Bilan

Le cloud doit encore se muscler

A l’heure de l’intelligence artificielle et de l’explosion des quantités de données collectées, les solutions cloud doivent s’adapter et renforcer leur infrastructure.
  • Michael Dell, fondateur et CEO du géant américain de la technologie.

    Crédits: Dr
  • Dell Technologies World à Las Vegas début mai: L’occasion pour la société de présenter ses nouveautés.

    Crédits: Dr

A l’horizon 2020, «une grande ville pourra générer 200 petabytes de données supplémentaires chaque jour dont 99% viendront des objets connectés»: ce constat signé Michael Dell, fondateur et CEO du géant américain de la technologie, laisse songeur. A titre de comparaison, tous les deux jours, l’humanité produit autant d’informations que ce qu’elle a généré depuis l’apparition de l’écriture jusqu’en 2003. 

Et l’explosion continue: le volume de données double tous les deux ans actuellement, et 90% des data stockées actuellement par les différents systèmes informatiques ont été compilées au cours des vingt-quatre derniers mois.

Selon Michael Dell, qui s’exprimait au Dell Technologies World à Las Vegas début mai, «des entreprises de tous types cherchent comment elles peuvent utiliser leurs données, les agréger dans des data lakes, exploiter l’intelligence artificielle et l’IoT»: des besoins qui nécessitent d’accroître la puissance de stockage, de classement et d’utilisation des infrastructures. Et notamment du cloud.

Trente-quatre ans après la naissance de Dell au Texas, le fondateur a bien compris la révolution qui s’annonce. Cinq ans après le rachat de sa société pour 25 milliards de dollars, le changement de cap est réel: la construction et l’assemblage de micro-ordinateurs, activité historique du groupe (N°1 mondial du secteur entre 1999 et 2002), ont laissé la place sous les projecteurs aux solutions cloud.

Si l’activité hardware continue de représenter une part non négligeable de l’activité de Dell, le rachat d’EMC fin 2016 (pour 67 milliards de dollars) a symboliquement marqué la bascule vers le stockage de données et les solutions liées au big data, à l’internet des objets et à l’intelligence artificielle. Pourtant, loin de vouloir tout réunir sous la bannière Dell, la maison mère a délibérément choisi de conserver les différentes marques issues des rachats successifs des deux entités. C’est ainsi que les clients pourront choisir la solution adéquate pour leur développement au sein d’un portfolio comprenant DellEMC, Pivotal, Virtustream, VMware, SecureWorks ou encore RSA. Et parmi ces solutions, plus de la moitié concernent le stockage cloud, selon des modèles et des spécificités différents en fonction des besoins des entreprises.

«L’intelligence artificielle et le machine learning sont prêts à transformer les technologies de l’information de prochaine génération: l’apprentissage automatique et l’apprentissage en profondeur nécessitent d’énormes quantités de données de formation», avertit Ritu Jyoti, directeur de recherche au sein du cabinet d’études IDC. Selon ses recherches, d’ici à 2022, les investissements les plus importants des entreprises concernant les projets de transformation numérique se feront sur la sécurité et l’infrastructure (data center, stockage, réseau, capacités de traitement).

Si les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) se taillent actuellement la part du lion dans la collecte des données dans le monde hors Chine (où d’autres géants tels que Baidu, Alibaba, Tencent ou Xiaomi verrouillent le marché), le stockage et la mise à disposition de ces données sont deux volets cruciaux. «Il y a les solutions pour collecter les données et, à l’autre bout de la chaîne, les serveurs. Mais
il y a un besoin crucial d’infra-structures et de structures (management, compétences, services) entre ces deux extrémités de la chaîne: c’est le rôle de sociétés comme Dell», confie Frank Thonüs, general manager Switzerland pour la firme américaine.

En quête d’efficacité énergétique

Et l’un des axes suivis par les géants du secteur pour optimiser l’infrastructure et le stockage des données réside justement dans l’intelligence artificielle. Ainsi, c’est grâce à cette IA que Google a réussi à réduire son impact environnemental: «Notre système de machine learning a été en mesure de réduire de 40% nos besoins en énergie pour rafraîchir nos serveurs, ce qui représente une réduction de 15% de l’indicateur d’efficacité énergétique», expliquent Richard Evans et Jim Gao, respectivement ingénieur recherche et ingénieur data center chez Google.

