Bilan

Le trading demande de garder la tête froide

Classe d’actifs souvent décorrélée, les cryptomonnaies permettent de diversifier un portefeuille. Caractérisées par une forte volatilité, elles offrent des opportunités de rendement importantes, à condition de tenir sa stratégie.

Audace et sang-froid sont nécessaires pour miser sur les cryptomonnaies, en raison de leur grande volatilité.

Crédits: Sorbetto/Getty images

Traders occasionnels comme professionnels le savent, plus que sur n’importe quel autre marché, il faut avoir les nerfs solidement accrochés quand on traite de cryptomonnaies. Et pour cause: quand les obligations varient en moyenne de 5% par an et les actions de 13%, on parle pour les cryptomonnaies d’ordre de grandeur de 90 à 100%. Depuis janvier 2012, la plus forte baisse journalière sur les obligations avoisinait 2%, 12% sur les actions, alors qu’on enregistrait jusqu’à 40% de chute sur le bitcoin, pourtant réputé comme le «hedge des cryptos» – entendez la valeur stable, de couverture.

Doser son exposition

Les cryptomonnaies en tant que classe d’actifs à part trouvent une utilité en tant qu’outil de diversification d’un portefeuille, ce que relève Arnaud Masset, Senior Market Strategist pour la Banque Swissquote à Gland: «Entre juin 2019 et janvier 2020 par exemple, on observe une corrélation négative, -0,2, entre le bitcoin et le S & P 500. En cas de krach toutefois, comme on l’a vu en mars 2020, on a une corrélation positive significative, 0,4 dans ce cas précis. Il y a eu un appel de marge, un besoin de cash. Les positions les plus risquées ont été liquidées prioritairement.»

Arnaud Masset conseille de limiter autour de 4 à 5% l’exposition d’un portefeuille aux cryptomonnaies pour les investisseurs présentant une «certaine aversion au risque» et d’aller jusqu’à 15 à 20% maximum pour les «profils action». Audrey Charmant, analyste en cryptomonnaies à Genève, estime quant à elle que l’on doit «rarement dépasser les 5%» pour les patrimoines les plus importants.

S’informer sur les projets

La ventilation par cryptomonnaie doit aussi prendre en compte le profil de risque. Plus stables, l’ether et le bitcoin prendront une part plus importante chez les investisseurs plus prudents, alors que les plus aventureux tenteront des projets plus récents et prometteurs. Bien s’informer est d’autant plus important que, selon Audrey Charmant, les placements se font sur du moyen à long terme pour les particuliers: «Les frais de transaction sont trop importants pour imaginer gagner de l’argent sur de l’intraday (durant la même séance, ndlr). 0,26% sur la plateforme Kraken, par exemple.» La spécialiste conseille de suivre les projets sur le site Reddit, où les communautés échangent, ou sur l’application de messagerie Telegram, «malgré la présence d’un certain nombre de scams (arnaques, ndlr).» Arnaud Masset, de Swissquote, relève toutefois que «les canaux d’information sont souvent biaisés. En plus des sujets payés, certains soutiennent des thèses en fonction de leurs investissements.» Dans cette jungle où il reste difficile de s’orienter, certains spécialistes comme Audrey Charmant conseillent de ne viser que le top 50, voire le top 20 des cryptomonnaies en termes de capitalisation de marché.

Ne pas tomber dans l’émotionnel

Ecueil capital à éviter, le basculement dans l’émotionnel. «Sur les cryptos, il faut pouvoir encaisser des baisses de 30% en quatre heures», rappelle Arnaud Masset, de Swissquote, qui invite à découper son investissement en tranches de 10% par exemple: «Il faut cibler un prix d’entrée. On commence à rentrer un peu avant. Puis racheter à la baisse en suivant l’évolution. Si ça remonte, on aura déjà un bout.» L’essentiel étant de s’être fixé son plan au préalable pour rentrer et sortir et de s’y tenir: «Il faut accepter d’encaisser 50% d’une hausse ou éviter 50% d’une baisse, c’est déjà satisfaisant.»

Garder la tête froide sur ce marché fortement volatil consiste également à résister à la «fear of missing out», la peur de manquer une flambée: «On a toujours l’impression de rater le mouvement. Si le bitcoin passe de 6200 à 6700, il faut être capable de dézoomer. En février-mars 2020, l’écart type moyen était de 8,5% par jour. Donc ce qui donne l’impression d’une hausse spectaculaire est en réalité une variation normale».

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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