Bilan

Le disrupteur bancaire Revolut intègre le bitcoin

Créée il y deux ans et basée sur la suppression des frais de change et de paiements à l'international, la plateforme Revolut propose désormais bitcoins, ethers et litecoins à son million d'utilisateurs. Un argument de plus pour celle qui rêve de changer le paradigme bancaire.

Issus du sytème bancaire, les deux fondateurs de Revolut Nicolay Storonsky et Vlad Yatsenko veulent aujourd'hui en casser les codes.

Crédits: DR

Dans la nébuleuse des «néo-banques» digitales, Revolut commence à se faire remarquer malgré l'absence de marketing et de publicité. Lancée à l'été 2015 en Grande-Bretagne, elle passait le million d'utilisateurs en novembre de cette année. Avec 6,4 milliards d'euros de transactions depuis sa création, son volume d'activité reste encore limité dans l'écosystème bancaire, mais sa croissance mensuelle à deux chiffres laisse augurer de belles perspectives.

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A l'origine, une stratégie: concurrencer les banques en effaçant la notion de frontière monétaire. Chaque client dispose d'un compte global qui permet de stocker son argent en 25 monnaies, auxquelles s'ajoute depuis jeudi les trois principales cryptomonnaies, bitcoin, ether et litecoin. Aucun frais de change entre monnaies, ni sur les transferts et paiements à l'international. Partout dans le monde (130 monnaies disponibles), le débit se fait au taux de change interbancaire. Seules les cryptomonnaies se voient appliquer des frais de change de 1,5%, inférieurs à la majorité des plateformes de trading «crypto» (en général entre 6 et 10%).

Attaquer les banques sur les frais

Benjamin Belais, responsable des marchés suisse et français pour Revolut, met en avant un modèle d'affaires repensé de zéro depuis le système bancaire classique: «Nos deux fondateurs Nicolay Storonsky et Vlad Yatsenko étaient respectivement trader en devises et concepteur de systèmes financiers. Ils connaissent les limites des infrastructures et modèles de change des banques, qui n'ont pas bougé depuis 40 ans. Actuellement, les banques facturent des frais cachés monstrueux et injustifiés sur les transferts à l'international, et les changes. Alors que paradoxalement certaines ne répercutent pas leurs frais réels sur les retraits d'espèces.»

De fait, pour ses utilisateurs disposant d'un compte gratuit, Revolut facture 2% de commission sur les retraits au bancomat au delà de 250 francs par mois. Egalement, passés 6500 francs par mois, un taux de change de 0,5% est appliqué, ce qui selon Benjamin Belais reste inégalé: «Pour nos clients suisses, les paiements en Suisse se font sans frais et sans limite, ce n'est que les depenses à l'étranger et les opérations de change pour lesquels un taux de 0,5% est appliqué au delà de 6500 francs par mois. Nous gagnons avant tout sur les commissions prélevées sur les commerçants lors des paiements de nos clients par visa ou mastercard dont une partie nous est reversée, comme toutes les banques classiques.» Outre son avantage en infrastructures, la startup économise sur les coûts d'acquisition client, puisqu'elle fonctionne par bouche à oreille sur un concept «Zéro marketing»

Un marché suisse «surexposé aux taux de change»

Avec les cryptomonnaies, Revolut étend son offre et entend en simplifier l'accès à ses clients qui souhaiteraient conserver partie de leur épargne ou effectuer des transactions ou achats par ce biais. Mais c'est avant tout en mettant en avant sa compétitivité sur les frais de change qu'elle vise le marché suisse, ce que détaille Benjamin Belais: «Le marché suisse est surexposé aux taux de change. Un français va peut-être recourir trois fois par an au change, sachant que dans presque toute l'Europe, l'euro est en vigueur. Le Suisse en revanche va aller parfois deux fois dans la même semaine faire des courses en France ou commander en ligne à l'étranger.»

Pour les sociétés, Revolut propose une offre B2B, avec les mêmes avantages de change mais également des packs de cartes pour les employés ou commerciaux. L'entreprise vise également Singapour et Hong Kong qui présentent comme la Suisse des niveaux d'internationalisation élevés.

Titulaire d'une «e-money license» et enregistrée auprès des autorités bancaires, il manque encore à Revolut l'obtention du statut de banque. Par conséquent, le million de comptes est hébergé à la Lloyds et Barclays en Grande-Bretagne, et elle ne peut pas encore proposer d'emprunts. Un statut qui changera début 2018 selon l'entreprise, qui affirme avoir déjà déposé sa demande d'enregistrement auprès de la Banque centrale européenne (BCE) afin d'obtenir sa licence bancaire.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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