Bilan

La robotique s’inspire du modèle d’affaires du mobile

Au salon Innorobo, les robots grand public suivent le modèle économique du smarphone, avec un objectif de 21 millions de plateformes vendues d’ici deux ans.
  • Baxter et sa nouvelle déclinaison Sawyer (à gauche) font entrer la robotique à côté des travailleurs en usine. 

    Crédits: DR
  • Pepper le nouveau robot d'Aldebaran s'est écoulé à 1000 unités en une minute lors de son lancement il y a quelques jours au Japon.

  • ExoAtlet développe des exosquelettes pour la rééducation des patients. 

  • L'exosquelette de RB3D pour les travaux pénibles comme l'étalage du butime a été testé à Genève.

Bien sûr, ce n’est pas encore le salon de l’auto, mais d’année en année le salon Innorobo, imaginé par l’entrepreneur lyonnais Bruno Bonnell et Catherine Simon, s’impose comme le principal événement de la robotique en Europe.

Et sa cinquième édition (200 exposants, +35% par rapport à 2014) confirme la croissance de secteur que certains n’hésitent pas à prédire comme comparable à celui du PC ou du mobile à leurs débuts. On parle d’un marché de 39 milliards d’euros à l’horizon 2025 rien que pour la robotique personnelle (grand public), alors que la robotique industrielle est déjà plus mature.

En témoigne une avalanche de nouveautés présentes au bord du Rhône, aussi bien du côté de la robotique industrielle que de celle de loisir. Dans la première catégorie, l’allemand Schunk qui a déjà développé un bras articulé présente désormais au bout une main à cinq doigts articulés, particulièrement convaincante dans ses capacités de préhension.

L’américain Rethink Robotics, qui avec Baxter avait déjà anticipé la programmation facilitée d’un robot – l’opérateur n’ayant qu’à montrer le geste qu’il veut reproduit à la machine en la guidant – ajoute maintenant une déclinaison à un seul bras : Sawyer. Dans le même registre, un nouvel acteur suisse de la robotique, fp-robotics, un spin-off de l’ETHZ, a présenté plusieurs déclinaisons de son bras articulé P-Rob, capable d’assister un assembleur sur son établi.

Téléprésence 2.0

Côté robot humanoïde destiné à l’évènementiel, aux loisirs, voire à l’accompagnement de personnes âgées, le britannique Engineered Arts Ltd a présenté une version particulièrement convaincante de visages d’androïdes avec son Socibot. Le retroéclairage du visage permet à cet androïde de changer d’expression et de suivre avec le mouvement des lèvres les paroles prononcées par un utilisateur à distance. Ingénieur en robotique de cette entreprise, Morgan Roe explique : "Nous travaillons à une technologie de capture d’images qui sera susceptible de rendre de manière réaliste et en 3D le visage de n’importe qui sur notre plateforme". De la téléprésence 2.0.

De son côté, Aldeberan, producteur du déjà célèbre Nao, a de nouveau séduit le grand public avec son Pepper plus grand, destiné à l’accueil de clients dans les magasins de sa nouvelle maison-mère Softbank. Lancé ces jours au Japon, Pepper sera produit dans un premier temps à raison de 1000 unités par mois par un autre des actionnaires d’Aldeberan Foxconn et porté commercialement par le leader du e-commerce chinois Alibaba.

La Suisse, marché test des robots

Les nouveautés les plus spectaculaires viennent cependant d’un domaine émergeant de la robotique, de la cobotique et d’applications à la limite de celles des objets connectés.

Dans le premier cas, on retrouve une entreprise française d’exosquelette RB3D. Après que sa première version pour les militaires Hercule soit entré en zone secret défense, l’entreprise décline de nouvelles versions pour les travaux pénibles par exemple dans le génie civile. Colas, filiale du groupe Bouygues, qui a choisi la Suisse comme pays test de ses innovations, en a donné un exemple saisissant en septembre dernier en équipant de tels exosquelettes des travailleurs qui étalent du bitume pour la ville de Genève.

De son côté, l’entreprise d’affichage urbain lumineux lyonnaise Charvet Digital Media a présenté un modèle convaincant de ce que peut donner l’association d’une application mobile avec un système robotique. En l’espèce, son système de signalisation i-girouette reconnaît l’utilisateur de l’application pour lui indiquer dynamiquement le chemin dans la ville. Les flèches identifiées par un code couleur pour chaque utilisateur connecté à proximité tournent pour indiquer la direction du musée recherché mais aussi un commerce, un service etc. La géolocalisation devient ainsi aussi physique avec toutes les possibilités en termes de publicité qu’on peut imaginer.

Selon Joost Nijhoff d’Odense Robotics au Danemark, « ce modèle associant une app à une plateforme robotique est celui qui s’impose pour les robots grand public, tandis que c’est celui associant une plateforme à des accessoires développables par des tiers qui l’emporte dans la robotique industrielle ». Bien sûr, la robotique est encore loin des 100 milliards de téléchargements des iPhone. Mais quand on observe la chute des prix – Pepper est commercialisé pour 1500 francs au Japon – on sent qu’elle prend la même direction.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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