Bilan

La startup suisse Proxeus dompte la blockchain

Après avoir levé 25 millions de dollars en deux jours en février dernier, Proxeus franchit une nouvelle étape importante en apportant la preuve que sa technologie fonctionne et permet d'inscrire une société au registre du commerce. Sélectionnée dans l’édition 2018 des 50 startups de Bilan, la jeune pousse a relevé ce défi en partenariat avec Swisscom et IBM.
  • Proxeus a développé une forme de WordPress qui permet au grand public d'accéder à la blockchain.

  • Patrick Alleman (à gauche) et Antoine Verdon ont lancé Proxeus dans la Crypto Valley de Zoug.

Cet exploit n’a rien de banal. Ce début de semaine, la startup Proxeus a inscrit au registre du commerce la première société au monde grâce à la blockchain. Le tout en 1 heure et 37 minutes. « C'est un jalon important car nous avons ainsi apporté la preuve que notre technologie fonctionne », indique Antoine Verdon, cofondateur de la société avec son partenaire Patrick Alleman. Cette prouesse technologique démontre d'abord que la blockchain peut être implémentée de façon très pragmatique. L’exercice ouvre aussi de nouvelles perspectives dans la simplification des processus administratifs. Pour ce défi de numérisation du Registre du commerce, l’objectif était de passer faire passer le processus de création d’entreprise d’une durée de quelques semaines à un procédé automatisé, opéré en moins de 48 heures.

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« Le problème et qu’en Suisse, les différents acteurs (entrepreneur, avocat, notaire, banque, registre) travaillent en séquence. Une partie ne peut pas commencer son travail avant que la précédente n'ait terminé le sien », reprend Antoine Verdon. Le projet mené avec l’alliance Digital Switzerland, et en partenariat notamment avec IBM et de Swisscom consistait à casser cette séquence en utilisant un « smart contract ». Le « smart contract » consiste en un transfert de valeurs automatisé fondé sur des conditions mutuellement convenues, exécuté sur la blockchain.

Ce smart contact permet de coordonner le travail entre les parties. L'idée est que l'entrepreneur inscrit lui-même sa société au registre en remplissant une série de champs dans un questionnaire en ligne. L'inscription est toutefois suspendue le temps que les autres parties interviennent et confirment que les conditions sont remplies de leur côté. La banque vient confirmer que le capital nécessaire a été payé. Le notaire reçoit les actes authentiques et les authentifie. Le registre vérifie que le nom et le but de la société sont conformes. Et le tour est joué.

« Aujourd’hui, la blockchain se présente comme internet il y a 20 ans. Pour créer un site web, il fallait coder soi-même manuellement. Puis sont apparus des outils de type WordPress qui permettent à l’utilisateur de monter un site internet en quelques clics », résume Antoine Verdon. « Proxeus applique la même approche à la blockchain. Notre protocole ramène le temps nécessaire de plusieurs mois à quelques heures. Notre moteur de gestion des flux et notre générateur de documents vous autorise à digitaliser vous-mêmes vos processus qui sont alors reliés à des « smart contracts.»

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Exploitant des bureaux au Liechtenstein, Zoug, Zurich, Lisbonne et Singapour, Proxeus fait partie de l’édition 2018 des 50 startups de Bilan. La firme a également obtenu un Early Stage Award lors des Swiss Fintech Awards en mars dernier. L’équipe a créé la sensation en levant 25 millions de dollars en deux jours lors d’un ICO (Initial Coins Offering) qui s’est déroulé en février. Un exploit qui fait la une du quotidien alémanique Blick. Quelque 10 millions de dollars ont été réunis auprès de 20 acquéreurs lors d’une phase de prévente. Les 15 millions restants ont été versés par près 800 investisseurs dont la mise était limitée à 80 000 dollars qui sont dans leur majorité des bêta testeurs de la technologie Proxeus. Ces derniers ont acheté des jetons d’authentification (tokens) émis par Proxeus dans la monnaie virtuelle ether, lancée par la Fondation Ethereum.

« Nous travaillons en ce moment avec une série de partenaires, leaders dans leur domaine, et leur montrons comment la blockchain va changer leur domaine d'affaires au cours des prochaines années », dévoile Antoine Verdon. Lausannois d’origine installé à Zurich, il dévoile sa vision de l’avenir : « Les entreprises qui intègrent la blockchain dans leur background aujourd'hui seront les premières qui pourront lancer de nouveaux modèles d'affaires qui les distingueront véritablement de leurs concurrents. »

 

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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