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Le Googler qui valait des milliards mise sur la vidéo immersive

Champion du monde de la monétisation, Neal Mohan est l’ingénieur qui a permis à Google d’absorber 30% des recettes publicitaires globales sur le web. L’Américain dirige depuis 2014 la stratégie de la filiale Youtube.
  • Selon Neal Mohan, les annonceurs sont prêts à payer plus cher pour des produits qui leur assurent davantage d'impact.

  • Ce printemps, la performance de Rihanna à Coachella a été retransmise en direct en vidéo 360 degrés sur Youtube.

«Avec un simple smartphone, Youtube vous permet aujourd’hui d’être propulsé au premier rang d’un concert et de vivre la manifestation en direct, comme si vous y étiez physiquement.» Responsable du développement des produits chez Youtube depuis 2014, Neal Mohan était en visite au centre de recherche de la maison-mère Google à Zurich à la mi-août. « Ce printemps, nous avons diffusé le festival de Coachella en live vidéo à 360 degrés avec un système audio spatial qui permet d’identifier d’où vient le son. Les annonceurs ont été très nombreux à vouloir sponsoriser l’événement. » Avec raison. Les différents clips tournés lors du festival ont enregistré des millions de vues. 

Neal Mohan, c’est l’homme que Twitter a tenté de débaucher chez Google en 2010 dans l’espoir qu’il parvienne à monétiser enfin ses activités de microblogging. La rumeur relayée par TechCrunch indique que Google aurait signé un chèque de plus de 100 millions de dollars pour retenir son cadre. A Zurich, il s’est contenté de sourire à la mention de cette anecdote, sans vouloir la commenter. Ce Googler connu pour sa modestie passe pour un visionnaire qui a prédit comment la publicité allait financer le net et défini les principaux concepts aujourd’hui en vigueur, tels qu’AdWords. Si Google a absorbé en 2015 30% de recettes publicitaires effectuées dans le monde sur le web, c’est en grande partie grâce à lui.

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Au bénéfice d’un diplôme d’ingénieur en électricité de Stanford, Neal Mohan a rejoint en 1997 la start-up NetGravity, un pionnier de la publicité en ligne acquis plus tard par la firme DoubleClick. Selon le patron de NetGravity Richard Frankel cité par BusinessInsider, Neal Mohan réunit deux qualités rares : une grande maîtrise technologique et un formidable sens du business. Après un MBA obtenu en 2005, l’ingénieur est rappelé chez DoubleClick où le CEO David Rosenblatt a l’intuition que des milliards de dollars de dépenses publicitaires vont migrer vers le web. Dans cette idée, Neal Mohan élabore en 2005 un document PowerPoint de près de 500 pages. Dix-huit mois après la présentation du plan, Google rachète DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars.

La vision d’avenir de Neal Mohan pour Youtube ? « La vidéo immersive à 360 degrés et en 3D, associée à la réalité virtuelle va se banaliser à l’extrême, avec pour support principal le téléphone mobile. Suscitant une grande implication de la part des utilisateurs, ces technologies intéressent des annonceurs qui sont prêts à payer davantage pour des formules qui garantissent un meilleur impact. Les constructeurs automobiles souhaitent par exemple s’offrir des clips qui permettent la découverte d’une voiture en vidéo immersive. »

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La diffusion en direct constitue une autre tendance lourde. « La consommation de vidéos diffusées en direct a augmenté de 120% sur une année. Les Youtubeurs, ces jeunes qui réalisent des clips pour Youtube suivis par des millions de fans émettent beaucoup de cette manière. Dans l’univers des jeux vidéo, la demande pour suivre des parties en direct et énorme », observe Neal Mohan. Autant d’heures supplémentaires passées par le public sur Youtube, devant des vidéos véhiculant des messages publicitaires en bas d’écran qui remplissent les caisses de Google.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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