Bilan

Le livre électronique décolle grâce à «Fifty Shades of Grey»

Aux Etats-Unis, les tablettes de lecture dopent les ventes de littérature érotique, surtout auprès des femmes.

Succès foudroyant? C’est un euphémisme. Publié en français le 17 octobre par Lattès, Fifty Shades of Grey (Cinquante nuances de Grey) s’est vendu à 100 000 exemplaires en cinq jours, selon Ipsos-Livres Hebdo. En Suisse romande, la Fnac en a vendu 1000 exemplaires en une semaine, soit trois fois plus que les volumes de la saga Harry Potter en phase de démarrage. Chez Payot Libraire, l’ouvrage caracole évidemment aussi en tête des ventes. «Il continue en outre à se vendre en anglais», relève Aurélie Baudrier-Rasson, directrice de la communication. Les aventures torrides, tendance sadomasochiste, de l’étudiante Anastasia Steele et du milliardaire Christian Grey dopent l’essor du livre digital. Aux Etats-Unis, près de la moitié des 32 millions d’exemplaires vendus ont été écoulés en format électronique. En Europe, la tablette de lecture est toujours en phase de démarrage. Mais outre-Atlantique elle se profile comme l’une des causes du succès des romans à l’eau de rose pimentés de scènes de sexe. Un genre dénommé «Romantica» qui s’adresse au public féminin. «Les Kindles, iPad et autre Nooks sont les versions actuelles du papier d’emballage brun qui servait à dissimuler les couvertures des livres», déclare au Wall Street Journal (WSJ) Brenda Knight, chez Cleis Press à Berkeley (Californie). Cet éditeur publie des livres érotiques depuis les années 80. Remontant à 2008, l’introduction des versions électroniques a fait bondir les ventes de 30%. L’éditeur attribue quelque 40% de son chiffre d’affaires au digital. Les grandes maisons d’édition traditionnelles anglo-saxonnes suivent le mouvement. La branche britannique d’HarperCollins a lancé une ligne électronique Mischief Books (les livres polissons), avec pour slogan: «Plaisirs privés pour appareils portatifs.» (HarpersCollins appartient au groupe américain News Corp., de même que le WSJ.) En Suisse, les lectrices de la génération Y sont déjà nombreuses à avoir franchi le pas. «Jamais je n’oserais lire Fifty Shades of Grey en version papier dans le train», dit cette trentenaire qui pendule entre Lausanne et Genève, sans jamais oublier son iPad.  

Une adaptation au cinéma en préparation

Fifty Shades of Grey lui-même est d’abord sorti en version digitale. Ancienne productrice télé et mère de deux adolescents, E. L. James a commencé par imaginer les scènes de sexe qui manquent cruellement à la saga Twilight de la mormone Stephenie Meyer. Un genre de littérature dénommé «fanfic», soit une fiction écrite par un fan qui reprend l’univers d’un livre existant. Postée sur le net, sa prose fait un malheur auprès des réseaux virtuels des mères de famille. E. L. James recycle alors ses pages pour le roman de son cru, Fifty Shades of Grey. Une maison d’édition numérique australienne, Writer’s Coffee Shop, repère le buzz sur le net et publie l’ouvrage qui se place rapidement en tête des ventes aux Etats-Unis. La version papier n’est venue que par la suite. En France, Lattès – dont le flair n’est plus à démontrer depuis le succès du Da Vinci Code de Dan Brown – prend ses concurrents de vitesse et emporte les droits de la traduction. En anglais, Fifty Shades of Grey a déjà été écoulé en Angleterre et aux Etats-Unis à 50 millions d’exemplaires. Les droits du livre ont été acquis dans 45 pays. L’adaptation cinématographique est en préparation.

Credits photos: dr

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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