Bilan

La première cryptomonnaie sonore, SonoCoin, se lance en Suisse

Swisscom Blockchain est le partenaire technique de la nouvelle cryptomonnaie fondée par Leonid Afanasyev.

SonoCoin est la première cryptomonnaie basée sur des fichiers sonores.

Crédits: DR

«Pay with sound», c’est le slogan de SonoCoin, la première cryptomonnaie suisse qui effectue des paiements sur base sonore. Basée sur une blockchain propriétaire, elle se veut 100% Suisse. A l’aide du téléphone mobile, il devient possible d’effectuer avec cette technologie des paiements à distance en activant un son prédéterminé. SonoCoin est déjà accepté sur Google Play et sur Apple et peut être converti en QR code. La plateforme, lancée à Genève il y a un an et demi par le financier russe Leonid Afanasyev, bénéficie de l’expertise technique de Swisscom, qui fournit l’infrastructure, vérifie la sécurité du code et offre des services d’hébergement et d’audit.

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SonoCoin s’apprête à être proposée au public via un Initial Coin Offering (ICO) prévu pour octobre 2018, qui se déroulera sur le site de SonoCoin. Signe de succès, la phase de pré-vente est déjà clôturée, annonce le site. Le fondateur espère lever 30 à 50 millions de dollars dans ce qui pourrait figurer parmi les plus importantes ICOs en Suisse cette année. SonoCoin se reposera sur Swisscom Blockchain pour les vérifications de conformité de la clientèle et d’application de la loi antiblanchiment lors des transactions. «Nous intervenons sur l’aspect technique et de sécurité, résume Daniel Haudenschild, CEO de Swisscom Blockchain. Nous allons stabiliser le protocole, et nous assurer qu’il est sûr et peut être utilisé pour d’importantes émissions. Nous vérifierons aussi que l’ICO est faite selon les règles Know Your Customer». Le conseil juridique et la structuration légale vis-à-vis de la FINMA seront assurés par l’étude d’avocats Wenger & Vieli, basée à Zurich et à Zoug. Le senior partner de l’étude, Martin Hess, a travaillé pendant plus de 20 ans comme conseiller légal de la Banque nationale suisse (BNS).

Sécurité assurée par Swisscom 

Lors de l’ICO, les investisseurs en toutes cryptomonnaies pourront s’engager à partir de wallets électroniques, dont les adresses seront vérifiées. Pour les investissements en monnaie classique, SonoCoin travaillera avec des établissements bancaires de la place.

Swisscom Blockchain est l’entité de l’opérateur suisse qui fournit des services au secteur des entreprises basées sur la blockchain, et qui compte aussi parmi ses clientes la plateforme de la principale cryptomonnaie chinoise, NEO. Swisscom a par ailleurs lancé un cours de formation dans le domaine de la blockchain. Le premier a lieu à Zurich en juillet et octobre, et un prochain cours suivra à Genève, annonce Daniel Haudenschild.

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«Avec SonoCoin, la Suisse dispose d’une cryptomonnaie innovante et de technologie suisse», se réjouit Leonid Afanasyev. Le fondateur de SonoCoin est avant tout un vétéran de la finance avec 20 ans d’expérience. Il a fondé en 2007 Crown Capital Group, société suisse d’asset management. Auparavant, il a notamment travaillé chez Morgan Stanley et Prudential Securities, où il a géré les entrées en bourse de grandes sociétés. Cet entrepreneur en série a aussi fondé Govermedia Plus en Russie, ainsi que Skytec, une fintech dédiée au traitement des paiements. Il explique que l’idée de SonoCoin a évolué à partir de sa plateforme de e-commerce fondée en Russie et basée sur la blockchain. Il avait alors trouvé cinq à six ingénieurs de talent en Russie, et décidé, comme de nombreux financiers convertis à la blockchain, de se lancer dans les cryptomonnaies. Les programmeurs sont en Russie mais une équipe doit venir travailler à Genève, où la direction de la plateforme est basée au Passage des Lions, au siège de Crown Capital Group.

Une simple mélodie comme clé et mot de passe

L’un de ses associés dans l’ICO, Edward Karr, un Américain avec lequel le fondateur a auparavant travaillé chez Prudential Securities, est devenu son partenaire d’investissement. Leonid Afanasyev et Edward Karr ont par ailleurs rencontré les services de promotion économique de Genève, et espèrent donner avec SonoCoin un coup de pouce au dynamisme du canton, qui a récemment publié des directives en matière d’ICOs. Par ailleurs, le professeur Jean-Henry Morin, en charge du département des Sciences de l’Information à l’Université de Genève, a rejoint l’Advisory Board du projet. «SonoCoin, la première cryptomonnaie sonore au monde, sera la première idée de notre équipe blockchain, mais pas la dernière; elle sera suivie d'une série d’idées innovantes», s’enthousiasme Leonid Afanasyev.

Pour ce dernier, l’univers des cryptomonnaies est surencombré. «La valeur de l’essentiel des ICOs, en particulier celles qui ne reposent pas sur un produit abouti, iront à zéro, pronostique-t-il. Mais SonoCoin est un système de paiement qui est opérationnel, basé sur 100 millions de coins, qui sont tous déjà minés, pas comme le bitcoin ou l’ether, qui consomment une énorme énergie pour le minage de coins additionnels». Moyen de paiement destiné à tous les usages commerciaux, SonoCoin rend les transactions plus aisées que les technologies nécessitant un wallet et un processus d’identification parfois long. «Ici, le fichier audio lui-même est le wallet», explique Edward Karr. Autrement dit, le fichier son, qui peut être transmis par e-mail ou messagerie, représente un certain montant de jetons, et l'identifiant sonore du fichier permet de compléter instantanément la transaction. Une simple mélodie, qui vaut comme clé et mot de passe, libère les jetons nécessaires à la transaction, ce qui permet de régler la transaction sans les wallets utilisés pour le bitcoin ou l'éther.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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