Bilan

Le Kitesurf, golf des entrepreneurs numériques

Plus fort que Burning Man, le Galion, MaiTai ou le Kite Founder Club deviennent les événements privilégiés par les VIP du secteur high tech.
  • Triple championne du King of the air à Maui, Susi Mai a co-fondé MaiTai, rendez-vous exclusif des entrepreneurs de la Silicon Valley. 

    Crédits: Joshua Messer
  • Fondateur de Criteo, l'entrepreneur français Jean-Baptiste Rudelle a lancé le Galion Project, rendez-vous Kite et Web des stars du numerique. 

    Crédits: DR
  • Richard Branson acceuille les kitesurfers-entrepreneurs de MaiTai deux fois par an sur son île des Caraïbes, Necker Island.  

    Crédits: John Dill
  • Investisseur dans 110 start-up, le capital-risqueur Bill Tai considère que la façon dont quelqu'un apprend le kitesurf est un bon signe sur ses capacités d'entrepreneur. 

    Crédits: John Dill
  • La présence des meilleurs kitesurfers comme le champion du monde Alexandre Caizergues fait du Galion ou de MaiTai une expérience unique pour les entrepreneurs. 

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  • Lors des MaiTai, les sessions de kite sont intercoupées par des tech talks où sont régulièrement lancées de nouvelles idées d'entreprises. 

    Crédits: John Dill

Cette semaine, l’événement le plus exclusif de New York n’aura pas lieu au Waldorf Astoria ou au Plaza. Ce ne sera pas non plus un meetup dans la Digital Alley ou une conférence TedX au Natural History Museum. Non, l’event le plus exclusif pour résauter et s’amuser démarre mercredi soir sur une plage des très chics Hamptons.

Là, entre concerts des DJ’s du collectif Robot Heart et des «tech talks» incluant la première présentation de l’application musicale développée par Lars Rasmussen, l’inventeur de Maps chez Google et de Graph Search chez Facebook, une centaine d’entrepreneurs stars vont s’envoler dans les vagues avec leurs kitesurfs. Baptisé MaiTai cet événement ringardise passablement les formats évènementiels de type Davos ou Ted dans le cœur des innovateurs de la Silicon Valley et de plus en plus loin. Parce qu’il ajoute les sports extrêmes et les liens qu’ils tissent entre ceux qui les pratiquent aux dimensions conférences et cocktails dînatoires.

Un cocktail explosif

«Le kitesurf est devenu le golf des entrepreneurs du numérique», résume  Agathe Wautier qui dirige le Galion Project, pendant européen de MaiTai. Comme aux golfs, ces deux événements, auxquels il convient d’ajouter une autre initiative partie d’Allemagne le Founders Kite Club, mélangent sport et business au sein d’une communauté. A sa différence, ils durent de trois à six jours et sont mâtinés ici d’une fête pieds nus sur la plage, là de la présentation d’un drone dans la fosse d’une cascade à Hawaï. MaiTai comme le Galion sont de plus des organisations «non profit». Elles reversent leurs bénéfices localement ou à des ONG comme celle de défense des océans, Ocean Elders.

Le mixte entre kitesurf et technologie qui fait le succès de ces events s’explique parce que le précurseur, MaiTai, est né de la rencontre d’une sportive avec un entrepreneur. Il y a sept ans, le capital risqueur américain Bill Tai est à Maui pour faire du kitesurf auquel il s’est mis quelques années plus tôt. Investisseur légendaire dans plus de 110 start-up depuis qu’il a fait fortune en accompagnant la création de la Taiwan Semiconducteur Manufacturing Company, Bill Tai est comme à son habitude accompagnée d’une bande d’entrepreneurs à qui il enseigne sa passion.

Très courtisé depuis qu’il a rejoint la firme Charles River Ventures, il est cependant cette fois un peu débordé par le nombre. Il demande donc à Susi Mai, la triple championne de la compétition King of the air organisée par Red Bull à Maui de l’aider. Se rendant compte à quel point leurs noms sont complémentaires, ils ont l’idée de collaborer pour formaliser un événement. MaiTai se décline depuis à raison de 5 à 10 fois par an à Maui mais aussi aux Hamptons, à Perth en Australie, en République Dominicaine et même sur l’île privée de Richard Branson, lui-même passionné de kitesurf, Necker Island dans les Iles vierge britanniques.

