Bilan

Le succès de l’Uber de la motocyclette

Raphaël Dana a quitté la presse en Suisse pour lancer un réseau de motos taxis dans plusieurs villes d’Afrique. Gozem, sa nouvelle société, travaille avec 2000 chauffeurs.

Gozem a développé un réseau de motos et de tricycles taxis au Togo et au Bénin.

Crédits: Gozem

Raphaël Dana est un parfait globe-trotteur dont le chemin l’a conduit de Paris à Genève ou des Etats-Unis à Singapour. Désormais, il passe une grande partie de son temps en Afrique. Mais c’est à Barcelone qu’il se confine actuellement en attendant de retourner à Lomé.

Sa nouvelle entreprise, Gozem, cofondée en 2018 avec le Nigérian Emeka Ajene et le Français Gregory Costamagna, est présente au Togo et au Bénin. Celle-ci a développé un réseau de motos et de tricycles taxis dans plusieurs villes africaines. Les utilisateurs commandent le véhicule grâce à une application depuis leur smartphone. Le chauffeur se déplace pour accueillir le passager là où il se trouve.

«Nous sommes l’Uber africain», compare Raphaël Dana, qui travaille avec 2000 chauffeurs dans neuf villes. «Ils sont formés chez Gozem. Des casques sont systématiquement proposés aux passagers. Chaque course, couverte par une assurance, est enregistrée en temps réel par GPS sur l’appli», explique l’entrepreneur de 46 ans.

Les chauffeurs peuvent payer du carburant sans liquidité dans des stations-service avec des cartes reliées à leur portefeuille électronique, disponible dans l’application. La startup a également introduit la possibilité de faire des achats en ligne et propose aussi un service de coursier pour faire livrer des marchandises ou des bagages. «Nous voulons faire de Gozem une superapp comme Grab ou Gojek en Indonésie», poursuit Raphaël Dana. Il s’agit d’entreprises d’e-commerce créées initialement pour mettre en relation des livreurs à moto avec leurs clients. Elles ont par la suite évolué en une application généraliste offrant plusieurs services, aussi bien de la livraison, du paiement ou de l’accès au financement.

L’application séduit. Près de 450 000 courses ont été enregistrées au premier trimestre 2020 et 550 000 au troisième trimestre. La startup enregistre un chiffre d’affaires annualisé estimé à 4 millions de dollars. Désormais, Gozem cherche à déployer ses services d’ici à deux ans dans neuf nouveaux marchés en Afrique, à savoir le Nigeria, le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso et quatre pays du centre et de l’est de l’Afrique, notamment le Cameroun, la RDC et le Rwanda.

«C’est compliqué de faire du business en Afrique. Nous avons dû nous entourer de locaux qui comprennent le marché», reconnaît Raphaël Dana qui a déjà levé 5 millions de dollars de seed money auprès d’investisseurs tels Plug & Play aux Etats-Unis, Bansea à Singapour ou Virtual Network en Suisse. Pour sa prochaine levée de fonds, l’entreprise vise 10 millions de dollars afin d’accélérer sa croissance.

De Netarchitects à «Market»

Il y a une trentaine d’années, Raphaël Dana était actif depuis Genève avec la société internet Netarchitects, revendue au groupe français Altran Technologies. Puis il a testé le monde de la presse en lançant, avec Patrick Sikias, le magazine économique Market. Un secteur qu’il a préféré quitter pour vivre à Singapour et monter une société permettant à ses clients européens d’accélérer leur développement sur le marché asiatique. «Nous avons travaillé pour des gros clients, à l’exemple de Viber», dit-il.

Mais comment devient-on du jour au lendemain expert de l’Asie? «Comme pour l’Afrique, il faut des équipes, chercher des talents et monter un réseau. A mon arrivée à Singapour, j’allais trois ou quatre fois par semaine à des événements pour réseauter», explique-t-il. Lorsque Viber est devenu la propriété de la société japonaise Rakuten, Raphael Dana s’est tourné vers l’Afrique. «Ce continent m’évoque l’Asie du Sud-Est. Il y a des barrières à l’entrée, mais aussi un énorme potentiel depuis le déploiement de la 4G.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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