Bilan

Le bitcoin nécessite l'équivalent de 50% de la production d'électricité suisse

Alors que son cours flambe actuellement, le bitcoin divise les observateurs, entre adversaires de cette devise indépendante et vue comme une bulle, et partisans d'une monnaie cryptée mais dont toutes les opérations sont transparentes. Cependant, l'impact énergétique de cette monnaie minée par des milliers d'ordinateurs fait froid dans le dos.
Crédits: Bitcoin.com

Basé sur la blockchain, le bitcoin est miné par des milliers d'acteurs décentralisés à travers la planète. Et chaque transaction fait appel à de nombreux ordinateurs pour créer les noeuds reliés à ces opérations. Ce système, qui garantit à la fois l'indépendance et la transparence du bitcoin et empêche pratiquement le piratage du système (il faudrait pour cela prendre le contrôle de plus de 50% des dizaines de milliers d'ordinateurs en même temps), a pourtant aussi un revers non négligeable et même inquiétant si l'on envisage l'hypothèse d'une généralisation du bitcoin comme monnaie internationale et moyen de paiement du quotidien: l'impact énergétique.

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En effet, une étude du site Digiconomist basée sur les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) affirme que l'ensemble des opérations du bitcoin en 2017 auront nécessité 30,25TWh, soit une puissance instantanée de 3,4GW. Pour mesurer l'importance de cette consommation, les auteurs de l'étude précisent que cela représente plus d'électricité que n'en consomment annuellement 159 pays sur Terre. Ces 30,25TWh représentent également plus de 50% de l'énergie produite en Suisse en 2016, selon les chiffres de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN). Si l'on se base sur les chiffres de production de la centrale de Beznau avec ses deux réacteurs nucléaires disposant d'une puissance de 700MW, il faut consacrer constamment cinq centrales de cette capacité à travers le monde pour fournir l'électricité nécessaire.

60% des revenus des mineurs pour l'énergie

A l'échelle mondiale, l'énergie consommée cette année par tous les ordinateurs impliqués dans les opérations liées au bitcoin aura représenté seulement 1% de la consommation d'énergie en Chine (le pays qui compte le plus de «fermes à bitcoin», ou «mines de bitcoin», ces ensembles d'ordinateurs qui processent les opérations). Mais si on change de continent, seuls trois pays africains auront consommé davantage d'électricité que l'ensemble des opérations bitcoin: l'Algérie, l'Egypte et l'Afrique du Sud. En Europe, l'Irlande, l'Islande, les pays baltes, la Hongrie, la Croatie, la Serbie, le Luxembourg ou l'Albanie auront consommé moins d'électricité.

Les pays ayant consommé moins d'électricité que les opérations liées au bitcoin en 2017 (en jaune).

Au niveau individuel, Digiconomist a calculé que, pour chaque «mineur» de Bitcoin, 60% des revenus générés par la production de bitcoin sont absorbés par les coûts de l'énergie. 

Mode de calcul du coût énergétique du minage de bitcoin.

Si l'on se limite au rôle transactionnel de la monnaie, le bitcoin se révèle dramatiquement plus énergivore que d'autres moyens de paiement. Digiconomist a choisi de comparer le poids énergétique du paiement bitcoin avec celui d'un paiement par carte bancaire sous système Visa: l'ensemble du système de paiement Visa est 56 fois moins vorace en énergie que le système bitcoin. Visa nécessite l'équivalent de la consommation de 50'000 ménages américains alors que le bitcoin consomme autant que 2'804'342 ménages américains. Alors même que Visa a servi lors de 82,3 milliards de transactions en 2016, soit 1000 fois moins que les 80 millions de transactions en bitcoin en 2016.

Dès lors, en admettant que le bitcoin et son usage se généralisent, il faudrait soit couvrir la planète de panneaux solaires, d'éoliennes et de centrales nucléaires pour fournir l'électricité nécessaire, soit faire évoluer les algorithmes de validation de la bockchain et du bitcoin vers une sobriété énergétique.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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