«Nous ne voulons surtout pas être une élite », explique Sabine Schindlbauer, une ex de Red Bull, devenu la COO de Mai Tai. «Le processus de sélection se fait au travers d’une simple demande par e-mail. Puis, nous interviewons les candidats pour déterminer ceux susceptibles de compléter notre communauté et les inviter.» A cela s’ajoute, depuis l’an dernier, une compétition de startups baptisée Extreme Tech Challenge au cours de laquelle dix startups sont choisies pour être présentées au Consumer Electronic Show de Las Vegas. Là, trois ont la chance d’être sélectionnées parmi la trentaine d’entrepreneurs invités à Necker Island.

De son côté, Agathe Wautier explique que pour participer au Galion, dont la première édition a eu lieu à Tarifa en juin avant une nouvelle mouture dans quelques semaines à Jericoacoara au Brésil, un entrepreneur doit avoir levé un million d’euros ou que sa start-up ait atteint 3 millions d’euros de chiffre d’affaires après une croissance d’au moins 80% dans les deux dernières années. Il faut aussi être coopté par deux membres.

C’est qu’en dehors du kitesurf et du réseautage, les deux événements n’ont pas tout à fait la même vocation. Le Galion qui compte une quarantaine de membres, surtout français et en vise à terme 200 dans toute l’Europe, se concentre surtout sur la mise en commun de l’expérience des entrepreneurs. «Au départ, il y a eu la volonté de créer un nouveau réseau social pour les entrepreneurs du web qui sont souvent seuls pour affronter leurs problèmes», explique Agathe Wautier.  

De fait le co-fondateur du Galion n’est autre que Jean-Baptiste Rudelle. le CEO de Criteo, l’agence de reciblage publicitaire valorisée plus de deux milliards après son IPO au Nasdaq en octobre 2013. Passionné de kite, il s’était retrouvé, il y a deux ans, avec d’autres entrepreneurs ayant eu un certain succès comme Pierre Kosciusko Morizet (PriceMinister) à Saint Martin.

Mesurant au cours de leurs discussions qu’ils ont un certain nombre de problèmes communs à adresser comme recruter un conseil d’administration ou négocier avec des investisseurs, ils ont l’idée du Galion pour formaliser (un peu) l’événement. Ils seront rejoints par Frédéric Mazzella, le fondateur de Blablacar ou bien encore par Cédric Mangaud dont l’entreprise Piq, basée à l’EPFL, vient de lancer ses objets connectés pour le tennis à l’occasion de l’US Open.

Accélérateur de projets

Mai Tai fonctionne un peu de la même manière mais sa communauté de quelques 300 personnes étant plus établies (et aussi comptant plus d’investisseurs) elles favorisent l’éclosion d’idées nouvelles susceptibles de donner naissance à des startups. C’est lors d’un Mai Tai que Mélanie Perkins a pitché son concept de Photoshop en ligne devenu aujourd’hui le site de design à succès Canva. C’est là que Constantin Bisanz a trouvé des investisseurs pour soutenir son site de coaching lifestyle Aloha.

Agathe Wautier comme Sabine Schindlbauer insistent aussi sur la persévérance nécessaire aussi bien pour progresser en kitesurf que pour faire croître une entreprise pour expliquer l’engouement pour ce sport parmi les entrepreneurs. La présence de pros du kite comme Hannah Whiteley aux sessions du Founders Kite Club, Alexandre Caizergues à celle du Galion ou André Philipp à MaiTai en fait en plus autant d’expériences uniques pour ces passionnés de kitesurf qui forment 60% à 70% des invités. Il n’est cependant pas nécessaire d’être un as du kitesurf pour participer. Il y a aussi des cours pour débutant. Bill Tai confie d’ailleurs que voir comment un entrepreneur progresse en kite est plus révélateur pour lui que 1000 présentations powerpoint.

Récemment sont aussi apparues déclinaisons alpines comme celle qu’organise le Galion en décembre prochain à Méribel et des MaiTai version mountain bike ou ski à Whistler et même à Verbier.  Enfin, les participants ne viennent pas que pour les stars du sport mais aussi pour celles du business. La liste des invités est jalousement gardée. L’insaisissable Elon Musk a cependant été vu à un Mai Tai. Et, Thibaud Lecuyer fondateur du Zalando latino-américain Dafiti sera à Jericoacoara le mois prochain pour expliquer à ses pairs comment prendre ce marché.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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