Bilan

Le génome n'est pas une boule de cristal

Tir de balles en caoutchouc et gaz lacrymogène. CRS d'un côté et manifestants de l'autre, arborant une bannière noire: «Non aux nécrotechnologies.» La scène qui accueille le visiteur à la conférence Biovision à Lyon a valeur de piqûre de rappel. Inexcusable, cette violence reste symptomatique. Cent cinquante ans après la publication de L'origine des espèces de Darwin, le décryptage du génome humain, et, à sa suite, de toute la diversité génétique, produit une accélération sans précédent de l'histoire. Mais il crée aussi une sorte de fossé d'ignorance. Il n'est pas simple d'expliquer un microprocesseur. C'est encore plus complexe avec l'ADN. Comme toujours, l'ignorance suscite l'inquiétude.

Des débats nécessaires

Le risque est grand que la science émergente de la biologie synthétique (lire en page 57) ne renforce ce sentiment. Cette nouvelle version du génie génétique promet de ne pas seulement produire des plantes OGM ou des bactéries sécrétant des médicaments, mais aussi de révolutionner les industries transformant demain des cellules ou des bactéries vivantes en pièces détachées dans nos appareils, nos machines ou nos circuits. A l'extrême, elle propose de créer de nouvelles formes de vie pour accomplir ces fonctions. Les chercheurs dans ce domaine sont pleinement conscients des risques. Ceux de l'EPFL ont immédiatement proposé d'organiser des conférences pour engager le public à la discussion. Le Centre de biologie synthétique de l'Imperial College s'est, dès sa création, attaché à l'Institut d'éthique de la London School of Economics pour débattre des enjeux de la transformation de la biologie de quête de la connaissance en science de l'ingénieur. Les programmes publics dans ce domaine s'accompagnent tous de recherches sur l'éthique. Ces comportements exemplaires ne sont malheureusement plus ceux de toute la communauté des généticiens.

Des risques de dérapage

Aux Etats-Unis, African Ancestry connaît une croissance exponentielle depuis qu'en 2002 elle a lancé un service gadget pour remonter la généalogie génétique des Noirs américains. Le cinéaste Spike Lee affiche avec fierté son origine camerounaise et la présentatrice Oprah Winfrey, sa généalogie libérienne. De leur côté, Myriad Genetics ou 23andme proposent des tests génétiques pour prédire des risques de cancer ou de diabète. Effectuées via Internet et en dehors du cadre médical, ces analyses survendues et à prix discount risquent grandement d'être interprétées à la manière d'un horoscope. Vous avez tel gène, vous vous sentez condamné. Vous n'avez pas celui-ci, aucun besoin de faire attention. Pour de très bonnes raisons, les industries et les sciences de la santé évoluent dans un cadre réglementé. Laisser des bonimenteurs auréolés de technologie transformer le génome en boule de cristal ressemble à la meilleure recette pour nourrir un peu plus le rejet de la génétique.

Photos: High-Tech /© Corbis

 

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