Bilan

Le pari d’un «Uber» des photographes

La startup genevoise Backbone souhaite soutenir les commerces et producteurs locaux qui veulent accélérer leur digitalisation. Elle offre ses services bénévolement, le temps de la pandémie.

Les fondateurs de Backbone: Federico Leis, Dorian de Vinck et Antoine Tomasini.

Crédits: Fabio Cameli

Créée il y a un an et demi, la startup genevoise Backbone facilite la mise en relation entre photographes professionnels et entreprises. La jeune pousse a déjà séduit des entrepreneurs à succès, à savoir Alex Stöckl et Pascal Mathis (GetYourGuide) ainsi que Lukas Weder (EAT.ch). Ces derniers ont lancé le nouveau fonds de capital-risque Wingman Venture, qui s’adresse uniquement aux startups technologiques suisses. Parmi leurs premiers choix figure Backbone. Celle-ci a obtenu, début mars, 1,7 million de francs pour financer sa croissance.

Que développe cette jeune pousse? Elle a conçu une plateforme destinée aux photographes, comme Uber pour les taxis ou Airbnb pour les locations et les réservations de logements. Le service va-t-il «disrupter» le travail des photographes? «Nous voulons au contraire faciliter et augmenter leur niveau de vie. Par notre plateforme, ils accèdent à de nouveaux clients et évitent de perdre du temps dans les déplacements. De plus, ils n’ont plus besoin de se soucier de tâches administratives ou de la postproduction des shootings, affirme Dorian de Vinck, qui a cofondé Backbone avec Antoine Tomasini et Federico Leis. Nous voulons les aider à optimiser leur temps.»

Un exemple du travail de postproduction réalisé en interne. (Crédits: Fabio Cameli)

Une croissance de 25% par mois

Si les appareils photo de smartphones offrent une qualité d’image toujours plus impressionnante, les clichés pris par un photographe professionnel restent une référence incontournable. Ainsi, le site a déjà séduit 300 clients, soit une croissance de 25% par mois depuis la création de la startup. «Compte tenu de la situation sanitaire actuelle, de nombreux commerces et producteurs locaux doivent s’adapter et tester d’autres méthodes de vente pour continuer à exercer. La digitalisation de leur activité est essentielle pour maintenir une visibilité. Nous avons décidé de proposer nos services bénévolement aux commerces et producteurs locaux», a expliqué Dorian de Vinck.

En quelques clics, les clients peuvent trouver un photographe à proximité en fonction de leurs besoins. Grâce à ses logiciels, Backbone fait rapidement le lien entre les demandes des entreprises et celles des photographes professionnels. «Nous garantissons une livraison des visuels dans les 48 heures après le shooting. Nous nous occupons de la postproduction, à savoir l’embellissement de la photo, mais également de toutes les tâches administratives», précise Dorian de Vinck, qui a travaillé dans la finance avant de créer son entreprise.

Séance de travail de l’un des 1000 photographes utilisant Backbone. (Crédits: Fabio Cameli)

Airbnb ou Uber Eats parmi les clients

Parmi les premiers clients de la startup, on retrouve des plateformes web, à l’exemple d’Airbnb ou d’Uber Eats. «Dès qu’un restaurateur ou le propriétaire d’un logement s’inscrit sur ces sites, il faut rapidement fournir des images. Et c’est là que nous intervenons», poursuit Dorian de Vinck. Des sociétés immobilières, des organisateurs d’événements ou des places de marché, mais aussi Christie’s ou McKinsey figurent parmi les clients de Backbone. «Les visuels sont de plus en plus importants dans le monde actuel où les clients achètent en ligne», note le jeune entrepreneur.

Quant aux photographes, la startup dit en compter déjà 1000, essentiellement en Suisse, en Allemagne et en Autriche. «Nous ne travaillons qu’avec des professionnels. Nous recevons chaque jour près de 50 demandes, mais nous ne sélectionnons que deux ou trois photographes quotidiennement», précise Dorian de Vinck.

En revanche, la startup ne dévoile pas sa commission. «Nos clients achètent des packs pour un certain nombre de photos. Le photographe touche environ 100 francs l’heure», note Dorian de Vinck, qui travaille avec une équipe de dix personnes à Genève. La levée de fonds permettra de recruter une vingtaine de collaborateurs supplémentaires au cours des six prochains mois dans les deux bureaux de Backbone, à Genève et à Berlin.


Qu’en est-il de la concurrence?

Photos La startup américaine Snappr, financée initialement par des stars du sport australien et le cofondateur de Google Maps, Lars Rasmussen, a lancé une plateforme de mise en relation rapide entre photographes professionnels et clients. Présente aux Etats-Unis et en Australie, elle n’est active que dans le B2C. Snappr demande des informations de base sur l’événement, notamment l’heure, le lieu et le type de photos nécessaires.

La plateforme dit pouvoir trouver des photographes dans un délai de deux à trois heures. Les photos sont éditées dans les quarante-huit heures. Snappr a racheté photographers.com, qui possède l’une des plus grandes bases de données de photographes en Australie.

Considérée comme une licorne depuis juin 2019 avec une levée de fonds de 230 millions d’euros, la jeune pousse française Meero a, elle aussi, bousculé ce marché. Elle revendique des milliers de photographes. Pour continuer à croître, l’entreprise vient notamment de lancer myMeero, offrant notamment des services administratifs et de comptabilité aux photographes.

Meero commence également à aborder le marché B2C en commençant par le large marché des mariages.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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