Bilan

Le fisc américain cherche ses infos sur les réseaux sociaux

Tous les moyens sont bons pour débusquer les fraudeurs. L'IRS, le fisc américain, espionne les contenus postés sur les réseaux sociaux pour détecter le niveau de vie des contribuables.
  • Les posts des utilisateurs sur les réseaux sociaux sont scrutés par les agents du fisc américain pour lancer des enquêtes sur des cas possibles de fraude fiscale.

    Crédits: Image: AFP
  • L'abonné à Facebook ne pense pas toujours que ses posts et statuts peuvent être observés, repérés et utilisés à des fins fiscales.

    Crédits: Image: Reuters
  • L'IRS diversifie ses sources de renseignements en scrutant les contenus postés sur les réseaux sociaux.

    Crédits: Image: J. David Ake/Keystone
  • Cette nouvelle révélation devrait accroître la méfiance de nombreux Américains envers leur administration fiscale, très contestée ces derniers mois après plusieurs scandales.

    Crédits: Image: AFP
  • Sur Facebook, l'IRS a sa page officielle, qui est une de celles récoltant le moins de "like" de la part des internautes au sein de la galaxie des pages d'agences fédérales américaines.

    Crédits: Image: DR

«Au volant de mon nouveau cabriolet allemand»: ce type de post est fréquent sur Facebook, où les abonnés au réseau social ont pris goût depuis une décennie à partager leurs petites joies du quotidien avec leurs amis. Sur Twitter, Instagram, Vine, Google+, Pinterest et autres réseaux sociaux, la tendance est aussi au partage des informations. Certaines peuvent paraître anodines, mais l'achat d'une nouvelle voiture haut-de-gamme ou un déménagement peuvent s'avérer plus révélateurs qu'une déclaration fiscale.

C'est ainsi que l'IRS (Internal Revenue Service), l'administration fédérale chargée de la collecte des impôts, a développé un axe d'enquête sur les cas supposés de fraude fiscale basé sur l'étude des réseaux sociaux, comme le révèle le site de la radio économique Marketplace. En plus d'avoir un compte sur ces réseaux sociaux, l'IRS mandate certains de ses agents chargés de la lutte contre la fraude de scruter les posts de contribuables soupçonnés de ne pas déclarer leurs revenus avec la plus grande exactitude.

Pas question toutefois de payer des agents à éplucher un à un les comptes des abonnés. Mais ces fonctionnaires américains ont travaillé sur un algorythme de recherche et de détection des posts et statuts qui pouvaient présenter un intérêt ou une pertinence dans la détection des écarts de niveau de vie entre les revenus déclarés et les dépenses affichées sur Facebook, Twitter, Instagram et compagnie.

Des données collectées et comparées

Pour Benham Dayanim, avocat spécialisé dans la protection de la vie privée et des datas au sein du cabinet Paul Hastings, interrogé par Marketplace, «il est évident, selon les déclarations publiques et d'autres rapports, que l'IRS se sert des données pour collecter des profils ou candidats potentiels pour un examen plus approfondi».

Selon lui, chaque information postée sur les réseaux sociaux et liée au train de vie ou à une dépense peut être repérée et recoupée avec les déclarations, mais aussi les documents officiels auxquels l'IRS a accès (dossier de santé, numéro de sécurité sociale, situation bancaire, richesse foncière et immobilière). Un simple tweet ou un message de félicitations pour l'achat d'un ami peuvent donc mettre la puce à l'oreille des agents du fisc.

Les courriels restent confidentiels

Toutefois, si l'IRS peut légalement scruter les statuts et contenus envoyés sur les réseaux sociaux (et donc par définition partagés avec plusieurs personnes), les correspondances privées lui restent inaccessibles. Cet état de fait aurait pu être différent. Alors même que la NSA était dans l'oeil du cyclone voici quelques mois pour avoir espionné les courriels de millions d'internautes à travers la planète, l'IRS aussi a tenté de fouiller ces échanges électroniques privés.

Voici un an, le portail d'informations Cnet révélait que Steven Miller, responsable de l'IRS, avait déposé une demande auprès du Congrès pour que son administration soit autorisée à ouvrir les courriels des internautes américains suspectés de fraude fiscale. La demande, rendue publique, avait été refusée après que les organisations de défense des libertés civiles aient violemment protesté contre cette intrusion dans la sphère privée.

Ces nouvelles révélations sur les agissements de l'IRS interviennent en pleine tempête pour l'administration fiscale américaine, empêtrée depuis l'été dernier dans un vaste scandale lié à des enquêtes ciblées sur les groupes et organisations de la droite conservatrice, particulièrement dans la mouvance du Tea Party. Les médias proches de l'aile droite du Parti républicain ont donc été les premiers à dégainer sur ce point des réseaux sociaux.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."