Bilan

Le club des start-up à un milliard atteint un record

Il y aurait désormais 154 jeunes sociétés non cotées et valorisées à plus d'un milliard de dollars, selon le Wall Street Journal et Dow Jones VentureSource. Si les Etats-Unis et la Chine continuent de régner sur le classement, l'Europe et quelques autres pays se font une place dans la liste.
  • Dans le sillage d'Uber, il y a désormais 153 autres licornes répertoriées à travers le monde.

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  • Airbnb a levé des fonds récemment et sa valorisation atteint désormais 30 milliards de dollars.

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  • En trois ans, Xiaomi est devenue la deuxième licorne la mieux valorisée au monde derrière Uber.

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La deuxième bulle du web est-elle plus proche que jamais? Bientôt 17 ans après l'éclatement de la «bulle internet» en 2000, le monde n'a jamais compté autant de licornes, ces jeunes sociétés non cotées et valorisées à plus d'un milliard de dollars. Dans la foulée des géants Uber, Xiaomi ou Airbnb, elles sont désormais 154 selon le dernier recensement mené par le Wall Street Journal et Dow Jones VentureSource.

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En janvier 2014, le Billion Dollar Startup Club ne comptait que 54 «membres». Ils étaient 83 un an plus tard et la barre des 100 était franchie en avril 2015 (105). En novembre 2015, 143 start-up étaient valorisées à plus d'un milliard de dollars. L'augmentation s'est alors ralentie et la barre des 150 n'a été franchie qu'en juin 2016. Depuis lors, le nombre oscillait entre 151 et 153, avec même un petit recul à 149. Et en février 2017, un nouveau record était atteint avec 154.

Forte croissance du nombre de licornes européennes

En janvier 2014, on comptait 32 licornes américaines, neuf asiatiques, deux européennes et deux «autres» (une canadienne et une israélienne). En janvier 2015, le WSJ et Dow Jones VentureSource répertoriaient 53 américaines, vingt asiatiques, huit européennes et deux autres (la même canadienne et une israélienne, IronSource ayant «remplacé» Mobileye). En janvier 2016, 89 américaines pour 41 asiatiques, seize européennes et deux autres (IronSource et la canadienne Kik Interactive ayant remplacé sa compatriote Shopify). En mars 2017, le palmarès compte 91 américaines, 44 asiatiques, seize européennes et trois autres (la nigerianne Africa Internet Group ayant rejoint les deux précédemment citées).

En à peine plus de deux ans, on a donc assisté d'abord à une forte croissance des licornes européennes (de deux en 2014 à huit en 2015 puis seize en 2016) avant leur stabilisation. Mais aussi à un ralentissement de l'émergence des sociétés non cotées à forte valorisation aux USA: de 32 en 2014 à 53 en 2015 puis à 89 en 2016 et à 91 en 2017. C'est en fait surtout sur la scène asiatique que ces pépites continuent de croître très vite: de neuf en 2014 à vingt en 2015, puis 41 en 2016 et 44 en 2017. Là où il y avait trois fois plus de licornes américaines qu'asiatiques en 2014, il n'y en a «plus que le double» en 2017.

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La croissance la plus importante sur la période reste celle d'Uber: la firme créée par Travis Kalanick était valorisée à hauteur de 3,8 milliards en janvier 2014, elle l'est désormais à 68 milliards. Soit une valorisation multipliée par 20 en à peine plus de deux ans. A côté de la startup californienne, le constructeur d'électronique chinois Xiaomi (n°2 du classement en mars 2017 avec 46 milliards de dollars de valorisation) n'a connu «qu'une» hausse de 460% (contre 2000% pour Uber) sur ces trois ans et deux mois. Le secteur du transport semble particulièrement gâté puisque Didi Chuxing, concurrent chinois d'Uber, est passé de 3,5 à 33 milliards de dollars de valorisation. Autre marque emblématique de l'économie digitale, Airbnb a vu sa valorisation passer de 2,5 milliards à 30 milliards de dollars, à la faveur notamment d'une levée de fonds récente qui a entraîné une réévaluation à la hausse par les marchés et les analystes.

Maximiser la valorisation avant l'exit

Les cas de ces quatre leaders (Uber, Xiaomi, Didi Chuxing et Airbnb) sont emblématiques d'une nouvelle tendance: la volonté des entrepreneurs (et des investisseurs qui les accompagnent) de retarder au maximum l'entrée en bourse ou la revente, afin de maximiser la valorisation et de tirer le profit le plus élevé d'une telle opération. L'exemple de Snap (Snapchat) est parlant à cet égard: la start-up valorisée à hauteur d'1,5 milliard en janvier 2014 a vécu son IPO à Wall Street alors que les marchés l'estimaient à 17,8 milliards de dollars. Fondateur et CEO de la jeune société, Evan Spiegel a attendu longtemps avant de lancer l'opération et celle-ci est intervenue alors même que d'autres acteurs du secteur des messageries en ligne (notamment Facebook et WhatsApp, mais aussi Viber et WeChat) implémentaient dans leurs modèles des fonctionnalités inspirées de Snapchat (effacement programmé des contenus, agrémentation des visuels,...). De quoi faire courir le risque d'un moindre attrait du grand public et donc des investisseurs sur les marchés.

Si 18 start-up sont valorisées actuellement à plus de six milliards de dollars, la forte croissance des deux dernières années a surtout vu le nombre de «petites licornes» croître très rapidement: 122 sociétés sont actuellement valorisées entre 1 et 3 milliards de dollars. La plupart d'entre elles visent un destin à la Snap. Mais les attentes sont parfois déçues: en 2014, de nombreux experts s'attendaient à voir la valorisation de Lyft grimper très fortement et jouter avec son concurrent Uber. Aujourd'hui, la valorisation est certes élevée (5,5 milliards de dollars) mais elle reste loin de celle d'Uber, notamment en raison d'une croissance plus lente que prévu hors des Etats-Unis et de l'arrivée d'acteurs majeurs sur ce segment de marché (comme Didi Chuxing).

La croissance n'est pas enterrée pour ces licornes. Mais elle se fait désormais plus prudemment, à la faveur d'un ralentissement des levées de fonds depuis le début de l'année 2016. A condition que la bulle des licornes annoncée depuis de longs mois n'éclate pas soudainement dans les mois à venir...

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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