Bilan

Le grand malentendu

Face aux procédures complexes et parfois aberrantes des banques, la start-up Money-ID planche sur un certificat de conformité financière unique au monde, destiné aux particuliers.

Chaque détenteur de ce certificat sera l’unique propriétaire de son contenu.

Crédits: Halfdark/fstop / Corbis

Disons-le, si les banques basées en Suisse continuent de servir autant de clients, locaux et étrangers, c’est que l’offre rencontre globalement leurs attentes, non? Lorsqu’on a la chance, comme moi, de recueillir de nombreux témoignages de clients ou d’intermédiaires financiers, il faut bien reconnaître que tout n’est pas parfait, loin s’en faut. Penchons-nous donc sur ce qui ne l’est pas.

Parmi les dysfonctionnements avérés au sein du système actuel, on peut d’emblée citer la phase de prise en charge initiale du client. Quand je dis «avéré», cela signifie que je n’ai pas entamé une seule rencontre professionnelle depuis cinq ans, que ce soit avec un client, un de ses représentants ou un gérant de fortune indépendant, sans avoir à affronter leur profond mécontentement.

Pas une seule réunion de travail sans avoir à écouter le récit des uns et des autres au sujet des procédures parfois aberrantes mises en place par de nombreuses banques au moment d’accueillir un nouveau client. Quinze minutes d’écoute pendant lesquelles vous regrettez de faire ce métier. Quinze minutes qui vous font réfléchir sur votre fonction réelle au sein de la chaîne de valeur qui, à son extrémité, devrait aboutir à la satisfaction de votre client...

Or vous réalisez qu’au lieu de soigner le moment si important de «la première impression», vous le gâchez. Bien malgré vous, mais vous le gâchez. Vous infligez à celui ou celle qui deviendra peut-être votre client(e) une épreuve à laquelle vous n’êtes vous-même pas préparé. La faute à qui? A la «compliance» bien sûr. Voilà, c’est dit, la «compliance», comme elle est généralement désignée au sein des banques, mère de tous les maux, sur laquelle se concentrent toutes les rancœurs accumulées par les clients et leurs conseillers.

Deux mondes qui s’affrontent en interne, avec d’un côté les «commerciaux» et de l’autre les «compliance officers». Une organisation bancaire qui entretiendrait sciemment en son sein des équipes qui tenteraient de développer de nouvelles affaires et d’autres qui parviendraient à les empêcher... Bref, un dialogue de sourds où chacun, sûr de sa légitimité et de la grandeur de sa mission, annulerait les forces de l’autre.

Conscients que ces luttes intestines nuisent à la productivité de leur entreprise, cadres et dirigeants ne cessent d’ajouter aux dispositifs en place de nouvelles strates d’experts censés résoudre les problèmes précédents, complexifiant à leur tour les mécanismes kafkaïens déjà en vigueur. J’exagère à peine.

Un compliance officer indépendant

Voyons s’il existe un autre moyen de maintenir les objectifs tout en changeant la méthode. Ne trouverait-on pas cocasse que celui qui nous vendrait une voiture soit le même que celui qui nous ferait passer notre permis de conduire? Et que dire si nous devions passer notre permis de conduire chaque fois que nous changeons de véhicule? C’est pourtant comme cela qu’est organisée la prise en charge des clients dans les banques. Des procédures différentes d’une banque à l’autre avec des règles qui évoluent en cours de route. Les plus professionnels et les plus accommodants finissent par perdre patience.

Il est donc raisonnable de penser que si une entité tierce indépendante se chargeait d’effectuer cette tâche, avec toute la célérité et le professionnalisme requis par la loi et les autorités de contrôle, le conflit d’intérêts serait fortement réduit. De plus, pour rendre cet exercice pertinent et surtout viable, ce «compliance officer indépendant» devrait obligatoirement positionner son curseur à un niveau identique à celui requis dans la plupart des établissements financiers.

Il conviendrait donc d’établir un standard acceptable par les clients, les intermédiaires financiers, les juristes et les autorités de contrôle. Et cela, pas seulement pour les banques mais également pour tous types d’agents économiques chargés, dès aujourd’hui ou dans un avenir proche, de s’assurer de l’origine des fonds qui leur sont confiés (agents immobiliers, maisons de vente aux enchères, joailliers, hôteliers, sociétés de ventes en ligne, cambistes, que sais-je encore?). Et enfin, ce standard ne devrait pas seulement répondre à des attentes de prestataires suisses, mais également satisfaire des exigences internationales qui, à y regarder de plus près, convergent toutes. Autant dire que c’est impossible!

Le «White Money Certificate»

C’est pourtant le chantier que vient de démarrer il y a quelques mois l’équipe de Money-ID. Entourée de praticiens, d’experts et d’investisseurs, la start-up s’est fixé pour objectif de créer d’ici à douze mois le prototype d’un certificat de conformité financière unique au monde. Ce label, destiné aux particuliers, entend attester l’appartenance du patrimoine, la légalité de son origine et sa conformité fiscale, le tout basé sur une cartographie internationale des exigences en la matière.

Chaque détenteur de ce «White Money Certificate», entièrement digital, sera l’unique propriétaire de son contenu et pourra en faire usage, intégralement ou en partie, selon les exigences requises par un prestataire donné. Les conditions de renouvellement annuel du certificat feront évidemment partie intégrante du concept dès le départ.

Cerise sur le gâteau, les membres du «cercle» Money-ID pourront interagir avec leurs pairs au sein d’un réseau social fermé et sécurisé, avec l’assurance que la communauté n’est constituée que d’épargnants ou d’investisseurs qui se sont astreints au même parcours de certification qu’eux.

Avouez que si Money-ID parvenait à ses fins, clients et intermédiaires financiers pourraient s’épargner bien des malentendus... et beaucoup de temps perdu.

* Founding Partner de Money-ID

Olivier Collombin*

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