Bilan

Lausanne, capitale de l’internet par satellite

Installée depuis peu à Dorigny, sur le site de l’EPFL, l’antenne européenne du géant de la communication satellitaire ViaSat veut offrir une alternative aux coûteux réseaux de fibre optique.
  • Grâce à ses satellites en propriété, ViaSat vise à couvrir l’ensemble du globe.

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  • Evan Dixon, CEO adjoint de ViaSat, met en avant le coût réduit d’internet par satellite.

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Si vous rêvez de traiter vos e-mails, de suivre vos séries télévisées avec Netflix ou YouTube, de passer vos ordres de bourse dans un avion, un train, ou à l’avenir dans une voiture connectée, voire même dans les régions les plus reculées du globe, cette nouvelle vous concerne. Dorénavant, il sera possible de rester connecté en permanence à internet avec un service à très haut débit jusqu’à un gigabit par seconde, équivalent à celui de la fibre optique. Et cela via… Lausanne! Associée à son partenaire européen Eutelsat, la compagnie américaine ViaSat a installé son antenne européenne dans un bâtiment du Parc de l’innovation de l’EPFL. Elle y occupe déjà une septantaine de personnes, surtout des ingénieurs et techniciens. 

Selon Evan Dixon, adjoint au CEO et chef du marketing de ViaSat pour l’Europe, ce partenariat vise dans les année à venir plusieurs millions de clients en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique avec un chiffre d’affaires dépassant largement le milliard de francs. 

Actuellement, ViaSat a accès à 5 satellites qui peuvent arroser une zone allant de Los Angeles à Istanbul, dont un en propriété, le satellite ViaSat-1, mis en orbite en 2011 pour le marché américain à l’aide d’une fusée russe Proton. Suivra en juin prochain le modèle ViaSat-2, dont le lancement par une fusée Ariane a été retardé en raison des récents troubles en Guyane. Le satellite ViaSat-3 devrait être opérationnel en 2020 pour fournir une capacité d’un térabit par seconde, permettant d’atteindre des vitesses comparables au meilleur de la fibre optique.

«Quand le satellite offre des performances comparables à la fibre optique, les responsables politiques doivent considérer cette solution qui est plus économique et nettement moins perturbante. Cela devient un débat autant politique qu’économique», affirme ViaSat, qui, au-delà de la simple utilisation, lance désormais ses propres satellites et gère verticalement toute l’exploitation.

La fin de la fibre optique?

C’est en 2007 que ViaSat s’est installée à Lausanne en rachetant une start-up créée en 1998 par deux anciens élèves au sein du laboratoire d’électromagnétisme et d’acoustique de l’EPFL, et qui ont développé des réseaux d’antennes pour les communications par satellite. Après avoir travaillé de façon indépendante avec ViaSat, Jast est devenue une filiale à 100% et totalement intégrée au modèle de croissance du groupe. Jast Antenna Systems s’est spécialisée dans le développement d’antennes et de terminaux, des accessoires indispensables à la communication internet par satellite: «Grâce à l’aide du canton de Vaud qui a facilité l’opération, le potentiel de développement est immense», poursuit Evan Dixon, un Californien de 36 ans.

Depuis son siège de Carlsbad, en Californie, ViaSat gère plus de 4000 employés dans 15 villes du monde, dont 300 en Europe. Et ce n’est qu’un début. Le marché intéresse toutes sortes de domaines, des transports à la marine, en passant par les plateformes pétrolières et gazières, les trains ou les voitures connectées de demain. Ils doivent aussi fournir une connexion wi-fi aux milliards de personnes encore non connectées. 

Au sol, plus besoin de multiplier les réseaux de fibre optique jusque dans les coins les plus reculés. L’antenne satellite capte les signaux envoyés par satellite à 36 000 km de la Terre. Les «autoroutes de l’information» passeront dorénavant aussi par l’espace. Inutile de continuer à creuser d’interminables et coûteux sillons dans toutes les villes européennes, c’est le message que veut faire passer ViaSat à Bruxelles. Là où le déploiement de la fibre optique reviendrait à plus de 1500 dollars par an et par foyer, la solution satellitaire ne coûterait que 600 à 700 de dollars d’investissement par foyer. En Europe, l’abonnement devrait coûter de 30 à 80 euros par mois et l’antenne serait fournie gratuitement pour un contrat de vingt-quatre mois. 

En Suisse, la fibre optique connaît déjà ses limites, comme au bout du lac, où le réseau lancé en 2010 par les Services industriels de Genève (SIG) avec Swisscom pour relier 200 000 foyers et des milliers d’entreprises est aujourd’hui valorisé à zéro franc, alors qu’il avait été budgété à 189 millions en 2010. «Quand il existe des solutions plus économiques et nettement moins perturbantes que le câble ou la fibre optique, il serait temps de mettre fin au gaspillage, commente Evan Dixon. C’est un problème politique.»

Porte-parole de Swisscom, Christian Neuhaus reste persuadé de l’avenir de la combinaison cuivre-fibre optique-réseau mobile: «Nous continuons à  investir près de 1,8 milliard de francs par an de façon à pouvoir relier 100% des communes suisses en 2021. Le satellite est une concurrence, mais nous avons l’habitude de la concurrence. Des partenariats satellitaires restent possibles pour les zones très reculées.»

Internet dans les avions

Mais c’est dans le domaine de la connectivité aérienne que l’avenir semble assuré: les ventes pourraient atteindre plusieurs centaines de millions d’euros en Europe. Aux USA, ViaSat est déjà leader sur ce créneau avec 500 avions desservis. Des contrats ont été signés avec des compagnies aériennes comme American Airlines, United Airlines, Virgin America, SAS, Finnair, Quantas, El Al, etc. D’autres devraient suivre, grâce aux capacités offertes par de nouveaux satellites. La connectivité haut débit généralisée dans les avions n’est plus qu’une question de temps.

Pour le dirigeant lausannois de ViaSat, «l’entreprise n’est pas une société utilisatrice de satellites comme une autre. Elle aspire à devenir le premier vrai fournisseur global d’accès à internet à haut débit.» Les revenus actuels de ViaSat se montent à 1,5 milliard de dollars et le prix de l’action est de 64 dollars pour une capitalisation boursière de 3,7 milliards de dollars. Grâce au joint-venture entre ViaSat et Eutelsat, Lausanne ambitionne de devenir le centre de toutes les opérations pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Avec son potentiel de développement, l’entreprise est en quête d’un nouveau bâtiment pour abriter ses ingénieurs et commerciaux. 

Lausanne, capitale européenne du marché satellitaire par internet? La route de l’espace est tracée.   

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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