Bilan

Le métier de sourceur émerge en Suisse

Dopé par l’avènement des données, le sourcing devient l’allié 2.0 du recrutement. Afin de répondre à la demande des entreprises, formations et équipes sont mises sur pied.

Guillaume Alexandre, fondateur de Gates Solutions. Sa mission: dénicher des talents via les réseaux du monde entier.

Crédits: David Huc

Sourceur est une profession encore peu répandue en Suisse mais qui pourrait bien révolutionner l’art du recrutement dans les prochaines années. Guillaume Alexandre, fondateur de Gates Solutions à Genève, en est le parfait exemple. Sa mission: chercher des talents pour des postes et non pas des postes pour des talents. Comptant parmi les trois sourceurs mondiaux à battre une intelligence artificielle et premier francophone à intervenir à la SourceCon aux côtés de Google et Microsoft, Guillaume Alexandre travaille au développement du sourcing en Suisse.

«Ce qui a tout changé, c’est l’accès à la donnée. Aujourd’hui, LinkedIn par exemple, c’est 2,4 millions de profils au niveau national pour 5,3 millions d’actifs (artisans, ouvriers, etc.)», souligne l’expert. De quoi obliger les entreprises à investir dans leur marque employeur. Une image sur laquelle les sourceurs s’appuient pour convaincre les talents. «On identifie avec le manager les besoins puis on se sert des réseaux du monde entier pour sélectionner une liste de profils les plus qualifiés pour le poste», précise Guillaume Alexandre. S’ensuit un processus de prise de contact avec les noms choisis par l’entreprise. Le sourceur va à leur rencontre, leur présente l’opportunité en détail, et ce, même si l’individu est déjà en emploi. «La différence avec une agence de placement qui va passer une annonce peu détaillée et sélectionner les meilleurs postulants, c’est que nous allons proactivement vers les talents et nous exposons la situation: tel patron de telle entreprise vous veut à tel endroit pour telle fonction et libre à eux de dire non. C’est une forme plus égalitaire de recrutement, car l’entreprise se prend quelques refus», indique le spécialiste.

La recherche personnalisée peut également se révéler utile lorsque l’entreprise souhaite travailler sur sa diversité. Au regard des statistiques, sachant qu’une femme postule quand elle se pense qualifiée pour 90 à 100% des tâches décrites dans une annonce, un homme le fait à partir de 60%. Un biais existe donc bel et bien dans le recrutement et le sourceur remédie à cette problématique, d’après Guillaume Alexandre: «Si les ressources humaines se retrouvent avec huit candidats masculins et deux femmes, on nous engage pour aller chercher six profils de femmes supplémentaires, car dans tous les cas elles existent, il faut juste aller les chercher.»

Un manque de formation

Pour le moment, Richemont, les CFF, Swisscom et quelques banques privées sont en train de créer leur équipe de sourceurs en interne. Cela afin de réduire les coûts d’agence qui pèsent sur le budget. Chez Philip Morris, à Lausanne, Guillaume Alexandre s’est chargé de former les sourceurs internalisés. «Quand vous êtes un cigarettier qui a fait du tabac toute sa vie et qui, du jour au lendemain, décide de proposer un objet technologique (l’IQOS), vous devez mettre à jour tout le processus de production et de recrutement. C’est pourquoi Philip Morris dispose à présent de recruteurs aptes à trouver des employés aux qualifications plus complexes», décrit ce dernier.

Guillaume Alexandre souhaite à présent donner un coup de pouce à la profession. «Les seules formations disponibles pour sourcer sont pour le moment en ligne. Bien qu’il y ait de plus en plus de conférences où s’informer, les futurs sourceurs doivent apprendre à utiliser les outils de manière autonome. C’est pour cela que je suis en train de préparer une formation en parallèle de mes missions. J’y partagerai mon savoir, mais surtout je conscientiserai ces personnes sur la rigueur qui est nécessaire lorsque l’on a accès à toutes ces données», conclut-il.

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle se débrouillait pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

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