Bilan

La vie éternelle, du rêve à la réalité?

Les projets médicaux radicaux des géants de la Silicon Valley remettent la cryogénisation au goût du jour. Elle serait un palliatif en attendant que la science progresse.

Andy Zawacki, COO de l’Institut Cryonics. Avec son concurrent, la Fondation Alcor Life Extension, cette entreprise conserve au total quelque 250 corps dans des caissons remplis de nitrogène liquide. 

Crédits: Dr

La cryogénisation est une idée ancienne. Il y a tout juste cinquante ans, Robert Ettinger, un professeur de physique d’Atlantic City, l’exposait dans son livre The Prospect of Immortality. L’idée? Congeler et conserver un mort à très basse température et le réanimer le jour où les techniques médicales seront suffisamment avancées pour revivre, éventuellement éternellement.

En 1967, James Bedford, un professeur de psychologie de l’Université de Californie, devint ainsi le premier être humain cryogénisé après son décès. Son corps est toujours conservé par la Fondation Alcor Life Extension dans l’Arizona. Avec son concurrent, le Cryonics Institute dans le Michigan, cette entreprise conserve un total de quelque 250 corps. En 2005, une société moscovite, KryoRus, est aussi apparue sur cet étrange marché tandis qu’Alcor a ouvert une filiale en Grande-Bretagne.

Selon Marji Klima, porte-parole de la Fondation Alcor, «la cryogénisation connaît actuellement un regain d’intérêt». Des personnalités comme Simon Cowell, le producteur d’Incroyable talent en Grande-Bretagne, ou l’intervieweur Larry King l’ont remis au cœur de l’actualité en annonçant qu’ils l’envisageaient. Marji Klima l’attribue aussi à d’autres facteurs. «En particulier, les progrès des nanotechnologies et d’autres technologies futures poussent les gens à s’intéresser plus en profondeur à la cryogénisation.»

De fait, l’annonce par Google X, le laboratoire du géant d’internet, qu’il a développé un prototype de nanoparticules destinées à circuler dans le sang pour mesurer les changements biochimiques annonciateurs de maladie, a fait remonter à la surface les projets médicaux inspirés par le transhumanisme qui se mènent actuellement dans la Silicon Valley. 

«Ad vitam aeternam»

Le transhumanisme prône une augmentation radicale de l’espérance de vie, voire la vie éternelle, que ce soit grâce aux progrès médicaux, en particulier dans le domaine du vieillissement ou en téléchargeant l’esprit d’une personne dans un ordinateur. Ce qu’ils appellent la singularité.

On pourrait penser à des promesses farfelues, n’était-ce la personnalité de ceux qui envisagent ces approches. Ils sont généralement scientifiques et comme tels envisagent que ces progrès pourraient intervenir au cours du siècle. La cryogénisation serait un palliatif en attendant.

Champion de l’intelligence artificielle, chercheur chez Google et membre du conseil d’administration du MIT, Ray Kurzweil est ainsi un défenseur de la cryogénisation. C’est aussi le cas d’une autre légende de l’intelligence artificielle, Marvin Minsky, ainsi que du pionnier des nanotechnologies Ralph Merkle. Plus jeune, Peter Thiel, le cofondateur de PayPal, a, lui, investi dans des start-up développant des techniques de cryobiologie. La Fondation X Prize, qui rassemble les milliardaires de la Silicon Valley, envisage un prix pour la cryopréservation d’organes.

C’est que ces milliardaires n’ignorent pas qu’en cinquante ans la cryogénisation a, contrairement à la médecine, très peu progressé. Pour des tarifs allant de 12 000 à 200 000 dollars, Alcor et consorts enferment les corps dans des caissons remplis de nitrogène liquide. La seule innovation significative est qu’ils utilisent désormais un mélange injecté dans le corps juste après le décès afin d’éviter la cristallisation de l’eau dans les cellules.

Pour le reste, l’histoire de la cryogénisation est une longue suite de polémiques. Pas sûr que cette technique n’empêche que les geeks milliardaires de la Silicon Valley ne soient nés quelques générations trop tôt.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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