Bilan

La razzia sur les start-up suisses se poursuit

Les groupes étrangers multiplient les acquisitions de jeunes pousses high-tech helvétiques. Faute d’investisseurs locaux.

L’équipe de Jilion. La start-up vaudoise a été rachetée plusieurs millions de francs par Dailymotion.

Crédits: Nicolas Lieber

Jilion rachetée par le français Dailymotion, Bitspin et Kooaba par les américains Google et Qualcomm. En ce début d’année, les acquisitions de start-up suisses par de grands groupes étrangers se multiplient. Excellentes nouvelles pour les investisseurs dans ces entreprises, ces rachats le sont-ils pour l’économie helvétique?

A la lueur du passé, pas forcément. Il ne reste plus rien en Suisse d’Endoart – rachetée 120 millions par Allergan en 2007 – et plus rien non plus de Cytion – reprise en 2001 par l’américain Molecular Devices.

En même temps, «si pour les politiques le résultat qui compte c’est la création de jobs, pour l’économie dans son ensemble la vraie mesure est celle de la création de valeur», tempère Jordi Montserrat, directeur
de Venturelab en Suisse romande.

De fait, Jean-Pierre Rosat, le CEO de Cytion à l’époque, a multiplié les créations d’entreprises, dont récemment celle d’Aleva. Et Nikos Stergiopulos, le fondateur d’Endoart, est devenu un investisseur actif, par exemple dans Rheon Medical.

En d’autres termes, les fonds trouvés et l’expérience gagnée bénéficient bien à l’économie. A quoi s’ajoute que vu la modestie des soutiens publics pour les start-up en Suisse – essentiellement la trentaine de millions qu’y consacre la CTI chaque année – les politiques ne peuvent pas dire que l’argent public est dilapidé.

Proie faute de devenir prédateur

D’autant moins que tous les rachats n’aboutissent pas à des échecs. Si Sensefly doit emménager dans de nouveaux locaux à Cheseaux actuellement, faute de place pour ses plus de 50 employés, c’est bien la prise de participation de 50% du français Parrot qui le lui permet.

De même, le groupe Roche a désormais d’importantes activités dans le canton de Zurich parce qu’il y a racheté Glycart en 2005 pour la faire croître. De même, le rachat de Day Software par Adobe en 2010 ou celui de Wuala par La Compagnie l’année précédente ont abouti à implanter et à renforcer l’activité de ces groupes en Suisse.

En sera-t-il de même pour Jilion, Bitspin et Kooaba? Les fondateurs de Jilion doutent eux-mêmes de la croissance de l’entreprise ici. Agé de quelques mois quand elle a été reprise par Google, Bitspin ressemble plus à une acquisition de talents que de parts de marché.

Reste que, comme dans le cas de Qualcomm avec Kooaba, ces rachats reconnaissent la qualité des technologies suisses. Mais en creux, ils soulignent qu’ils manquent ici les investisseurs susceptibles de faire passer les start-up suisses du rôle de proie à celui de prédateur. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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