouvernement russe Dmitry Medvedev @MedvedevRussiaE .

Ecrits personnels et communiquants

Un autre indicateur intéressant réside dans l'auteur des messages Twitter. Si la quasi-totalité des très grands leaders à travers le monde a un compte sur le réseau de micro-blogging (19 des 20 dirigeants actuels du G20 notamment), rares sont ceux qui rédigent et envoient eux-mêmes les tweets. La plupart confient cette tâche à des équipes de communiquants, se contentant parfois (mais pas toujours, comme Carl Bildt) de relire et valider les messages avant leur mise en ligne.

Certaines exceptions toutefois: le président estonien Toomas Henrik Ilves @IlvesToomas et le (désormais ex-)ministre britannique des affaires étrangères William Hague @WilliamJHague revendiquent une activité autonome sur le réseau social. D'autres vont plus loin encore: le nouveau premier ministre finlandais Alexander Stubb @alexstubb se charge non seulement seul de sa communication via Twitter (et il inclue des messages sur ses exploits sportifs et ses selfies en tous genres), mais il a aussi pris part à la rédaction d'un e-book sur l'usage de Twitter.

Cependant, rédiger soi-même ses messages n'est pas toujours une solution idéale: Matthias Lüfkens signale ainsi dans l'étude Twiplomacy l'exemple de Didier Reynders @dreynders , ex-ministre belge des affaires étrangères, qui a posté son premier message en anglais sans se rendre compte qu'il ne maîtrisait pas totalement la langue de Shakespeare:

«I'm coming on Twitter» peut se traduire par  «Je jouis, Twitter»...

Autre phénomène relevé par l'étude 2014: le développement de la «diplomatie du hashtag». Plusieurs campagnes politiques nationales ou internationales ont pris appui ces derniers mois sur des mots-clefs partagés et devenus des phénomènes viraux. Le plus célèbre est sans doute celui qui est né suite à l'enlèvement de centaines d'adolescentes au Nigeria par le groupe terroriste Boko Haram. Très rapidement, #bringbackourgirls est devenu un hashtag extrêmement populaire, y compris auprès des dirigeants politiques de stature mondiale.

Une stratégie entre la diplomatie et la communication qui ne préserve toutefois pas ses auteurs des retours de bâtons. Ainsi, le fait que le réseau soit ouvert aux utilisateurs du monde entier donne lieu à des réponses parfois cinglantes. C'est ainsi que Michelle Obama est régulièrement attaquée et son tweet détourné par des activistes défendant des causes très diverses, ou simplement des humoristes.

Cet épisode montre que, si Twitter change les règles du jeu de la diplomatie et que les leaders du monde entier s'y mettent peu à peu, la plupart d'entre eux s'exposent aussi aux contrecoups de ces nouveaux médias et qu'une stratégie diplomatique traditionnelle est difficilement applicable sur le réseau social.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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