Bilan

Le moment charnière de la femtech?

La femtech englobe toute technologie en faveur de la santé des femmes. De la recherche fondamentale à des applications mobiles: de nombreux efforts ont été faits pour tenter de trouver des solutions aux problèmes féminins. Cette année en particulier promet de nouvelles perspectives pour la femtech.

Crédits: DR

Le monde de la recherche a pendant longtemps laissé les femmes de côté. Un article du Guardian datant de 2015 résume bien la situation. Les essais cliniques se faisaient majoritairement sur des patients masculins, et même si des femmes y participaient, les résultats ne prenaient pas en compte les éventuelles différences entre les genres.

«Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), des études sur la médecine genrée ont été menées, de manière à prescrire différemment les médicaments», explique Lan Zuo, l’une des directrices du programme Tech4Eva, un accélérateur femtech de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). «Le but est de rendre attentif à la problématique et de développer des solutions pour que cela aille mieux», résume Lan Zuo. Travailler de la manière la plus efficace possible à certains moments de son cycle, de sa grossesse ou de sa ménopause est difficile, d’autant plus que très peu de solutions existent. «Il y a une sorte de tabou qu’il vaut la peine de briser», note encore la directrice de Tech4Eva.

L’accélérateur lausannois a lancé un appel à projet pour démarrer. Il a sélectionné 30 projets parmi les 110 proposés. La moitié en est à un stade relativement embryonnaire tandis que l’autre moitié représente des projets assez avancés. Parmi elles, la startup de la docteure Colleen Draper. «Jusqu’à maintenant, nous nous sentions seules. Beaucoup de personnes nous ont dit que nous étions trop de niche et nous avons souffert d’un manque de compréhension», explique-t-elle.

La scientifique à l’origine de PhenomX est spécialisée dans la nutrition thérapeutique, de manière à gérer les déséquilibres hormonaux. Elle témoigne d’un marché «complètement libre» au moment de se lancer. La cause? «Les premiers projets de recherche en nutrition personnalisée se sont focalisés sur les hommes car il était plus facile de ne pas avoir à s’adapter aux cycles hormonaux, qui sont complexes», affirme-t-elle.

Trouver les investissements

Si l’intérêt pour la population est là, il n’est pas forcément visible pour les personnes non-concernées. Un des exemples connus est celui de l’endométriose, qui touche environ 10% des femmes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette maladie manque de reconnaissance. «Le public général et la plupart des soignants en première ligne ne sont pas conscients que les douleurs pelviennes inquiétantes et pénibles ne sont pas normales, ce qui entraîne une normalisation et une stigmatisation des symptômes et un retard significatif dans les diagnostics». Certains médias, dont Neon, relaient des témoignages pour sensibiliser la population aux problèmes liés à la maladie.

La situation évolue cependant, et notamment avec la prise au sérieux de la femtech. Le programme Tech4Eva est un signal fort. «Cela devenait nécessaire» insiste Lan Zuo. L’entité peut ainsi mettre les bonnes personnes en relation, de manière à faciliter l’innovation.

Les ambitions sont grandes, et pour l’instant le Groupe Mutuel est le principal sponsor de l’accélérateur de l’EPFL. A terme d’autres partenaires se profilent, dont des grands groupes pharmaceutiques. «Le défi est toujours là, vu que la majorité des investisseurs n’ont pas d’expérience dans le secteur de la femtech» concède Colleen Draper.

Un article de Forbes rappelle que le secteur femtech a beau convaincre de plus en plus, cela ne se traduit pas forcément directement dans les financements. «Malgré l’enthousiasme pour le secteur, il demeure une partie de la healthtech sous-développée avec seulement 4% de R&D allant en direction de la santé des femmes». Des fonds spécialisés existent. «Ces derniers deux ou trois ans, nous avons vu de nombreux fonds ou investisseurs intéressés par ces technologies».

Faire un enfant: le nerf de la guerre?

Peu à peu, les problèmes liés à la vie quotidienne des femmes ont intéressé les chercheurs et ingénieurs. «Avant, il y avait un manque d’intérêt. La santé des femmes était définie par leur capacité à pouvoir faire des bébés. Les hormones agissent surtout à l’adolescence et jusqu’à la fin de leur vie. La grossesse et l’allaitement ne sont qu’une partie de la question», résume Colleen Draper.

Ce qui demeure toujours central? La reproduction. En Europe, l’un des grands domaines de recherche est celui de la fertilité. «On y revient», souffle l’entrepreneuse. C’est d’ailleurs l’application Clue qui a lancé le terme femtech en 2016. L’entrepreneuse Ida Tin a mis au point ce traqueur de règles et de fertilité pour les femmes, lequel a conquis un public qui n’avait jusque-là aucun produit similaire.

D’autres opportunités sont à saisir, et le nombre d’inscrits pour le programme de l’accélérateur Tech4Eva en constitue une preuve. L’institut chinois de recherche Facts & Factors a publié une analyse du marché de la femtech au mois de mai 2021. Le marché global était estimé en plusieurs milliards de dollars. Une autre étude, de Frost & Sullivan, tablait sur un marché d'une taille de 1,15 milliards d'ici 2025. Deux chiffres très différents, qui montrent tout de même une femtech d'une importance croissante.

Garciarebecca1
Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

Du même auteur:

A chaque série Netflix son arôme de cannabis
Twitch: comment devenir riche et célèbre grâce aux jeux vidéo

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."