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Le LAPCAT2 promet des vols hypersoniques en 2030

Transporter des centaines de passagers en moins de cinq heures de Genève à Sydney: c'est ce que propose Reaction Engines Limited avec son LAPCAT2, un avion hypersonique qui pourrait être commercialisé d'ici 2030.

Le LAPCAT2 pourrait voir le jour dans les années à venir et être commercialisé d'ici 2030 si la demande commerciale est là.

Crédits: Image: Ed Jones/AFP

Et si le Concorde avait un successeur? Abandonné en 2003, l'avion supersonique avait été le seul aéronef de ligne, avec le Tupolev Tu-144, à voler régulièrement au-delà de la vitesse du son. Mais le bruit, le coût d'entretien, la consommation en carburant et les accidents avaient eu raison de l'oiseau blanc exploité seulement par Air France et British Airways. Mais si ces caractéristiques pouvaient être gommées? C'est l'hypothèse que suivent plusieurs entreprises et bureaux d'études, dont l'agence aérospatiale allemande (Deutsches Zentrum für Luft und Raumfahrt) avec son SpaceLiner, ou encore la firme britannique Reaction Engines Limited qui planche sur un projet baptisé LAPCAT2.

C'est ce dernier qui semble le plus avancé. Selon les responsables anglais, une commercialisation de l'appareil serait envisageable à l'horizon 2030 si la demande est là de la part des compagnies aériennes. Et pour les convaincre, les ingénieurs britanniques multiplient les promesses alléchantes: vitesse, consommation énergétique, autonomie, capacité de transport de passagers, respect de l'environnement,...

 

Deux fois plus long que le Concorde

Première surprise pour qui découvre le projet: la taille de l'appareil, qui relègue les plus grands appareils actuels au rang d'avions de taille moyenne à modeste. Avec ses 139m de long (plus du double du Concorde), ses 900m2 d'aire alaire, ses 400 tonnes de masse au décollage, l'avion est celui de tous les superlatifs. Pas de démesure par contre au niveau des capacités de transport de passager: avec 300 clients à embarquer, le LAPCAT2 resterait en deça de l'A380, tout en multipliant par trois la capacité de feu le Concorde.

Contrairement à l'ancien aéronef supersonique, la carburant ne serait plus du kérosène mais de l'hydrogène liquide, dont l'impulsion spécifique est deux fois supérieure à celle du kérosène. Deux procédés sont actuellement envisagés pour produire celui-ci: par électrolyse de l'eau ou par vaporéformage de méthane. Le premier, plus coûteux, porterait le prix moyen d'un billet à 5000 francs pour un trajet Europe-Australie; tandis que le second le diviserait par deux.

Avec son rendement bien supérieur aux carburants classiques, l'hydrogène liquide pourrait potentiellement présenter des avantages en terme de respect de l'environnement en fonction du mode de production choisi. Et ne produit pas de monoxyde de carbone ou de CO2, mais du dioyde d'azote par contre.

Près de 10'000 km/h de vitesse de croisière

Mais la révolution la plus époustouflante se trouverait dans le domaine de la vitesse: le LAPCAT2 pourrait atteindre Mach 5 à Mach 8, soit 6120 à 9782km/h (contre 2472km/h pour le Concorde). Cette vitesse serait obtenue en naviguant à des altitudes très élevées (25'400m). Il ne s'agirait alors plus de vols atmosphériques mais de vols stratosphériques. Ce qui renvoie vers les vols spatiaux. Et une bonne partie des technologies étudiées par les ingénieurs de Reaction Engines Limited sont en effet issues de la recherche spatiale, aussi bien dans le profil de l'appareil que le choix du carburant.

Grâce à cette vitesse, les temps de trajets seraient considérablement réduits. Ainsi, Reaction Engines Limited évoque un temps de vol de 4h40 entre Bruxelles et Sydney, contre 22h50 actuellement avec un avion de ligne traditionnel.

Qu'attend-on donc pour développer cet appareil? Il reste à résoudre quelques obstacles techniques. Le plus important est le refroidissement de l'oxygène dans les hautes couches de l'atmosphère. Celui-ci entrerait dans les moteurs à près de 1000°C. Un système est actuellement mis à l'essai pour le ramener à 0°C en un centième de seconde. Ce procédé pourrait être testé en vol en 2017. En cas de résultat positif, le projet pourrait prendre un coup d'accélérateur important et passer du stade de prototype à la commercialisation en à peine plus d'une décennie. Mais dès aujourd'hui les promesses de ces technologies sont alléchantes. L'Agence spatiale européenne a donc décidé de financer 50% des recherches menées par Reaction Engines Limited.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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