Bilan

La startup de l'EPFL qui transforme le court de tennis en surface connectée

Mesurer la vitesse des échanges, les lieux d'impact des balles ou le poids des appuis, c'est la promesse de Technis. Cette startup vaudoise, qui vient de remporter les Swiss Startups Awards 2015, connecte les courts de tennis pour une expérience augmentée du jeu.
  • Le dispositif Technis intégré dans la surface du court de tennis enregistre de nombreux éléments, dont le poids des appuis des joueurs, leur vitesse de déplacement, les distances parcourues,...

    Crédits: Image: Technis
  • Le revêtement connecté pourra capter l'impact de la balle, mesurer la vitesse de l'échange et restituer une série de données aux joueurs.

    Crédits: Image: Technis

Pour les joueurs de tennis, disputer quelques balles ou s'affronter dans un match s'apparente peu ou prou à ce que vivaient leurs prédécesseurs au début du XXe siècle. En dehors de raquettes plus légères et de chaussures plus confortables, rien n'a radicalement changé dans la discipline reine des sports de raquettes. Pour l'ancien joueur pro Naïk Londono, il manquait un aggiornamento au tennis. Lors du Silicon Valley Startup Camp organisé par la Banque Cantonale Vaudoise en 2014, il discute avec un autre étudiant startuper, Martin Hofmann, lequel a déjà évoqué des idées dans ce domaine avec un de ses amis, Wiktor Bourée.

Rapidement, les trois jeunes gens se retrouvent autour de l'idée d'un court connecté. «Le sport est en retard dans le domaine de l'innovation digitale. Les professionnels lors des grands tournois ont droit à la technologie Hawk-Eye qui capte l'impact de la balle et le reconstitue, mais le coût nécessaire aux caméras liées à cela est exorbitant pour des clubs et des tournois de moindre ampleur», constate Naïk Londono. Plutôt que d'imaginer un nouveau dispositif avec des appareils externes, lui et ses deux cofondateurs réunis au sein de la startup Technis imaginent une solution directement intégrée au terrain: «Ce n'est plus un équipement externe coûteux avec des accessoires qui enrichit l'échange mais l'infrastructure en elle-même», précise-t-il.

Si en Suisse les terrains traditionnels (terre battue et gazon notamment) représentent encore 50% des courts de tennis, les surfaces synthétiques constituent près de 80% des aires de jeu au niveau mondial (et plus de 90% aux Etats-Unis). Avec une série de fabricants qui s'affrontent sur le marché de l'installation ou de la rénovation des terrains, sans révolution majeure depuis des décennies mais avec seulement une différence de granulométrie du revêtement. Quand les startupers de Technis vont à leur rencontre, les dirigeants de ces entreprises saisissent immédiatement les enjeux: «D'autres startups ont imaginé des solutions pour amener du digital dans l'univers du tennis, mais, étonnemment, nous sommes les seuls à avoir intégré la solution au court en lui-même et non via un dispositif externe. Certains fabricants ont rapidement voulu nous racheter ou avoir des contrats d'exclusivité», sourit Naïk Londono. Mais la startup vaudoise se sent alors en position de force: leur objectif n'est pas de vendre de suite, mais de se développer et de grandir.

Une solution secrète intégrée au court de tennis

Pendant plusieurs mois, des essais sont menés en laboratoire. Les cofondateurs, joueurs de tennis passionnés, imaginent tous les potentiels et les plus-values possibles pour les pratiquants de la discipline: lieu précis de l'impact, vitesse des échanges, force des appuis des joueurs, vitesse de ceux-ci et distances parcourues pendant un match,... mais aussi des défis avec des objectifs pour viser des zones précises du terrain, ou encore la possibilité de mesurer ses performances et de les comparer à celles d'autres joueurs, partenaires ou stars mondiales du tennis... Les possibilités sont très nombreuses. Et la solution trouvée permet de tout enregistrer. Cette solution, difficile d'en savoir davantage sur elle: les startupers restent discrets sur les procédés technologiques. Tout juste Naïk Londono consent-il à révéler que «c'est une technologie intégrée aux revêtements et située sous la surface du court qui permet de tout capter».

Les détails techniques, ce sont les fabricants qui ont pu en savoir davantage. Et cela semble les avoir suffisamment convaincus pour qu'ils s'engagent dans l'aventure. «Leur intérêt et leur participation ont permis de réduire nos besoins en capitaux», se réjouit le cofondateur. Pour le moment, les fonds personnels ont suffi, ainsi que le soutien des partenaires institutionnels et les gains engrangés lors des concours. Le succès lors des Swiss Startups Awards révélé jeudi 29 octobre va notamment permettre d'injecter 50'000 francs de plus dans le moteur de la startup. Une étape de plus. «Mais nous sommes désormais tournés vers une levée de fonds de 400 à 500'000 francs d'ici fin 2015», annonce Naïk Londono.

Un court de démonstration début 2016

Car les prochaines échéances ont le goût du concret: les startupers installés à La Forge veulent équiper un court de tennis de démonstration pour début 2016, afin de présenter leur technologie et ses potentiels. Et d'ici fin 2016, le but est d'arriver à une solution commercialisable à grande échelle. Et à plus long terme? «Il y a déjà des développements dans l'univers du tennis, avec la connection avec d'autres solutions apportées par ailleurs comme des dispositifs externes, des raquettes connectées,... Mais on voit aussi s'ouvrir devant nous des possibilités dans un grand nombre de disciplines sportives comme le squash, le badminton, le volley-ball mais aussi le fitness et d'autres sports», esquisse déjà Naïk Londono.

Pour le moment, les échos très positifs rencontrés dans tous les échanges des derniers mois donnent des ailes aux cofondateurs. L'identité suisse de la startup a notamment joué un rôle très positif: «La Suisse bénéficie d'une très bonne image de marques avec une ingéniérie très réputée à travers le monde. Et dans le domaine du tennis, nos champions portent haut les couleurs du pays», souligne Naïk Londono. Ces champions pourraient justement constituer d'excellents ambassadeurs de Technis et donner à la startup une exposition planétaire sans égale: «Nous n'en sommes pas encore là, mais c'est une solution que nous envisageons et nous pourrions prendre contact avec eux bientôt pour avoir déjà leur avis, voire leur soutien», envisage le startuper.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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