Bilan

Le combat de Vibro-Meter contre la chute du dollar

En 2008, la Suisse aurait pu perdre l'un de ses joyaux de la haute technologie: Vibro-Meter. Active dans la mesure et la surveillance des vibrations et de l'état des machines pour l'aéronautique et l'énergie, cette entreprise de Villars-sur-Glâne (FR) figure parmi les principaux employeurs de l'industrie romande avec 550 collaborateurs (équivalents plein temps), dont 150 ingénieurs. Or, ce fournisseur d'Airbus, de Boeing et d'Arianespace a envisagé de délocaliser sa production sous d'autres cieux en raison de la chute du dollar à 1 franc en mars 2008. Pour Vibro-Meter, dont le chiffre d'affaires s'est envolé de 93 millions de francs en 2004 à environ 170 millions en 2008, l'évolution du billet vert est une donnée fondamentale pour sa compétitivité. Les 60% de ses recettes sont encaissés aux Etats-Unis et dans les zones économiques dépendant de cette devise, alors que les 90% de ses charges sont payés en francs suisses, en euros et en livres sterling. Lorsque la devise américaine chute à un niveau aussi bas qu'actuellement (à 1,10 franc), les produits de Vibro-Meter coûtent automatiquement plus cher. A l'inverse, ses concurrents, qui sont surtout localisés outre-Atlantique, sont avantagés.Pour conserver sa rentabilité, l'entreprise fribourgeoise s'est demandé si elle ne devait pas transférer la fabrication de ses instruments à haute valeur ajoutée au Mexique ou en Chine. Des pays dans lesquels son propriétaire - le britannique Meggitt - possède déjà des filiales. L'organisation de l'outil de travail L'étude de faisabilité a montré que la baisse des coûts de production ne suffit pas à contrebalancer avantageusement les dangers d'une délocalisation. D'abord, Vibro-Meter ne conçoit annuellement que 250 pièces en moyenne par produit. Le gain lié aux économies d'échelle est donc faible. Ensuite, le déménagement de la fabrication aurait impliqué des difficultés majeures tout au long du processus de logistique (recherche & développement, planification du travail, transport, etc.). «La distance aurait entravé la collaboration entre toutes les activités», relève Thomas Blum, chef de la production. Enfin, Vibro-Meter a constaté que ni le Mexique ni la Chine ne parviennent encore à relever le défi de la qualité. «Une délocalisation nous aurait finalement apporté davantage de risques que de gains», observe Peter Huber, directeur général. Les sous-traitants doivent s'adapter Vibro-Meter a donc recherché une autre solution pour améliorer sa compétitivité. D'après ses analyses, la réduction du risque de change pouvait aussi passer par une meilleure gestion de ses achats et une meilleure organisation de l'outil de travail.Première mesure: l'entreprise compte davantage profiter des centrales d'achats créées par Meggitt en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et à Singapour. Au cours des prochaines années, elles traiteront un volume d'affaires toujours plus important pour le compte de Vibro-Meter: au total quelques dizaines de millions de francs par an, soit plus du tiers des commandes de l'entreprise fribourgeoise.A terme, le nombre de fournisseurs et de sous-traitants actifs en Suisse (entre 300 et 400) reculera. Dans quelle proportion' «On ne peut pas la quantifier. D'une part, nos partenaires peuvent conserver leur marché car ils ont la possibilité de participer aux appels d'offres de nos centrales d'achats. D'autre part, il n'est pas question d'éliminer les entreprises helvétiques. Leurs difficultés nous causeraient un grand tort du fait que le nombre de sociétés capables de nous livrer du matériel et de réaliser une partie de nos composants n'est pas très élevé», explique le chef de production Thomas Blum.Et d'ajouter: «Elles doivent néanmoins faire un effort, notamment en nous facturant leurs prestations en dollars.» Pour Vibro-Meter, l'objectif final est de parvenir à réaliser 80% de tous les achats dans la devise américaine en 2010. Deuxième mesure: améliorer la productivité. D'abord, il s'agit de mieux organiser la production, qui occupe environ 240 collaborateurs. Le potentiel d'efficacité est considérable, par exemple dans la planification de la production (enchaînement des différentes pièces à fabriquer) et dans l'organisation du travail (préparation de l'outillage à l'atelier). «L'objectif est d'éliminer les pertes de temps sur les chaînes», insiste Peter Huber.Ensuite, une meilleure rentabilité passe par la diminution des stocks. Au lieu de livrer un ou deux conteneurs de pièces détachées et de faire porter le coût du stockage sur Vibro-Meter, les fournisseurs devront s'habituer à travailler en flux tendu. «Ils ont les moyens de nous offrir un meilleur service. On s'aperçoit que nos partenaires ne réalisent parfois guère d'efforts car ils croient, à tort, que leurs débouchés sont assurés», observe Thomas Blum. La crainte de la parité avec le billet vert Malgré la crise financière qui commence à se répercuter sur les entreprises industrielles, Vibro-Meter reste, pour l'instant, confiante. Car elle ressent généralement les effets d'une récession avec un an de décalage. «On ne peut pas arrêter la construction d'avions comme la fabrication d'automobiles où il suffit de stopper les chaînes de production. Même si un client aussi important que le constructeur d'avions européen Airbus enregistrait l'annulation de la moitié de ses commandes qui s'élèvent à environ 2000 aéronefs, nous aurions encore du travail pour une durée de six à douze mois. Ce qui nous laisse du temps pour envisager diverses mesures», constate Peter Huber.Pour faire face à l'incertitude, Vibro-Meter a tout de même réagi. Elle a réduit ses investissements dans le parc de machines et reporté à plus tard un nouvel agrandissement de son site.Actuellement, son principal souci reste le billet vert. «A 1,20 franc, nous gagnons correctement notre vie. A 1 franc, la situation est délicate. En dessous, elle devient catastrophique», analyse Peter Huber. Ses prévisions? «Je pense que le dollar ne s'appréciera pas à moyen terme. Pourvu surtout qu'il ne glisse pas vers la parité avec notre devise.» Carte de visite Chiffre d'affaires 2008: 170 millions de francs environ Bénéfice: Non publié Effectif: 550 collaborateurs (équivalents plein temps) Recherche: 15% du chiffre d'affaires Activités: Mesure et surveillance des vibrations et de l'état des machines pour l'aéronautique et l'énergie Propriétaire: Groupe Meggitt (Grande-Bretagne) Siège: Villars-sur-Glâne (FR) Fondateur: Adolf Merkle, en 1952 PLUS D'INFO: www.vibro-meter.com Photo: Thomas Blum (chef de la production) et Peter Huber (directeur general) / © Pierre-Yves Massot

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