Bilan

Le chercheur de Zurich qui a conçu les robots d'Amazon

A trois semaines de Noël, dans les sites logistiques du géant Amazon, les envois sont préparés par des robots. Or, c'est un professer de l'EPF Zurich, Raffaelo D'Andrea, qui a conçu ces robots avec deux associés.
  • Raffaello D'Andrea est en poste à l'ETH Zurich depuis 2007.

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  • Sous leur design rudimentaire, les robots Kiva sont des bijoux de technologie de pointe.

    Crédits: Image: Kiva Systems
  • Les robots se déplacent dans les hangars et vont chercher les rayonnages sur lesquels les objets sont entreposés.

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  • Les trois cofondateurs de Kiva Systems: Peter Wurman, Mick Mountz et Raffaello D'Andrea (de gauche à droite).

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Des canaux de Venise aux hangars de la côte Ouest des Etats-Unis: les robots qui préparent les expéditions des cadeaux de Noël dans les sites de logistique d'Amazon trouvent une partie de leur ADN aux abords de la piazza San Marco. C'est là qu'est né Raffaello D'Andrea en 1967. A l'âge de neuf ans, ce Vénitien traverse l'Atlantique et suit tout son cursus au Canada et aux Etats-Unis, notamment au sein du California Institute of Technology.

Pendant dix ans, de 1997 à 2007, Raffaello D'Andrea va enseigner au sein de la prestigieuse Cornell University. Mais dans le même temps, entre 2003 et 2007, il se lance dans l'aventure de l'entrepreneuriat privé avec Mick Moutntz et Peter Wurman en créant Kiva Systems. «J'avais rencontré Mick Mountz autour d'un café au Massachusets Institute of Technology (MIT) en 2003. Je venais de débuter un congé sabbatique et un ami commun nous a mis en relation. Mick avait vu nos robots autonomes qui jouaient au football et voulait évoquer avec moi le projet de robots pour la logistique. Nous nous sommes revus plusieurs fois pour en discuter et j'ai vite mis fin à mon congé sabbatique pour fonder Kiva Systems avec Mick et Peter Wurman», explique Raffaello D'Andrea.

L'intuition sur le potentiel des sites de vente en ligne

Cette startup basée près de Boston conçoit et développe alors des robots destinés à révolutionner le monde de la logistique. Traditionnellement, les objets entreposés dans des hangars sont préparés par des équipes qui les cherchent sur les rayonnages et les déplacent sur des chaînes de transport. Pour les dirigeants de Kiva Systems, le stockage sur rayonnage s'accompagne de codes barres et ce sont des robots qui vont chercher les éléments pour les amener jusqu'aux opérateurs. «L'idée dès le premier jour était de faciliter les procédures dans le domaine de la logistique et de l'expédition», insiste Raffaello D'Andrea.

A cette époque, les sites de vente en ligne sont encore balbutiants. Mais les perspectives sont prometteuses. Les trois cofondateurs de Kiva Systems sentent le potentiel: «Nous avons toujours su que nous pouvions grandement améliorer l'opérationnel d'Amazon. Mais pas seulement; nombre d'autres acteurs majeurs de la logistique peuvent profiter de nos développements», glisse le chercheur italien.

Les robots conçus par Kiva se présentent sous la forme de petits modules qui se déplacent sur roues dans les hangars, se repérant grâce aux codes bars, disposant de détecteurs empêchant les collisions. Une fois arrivés sous le rayonnage sur lequel les objets souhaités sont stockés, le robot se déploie et soulève le dispositif puis le déplace jusqu'à l'opérateur, qui s'épargne ainsi les allers-retours dans les hangars. Deux modèles de robots ont été développés: un petit de 60 à 90cm de haut capable de soulever jusqu'à 450kg, et un plus grand qui peut supporter et déplacer des charges jusqu'à 1500kg, y compris des palettes de bois chargées d'équipements divers.

Vers des robots qui apprennent et s'adaptent

Ces engins, véritables bijoux technologiques, sont de conception complexe et intègrent plus de 900 éléments, dont des caméras pour la lecture des codes barres (au sol pour se repérer, et sur les rayonnages), des batteries et un système qui dirige les robots vers la station de recharge automatiquement quand le niveau d'énergie baisse,... «La beauté de notre système, c'est que les collaborateurs humains n'ont plus besoin de se déplacer vers les rayonnages: ce sont ces derniers qui viennent vers eux», résume Raffaello D'Andrea.

Mais cette étape du transport des rayonnages vers les postes où les collaborateurs d'Amazon les saisissent pour les envoyer est désormais acquise. «Je crois que Kiva était la solution de base, la première étape. Désormais nous allons assister à des améliorations constantes du produit et des performances. L'une des prochaines étapes, cruciale, sera de mettre au point des robots capables de saisir les objets et de les manipuler», annonce-t-il déjà.

Déjà partenaire d'Amazon, Kiva Systems a été racheté par la firme de Jeff Bezos en mars 2012 pour 775 millions de dollars, soit la deuxième plus grosse acquisition pour Amazon depuis sa naissance.

Un IEEE/IFR Award en 2008

Entretemps, Raffaello D'Andrea a renoué avec l'univers de la recherche universitaire. Sollicité par l'Ecole polytechnique fédérale (ETH) de Zurich en 2007, il retraverse l'Atlantique et vient sur le continent où il est né. Désormais, il se focalise sur les étapes de demain: «Mon travail à l'ETH se concentre sur la création de systèmes qui se basent sur les innovations technologiques, les principes scientifiques, les mathématiques complexes, les algorithmes et la conception d'une manière sans précédent, avec un accent sur le contrôle perfectionné du mouvement. Et il y a un focus particulier sur les engins qui seront capables d'apprendre et d'évoluer pour s'adapter».

Ses travaux ont été couronnés, peu après son arrivée en Suisse, par un IEEE/IFR Award qui lui a été décerné pour ses travaux sur les robots et les automatisations. Mais, plus que les honneurs, le chercheur vise désormais d'autres bonds technologiques.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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