Bilan

Le CEO et fondateur Sean Rad débarqué de Tinder

IAC, la société mère du leader mondial des applications de rencontres, éjecte le manager de 28 ans après des bisbilles au parfum de scandale entre cofondateurs.

Sean Rad à l'époque où il entretenait de bonnes relations avec Whitney Wolfe, devenue entre-temps l'ex de son meilleur ami, également cofondateur.

En octobre dernier, Sean Rad annonçait le lancement de services Premium sur Tinder, l’application de dating révolutionnaire qu’il a créée avec trois autres cofondateurs. Le CEO de 28 ans trône alors sur la scène pour l’événement de Forbes dédié aux leaders de moins de 30 ans. Alors qu’il doit encore prendre la parole, son portable sonne. C’est un appel qui vient de la société IAC qui finance Tinder. Le Californien de 28 ans est viré de la compagnie qu’il a lancée en dépit d'une prouesse sans équivalent. Il a hissé la firme au sommet en cumulant la réussite dans tous les thèmes technologiques du moment: découverte sociale, dimension ludique (gamification), géolocalisation et messagerie instantanée.

Sean Rad relate à Forbes : «Je suis passé par toutes les étapes du deuil. J’étais pétrifié et mon ego, détruit. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la société et à mon avenir. » Cachant son hébétude, il part pour une séance de photo Instagram avec le mannequin Petra Nemcova. Puis, il revient sur scène et pendant 30 minutes, il explique à 1500 jeunes entrepreneurs la manière de créer un phénomène viral. Prestation impeccable.

Pour l’heure actuelle, l’ex-CEO reste dans la compagnie. Il doit rejoindre le conseil d’administration de Tinder, tandis que les recherchent débutent pour trouver un nouveau patron à la start-up. Sean Rad raille dans Forbes les expectatives de l’entreprise qui serait en chasse d’un « autre Eric Schmidt », le président légendaire de Google.

Les dangers des amitiés

Phénomène de société, Tinder a connu une croissance explosive pour atteindre aujourd’hui une valeur estimée à plus d’un milliard de dollars. Les businessmen du géant IAC, champion du dating qui réunit les firmes Meetic, OKCupid, Vimeo ou encore Match.com, ont sans doute craint de laisser la compagnie à l’inexpérimenté Sean Rad, bien que ce soit lui qui a porté la firme vers le succès. En outre, Tinder a aussi été secoué par des mésententes au parfum de scandale entre cofondateurs. Whitney Wolfe, VP marketing, a déposé plainte pour harcèlement sexuel contre Justeen Mateen, son ex-compagnon, cofondateur en charge du marketing. Ce dernier a démissionné, mais reste en relation avec Sean Rad qui est aussi son meilleur ami. De son côté, Whitney Wolfe attaque également Sean Rad pour l’avoir destitué de son statut de cofondatrice, pour des raisons sexistes selon elle. Ambiance.

En fin de compte, aucun parti n’a admis de culpabilité et l'affaire a été réglée en-dehors des tribunaux. Rad Sean a géré les retombées médiatiques de main de maître. Néanmoins, il y a trop d’argent à perdre pour qu’IAC laisse le gouvernail au Californien. Les investisseurs – qui restent muets sur l’affaire – estiment sans doute que le jugement de l’entrepreneur est altéré par le fait qu’il travaille avec des proches.

Comme Steve Jobs

En 1985, Steve Jobs a connu le même sort que Sean Rad lorsqu’il a été éjecté d’Apple par les actionnaires. Le fondateur est revenu à la tête de la compagnie en 1997, pour connaître le succès que l’on sait. La situation chez Tinder a cela d’inédit que Sean Rad n’est apparemment pas exclu du management et continue à arpenter les couloirs de la société. L’entrepreneur détient en outre toujours 10% de Tinder, soit l’équivalent de quelque 100 millions de dollars.

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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