Bilan

La troisième génération de biocarburants émerge

La start-up française Global Bioenergies construit une usine pilote pour industrialiser son processus de production d’hydrocarbures par des bactéries.
Global Bioenergies a développé un procédé avantageux qui produit un gaz, l’isobutène, et non un liquide. Crédits: Dr

L’explosion du prix des denrées alimentaires de 2008 a voué aux gémonies les biocarburants. L’idée d’une concurrence entre les cultures pour l’énergie et les récoltes pour l’alimentation faisait alors scandale. Dans l’ombre pourtant, la recherche s’est poursuivie afin de développer des carburants de seconde et même de troisième génération.

L’idée? Utiliser des déchets de récoltes ou des algues dans le premier cas, et même, dans le second, directement transformer ces ressources en carburant grâce à des bactéries génétiquement modifiées enfermées dans des bioréacteurs.

Dans ce domaine, l’entreprise française Global Bioenergies vient de franchir une étape importante. Contrairement à ses concurrentes américaines, comme LS9, cette start-up a développé un procédé qui produit un gaz (l’isobutène) et non un liquide. L’avantage est double.

A l’instar des levures qui transforment le sucre en alcool dans le vin, celles qui produisent des hydrocarbures rendent leur propre milieu toxique. Le gaz s’échappant, il n’y a pas cet inconvénient. De plus, il n’est pas nécessaire de distiller l’isobutène, qui peut être directement raffiné pour produire des plastiques, des lubrifiants et des carburants chimiquement similaires à l’essence ou au diesel.

Bond de l’action

Fondée en 2008 par le serial entrepreneur Marc Delcourt et le biologiste Philippe Marlière, l’entreprise entre dans une phase critique de son développement avec la création d’une usine pilote. Elle se trouvera sur le site de chimie verte développé près de Reims par le groupe Cristal Union, connu pour sa marque de sucre Daddy.

Logique, puisque avant d’utiliser des déchets végétaux comme source de glucose, Global Bioenergies va vérifier, à partir de blé, que les rendements de son procédé sont au rendez-vous.

Devisée 10 millions d’euros, dont la moitié est apportée par l’Etat dans le cadre des «investissements d’avenir » et le reste par des industriels comme le chimiste Arkema, cette usine produira 10 tonnes d’isobutène par an.

Si tout fonctionne, elle servira de modèle à d’autres unités de production vendues sous licence. Les investisseurs y croient. Ils ont fait bondir le cours de l’action de 13% le jour de l’annonce et de 60% depuis l’introduction en bourse de 10% du capital il y a deux ans.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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