Bilan

La Poste au défi de la transition numérique

La baisse des envois de courrier physique et l’arrivée de nouveaux concurrents obligent La Poste à innover dans sa transition numérique. Un défi que sa directrice Susanne Ruoff est bien décidée à relever.
  • Les drones ont été expérimentés au Jura ces derniers mois et la livraison par ce moyen pourrait être étendue à de nombreux sites dans le pays prochainement.

    Crédits: Image: Jean-Christophe Bott/Keystone
  • La Poste a testé récemment dans la région de Berne une plateforme de commerce en ligne baptisée Kaloka et destinée aux particuliers désireux de faire des emplettes dans les boutiques de la région.

    Crédits: Image: Keystone

«Qui parmi vous a écrit une lettre la semaine passée? Et un email?» A la première question, quelques mains répondent par l’affirmative; à la deuxième, tous les bras sont levés. S’adapter à un monde sans courrier, voici ce qui préoccupe Susanne Ruoff. La directrice de La Poste a ainsi parlé transition numérique à l’Assemblée générale de la Fédération des Entreprises Romandes (FER), le 3 mai à Genève. Avec un volume de courrier en diminution de 63%, le géant jaune doit investir dans les technologies qui assureront son avenir.

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La concurrence est rude: Google, Amazon ou Ebay sont passés du numérique au physique et exploitent les données laissées par les internautes pour connaître leur comportement de consommation, Uber se lance dans la logistique et les commerces stationnaires s’attaquent à la distribution multicanaux. «Le train est lancé et on ne peut pas l’arrêter», selon Susanne Ruoff. Son entreprise n’est pas à la traîne: un cinquième de la population suisse utilise l’e-finance de PostFinance et en 2015, elle a traité 115 millions de colis issus de l’e-commerce, «un véritable record dans l’histoire de La Poste», a estimé sa directrice. Mais pour cette ancienne cadre d’IBM, il s’agit d’aller plus loin en associant le monde numérique au monde physique.

L’accessibilité avant tout

Le mot-clé de sa stratégie ? L’accessibilité. «Ce n’est plus le client qui va au colis mais le colis qui va au client», a expliqué Susanne Ruoff. Ainsi, dès l’an prochain, les clients pourront piloter complètement tous leurs colis et lettres recommandées et décider de la date et du lieu de distribution d’un paquet, qui pourra par ailleurs atterrir directement dans le coffre de leur véhicule grâce au GPS. Les drones récemment testés dans le Jura serviront à distribuer des médicaments d’urgence ou des envois express dans un refuge de montagne reculé. La Poste propose par ailleurs une prise en charge des colis à domicile avec pick@home.

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Elle s’est aussi lancée dans la gestion de A à Z des activités de vente par correspondance de clients commerciaux. Le géant jaune a ainsi mis en place à Berne une plateforme commune de shopping avec livraison le jour même appelée Kaloka, sur laquelle plus de 40 petits commerces locaux présentent leurs offres.

Hausse du nombre de facteurs

Autant de projets que Syndicom, le syndicat des médias et de la communication dont fait partie la majorité des employés de La Poste, accueille avec une certaine méfiance. «Nous ne sommes pas opposés à la transition numérique, mais nous nous interrogeons sur son rythme et la reconversion professionnelle des employés concernés», souligne Yves Sancey, porte-parole de Syndicom. Il s’inquiète de l’externalisation par La Poste de certaines de ses activités à des sous-traitants et de l’augmentation du nombre d’intérims. Nathalie Dérobert Fellay, porte-parole de La Poste, estime de son côté que le numérique peut créer du travail: «En 2009, nous avions 19'086 facteurs contre 22'296 en 2015, suite à l'explosion du trafic colis dû au e-commerce».

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La même année, La Poste a investi 437 millions de francs pour sa transition numérique et la gestion des infrastructures. «Nous devons dégager du bénéfice pour maintenir le niveau de nos services et notre compétitivité », a répété Susanne Ruoff dans son discours, attaquant l’initiative populaire « En faveur du service public», qui exige de La Poste qu’elle renonce à des bénéfices. Une initiative sur laquelle les Suisses se prononceront le 5 juin.

Aline Jaccottet

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