Bilan

Le dilemme des produits open source

Les inventions fleurissent pour fournir masques et respirateurs lors de la pandémie. Entre sécurité et urgence, ces solutions non certifiées séduisent autant qu’elles effraient.

  • OxyGEN a mis au point des respirateurs faciles à fabriquer, dont les plans sont en libre accès.

    Crédits: oxygen
  • OxyGEN a mis au point des respirateurs faciles à fabriquer, dont les plans sont en libre accès.

    Crédits: oxygen

Quitte à se faire soigner, autant l’être par des produits reconnus comme sûrs par un cercle d’experts. Encore faut-il qu’il y en ait assez à disposition. C’est le terrible dilemme que beaucoup de médecins ont eu ces dernières semaines: qui doit bénéficier d’un respirateur? La personne âgée ou la jeune?

En Suisse, les autorités fédérales rassurent: il n’y a pas de pénurie. Mais la question de l’utilisation de solutions inventées rapidement se pose dans beaucoup d’autres pays. Par exemple en Espagne, avec le projet OxyGEN, soit des respirateurs mis au point à partir de pièces de moteur automobile. «Si les hôpitaux sont équipés en Rolls-Royce, nous produisons des Fiat Panda», explique un membre du projet, auquel a contribué un Suisse autrefois très présent dans le milieu des startups. Autrement dit: leur idée n’est certainement pas destinée à remplacer les dispositifs médicaux certifiés présents aujourd’hui, mais elle a le potentiel de dépanner. Leur technologie n’est pas chère et facile à reproduire à condition d’avoir les pièces. «Chaque gouvernement pourrait implémenter cela», raconte-t-elle. Barcelone a franchi le pas et a décidé d’expérimenter cette solution dans l’un de ses hôpitaux. Des médecins ont formé un comité afin d’évaluer l’efficacité du produit, qui est donc utilisé en tant qu’objet d’étude. C’est bel et bien une étude scientifique qui est menée pour pallier le manque.

Il existe toutefois une limite cruciale: la légalité, comme le souligne l’Hôpital de l’Ile, à Berne: «Au sein de l’Insel Gruppe, nous sommes strictement liés aux bases légales. Une utilisation de produits non homologués par les autorités, ou comme vous dites illégaux, serait impossible.» Pour le professeur Olivier Crevoisier, spécialiste de l’innovation à l’Université de Neuchâtel, les certifications ont leur importance. «Elles sont d’une part très contraignantes: elles sont coûteuses, elles obligent à suivre des protocoles souvent extrêmement précis et lourds, elles nécessitent un effort de longue durée… D’autre part, elles permettent aux entreprises qui les respectent d’être largement déchargées de leurs responsabilités en cas de problème, ce qui leur permet d’opérer sur leur marché.»

S’il précise ne pas être juriste de la santé, l’économiste estime que «pour trouver des solutions plus rapides, il faudrait s’en remettre au professionnalisme du corps médical, mais cela nous met en face de la question de la responsabilité qui est engagée». Les infrastructures suisses prennent garde à utiliser du matériel reconnu et testé selon les normes les plus strictes. Un porte-parole des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) précise que «s’agissant de matériel médical, une validation selon les procédures de Swissmedic (fédérales) est un minimum qu’aucun établissement de soins ne peut contourner».

Le discours en cas de pénurie

Contrairement à l’Italie ou à Madrid, les centres hospitaliers suisses disposent encore de réserves. Mais le besoin d’avoir du matériel reste présent. La compagnie aérienne Swiss a ainsi transporté pour 200 tonnes de matériel médical début avril, dont des masques et combinaisons de protection ainsi que des respirateurs. Et les plus grands centres mutualisent leurs moyens. «Nous avons une centrale d’achat commune au CHUV et aux HUG plus d’autres hôpitaux régionaux et cantonaux. La Confédération joue un rôle dans la mutualisation en cette période de pandémie», précise le porte-parole des HUG.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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