Bilan

La tempête Netflix trouble les écrans

Annoncé dès le 18  septembre en Suisse, le service américain sera bien davantage qu’un simple concurrent aux acteurs des vidéos à la demande. La riposte se prépare.
  • Orange is the New Black. L’une des séries à succès créées par Netflix. 

    Crédits: Dr
  • Le fondateur de Netflix, Reed Hastings.

    Crédits: Robyn Beck/AFP

«Netflix a mis au point des algorithmes très élaborés qui lui permettent de maîtriser quelque 88 000 microgenres. Ces catégories improbables vont des «films noirs romantiques coréens» aux «films d’horreur avec des garçons méchants». Sur la base de vos choix, le site fait des recommandations très fines qui permettent de découvrir des perles cinématographiques dont vous ignoriez l’existence.» Pour Antoine Verdon, responsable des activités capital-risque chez Centralway à Zurich, Netflix n’est pas un distributeur de programmes mais bien une société technologique de la Silicon Valley, à la pointe de l’innovation.

En Suisse, Netflix lance ses activités de VOD (Video On Demand) le 18 septembre, en même temps qu’en Belgique, Allemagne, Autriche, France et au Luxembourg. Avec quelque 50 millions d’abonnés dans le monde répartis dans 40 pays, dont plus de 70% se trouvent aux Etats-Unis, Netflix dispose d’une gigantesque base de données.

«La société s’appuie sur ce qu’elle sait des goûts et préférences des consommateurs pour créer des contenus en ligne avec leurs attentes. On connaît le succès de la série House of Cards avec Kevin Spacey et d’Orange is the New Black, qui se déroule dans une prison pour femmes», poursuit le cofondateur de Sandbox, le réseau mondial des leaders de moins de 30  ans.

Côté pratique, Netflix offre un abonnement illimité pour 11,90 francs par mois, selon la page web du groupe. Atout supplémentaire, les programmes sont accessibles sur tous les écrans: TV, tablette, smartphone, console de jeux et ordinateur.

La compagnie compte à son catalogue américain quelque 100 000 titres, dont des centaines de blockbusters et 70% de séries. En revanche, elle laisse à ses concurrents le soin de diffuser les derniers films en date, comme cela sera aussi le cas en Europe.

L’aventure Netflix a commencé à Los Gatos, en Californie, dans les années 1990. Diplômé en intelligence artificielle de l’Université Stanford, Reed Hastings (53 ans) développe une application pour Unix qui lui rapporte 75  millions de dollars. En 1997, il fonde Netflix qui, à l’époque, est un service de location des DVD commandés sur le web et envoyés par la poste.

Aujourd’hui, Netflix représente aux Etats-Unis jusqu’à un tiers du trafic internet quotidien de données avec environ 10% de la population totale cliente. La valorisation boursière du groupe crédite Reed Hastings d’une fortune de 840 millions de dollars. Déjà implanté au Canada, Mexique, Brésil, Grande-Bretagne, Pays-Bas et en Scandinavie, Netflix devrait encore conquérir les espaces culturels liés à la France et l’Allemagne pour couvrir l’ensemble du monde occidental.

Résistance française

Pour amadouer l’Hexagone, particulièrement hostile, Netflix a annoncé la création d’une série, Marseille, avec huit épisodes pour la saison 1. Le scénario est confié à de jeunes cinéastes en vue: au scénario, Dan Franck (Les hommes de l’ombre, Carlos) et à la réalisation, Florent Emilio Siri (Cloclo) et Samuel Benchetrit (J’ai toujours rêvé d’être un gangster).

Dès l’annonce de leur implantation, les dirigeants de Netflix ont eu des discussions orageuses avec l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Celle-ci voulait que le groupe ouvre un bureau en France, y paie ses impôts et respecte les règles relatives au financement et à la diffusion des œuvres. Netflix n’a pas cédé et s’est installé en juin aux Pays-Bas, afin de bénéficier d’un traitement fiscal parmi les plus libéraux en Europe.

Le géant de Los Gatos a mené sur plus de neuf mois une offensive de charme en Europe continentale, relate le Wall Street Journal. Des émissaires se sont succédé chez les organismes de réglementation, les défenseurs de la vie privée et d’autres décideurs politiques. Ils ont engagé des négociations avec les producteurs et gardiens des droits d’auteur de la création audiovisuelle. Puis en juin, la compagnie a embarqué à ses frais tout un contingent de journalistes français, allemands et belges au siège de la compagnie en Californie.

Côté helvétique, la riposte s’organise discrètement. Hollystar et Sunrise TV ont lancé au mois d’août une offre illimitée pour les enfants (respectivement 8 fr. 90 et 6 francs par mois). La RTS diffuse, depuis le 31  août, la saison  1 de la série américaine The Knick en version originale sous-titrée, trois semaines seulement après sa diffusion aux Etats-Unis. UPC Cablecom a annoncé le 3 septembre la création d’un service sur abonnement à 9 fr. 50 par mois et la production d’une sitcom suisse en douze épisodes.

Swisscom TV, le leader du marché, est de son côté en embuscade. «Nous sommes en train d’élaborer une offre forfaitaire incluant TV, films, documentaires et sports mais nous ne connaissons pour le moment ni l’offre proposée par Netflix ni ses prix», indique Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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