Cette recherche d’efficacité énergétique permise par l’usage combiné des données (fournies par des capteurs) et de l’intelligence artificielle, c’est la base de la réussite d’AeroFarms. Cette société née en 2004 dans le New Jersey s’est donné comme mission de fournir une alimentation sûre, riche en nutriments et en saveurs. Son concept? Cultiver des légumes sur des bacs dans des hangars aux abords des grandes agglomérations.

«Grâce à un vaste réseau de capteurs enterrés et aériens, nous produisons des salades notamment avec 95% moins d’eau et un rendement 390 fois plus important au mètre carré que les fermes conventionnelles, et ce sans le moindre usage de pesticide ou d’intrants de la chimie de synthèse», explique David Rosenberg, CEO de la société, qui a récemment lancé la construction de sa neuvième ferme indoor. C’est une solution numérique cognitive qui s’appuie sur les millions de données mesurées en continu pour fournir la quantité adéquate d’eau et régler la chaleur des bacs ou la luminosité des leds. Pour arriver à ce résultat, il a fallu combiner le stockage d’un historique des données avec une réactivité et une adaptabilité du système pour des milliers de bacs par ferme verticale.

Autre exemple en Europe avec Weir, un des leaders mondiaux des équipements pour l’industrie minière. Ce géant écossais a dû faire face, à l’aube des années 2000, à une rupture générationnelle parmi
ses collaborateurs: les anciens, devenus capables, au fil des années, de détecter à l’oreille les pannes des machines, allaient partir en retraite et la relève n’avait pas acquis les mêmes compétences. Sur la base de capteurs acoustiques implantés dans les appareils, une solution faisant appel au machine learning a permis de suppléer ces compétences humaines et d’avertir les employés chargés de l’exploitation des pannes ou de l’usure de certaines pièces.

Tout est vertical

Deux solutions particulières pour deux besoins spécifiques. C’est d’ailleurs la vision de Michael Dell: «La façon dont les données sont utilisées est incroyablement verticale. En chirurgie, cela ne sera pas la même intelligence artificielle que dans l’automobile, il y aura d’innombrables développements spécifiques en IA, cela dépendra des données.» Et de filer une métaphore qui lui tient à cœur: «Les données sont le carburant de l’intelligence artificielle, mais toutes les IA n’ont pas besoin du même type de carburant.»

Quant aux questions sur la transmission, la sécurisation et la confidentialité des données ou encore les dérives de l’intelligence artificielle, le dirigeant américain ne les place pas à son niveau. «Nous devons trouver comment utiliser ces technologies de façon responsable. De mauvaises choses peuvent se produire, c’est notre rôle de les empêcher», se contente-t-il de répondre de façon évasive, sans préciser davantage en quoi les solutions cloud pourraient jouer un rôle. 

Mieux protéger les données

Sur le plan de la protection de la sphère privée, l’entrée en vigueur du règlement général sur la protection des données (GDPR) dans l’Union européenne (avec une déclinaison dans le corpus législatif suisse) constitue un premier défi. «Je ne suis pas sûr que le GDPR soit une source d’opportunités pour nous directement. Mais il est certain que de nombreux clients sont concernés, qu’il s’agisse de particuliers soucieux de leurs données comme d’entreprises qui doivent d’adapter. C’est là que nous pourrons intervenir», estime Henrik Thomsen, general manager Europe occidentale et Russie chez Dell.

Pour Margaret Franco, vice-présidente chargée du marketing pour Dell EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), il s’agit d’un rééquilibrage logique: «Avec le GDPR, les clients ont le droit de savoir ce que l’on fait de leurs données, d’y accéder et de les faire effacer. J’ai entendu beaucoup de compagnies se plaindre de ce qu’elles ont à faire pour se mettre en conformité. Mais il faut voir les excès auxquels certaines se sont livrées et comprendre ce besoin des particuliers.»

La montée en puissance de nouvelles marques comme RSA ou SecureWorks au sein du portfolio de Dell pourrait d’ailleurs répondre à ces besoins des entreprises: sécuriser les systèmes de stockage et garantir l’accessibilité des données, deux notions clés à l’heure du cloud et de ses systèmes tantôt ouverts, tantôt fermés. Ou comment se servir d’une contrainte nouvelle pour s’ouvrir de nouvelles opportunités de croissance. 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."