Bilan

La nouvelle scène medtech sous l’œil des investisseurs

Le Healthtech Summit qui se tient à Lausanne relève un glissement croissant de l’innovation biomédicale depuis le matériel vers l’analyse de données et les solutions digitales pour le traitement des patients. Des startups suisses se positionnent.
  • Jacques Essinger, CEO de Symetis, lauréate de la société la plus innovante au Healthtech Summit 2017

    Crédits: Mark W. Henley
  • Marc Berrebi, CEO de eDevice récompensé mardi et Pierre Chauvineau, VP de Boston Scientific et Président de l'édition 2017 du Healthtech Summit.

    Crédits: Mark W. Henley

«La prochaine licorne est là. Nous ne savons pas encore qui, mais nous sommes ici pour la dénicher», a lancé mardi Pierre Chauvineau, Vice President de Boston Scientific et expert du secteur lifesciences, à l’occasion du Healthtech Summit qui se tient depuis le début de semaine et jusqu’à mercredi soir au Swiss tech convention center de l’EPFL à Lausanne.

Quarante start-up du secteur médical -14 pays représentés- choisies parmi 250 nominées se présentent pendant deux jours devant un parterre de plus d’une centaine d’investisseurs potentiels, incluant acteurs du secteur bancaire, venture-capitalists internationaux et représentants des poids lourds du biomédical.

Le Medtech suisse à l’honneur

L’opportunité était belle de relever le dynamisme de l’écosystème vaudois en matière d’innovation biomédicale. Raphaël Conz, de la promotion économique du canton, a rappelé que Vaud avait concentré en 2016 la moitié du capital-risque investi en Suisse, soit près de 500 millions de francs, en particulier grâce à ses pépites «medtech» dont Mindmaze, seule startup européenne du secteur valorisée plus d’un milliard et née sur le campus de l’EPFL.

Parmi les trois entreprises distinguées mardi soir comme les plus innovantes de cette édition, la vaudoise Symetis, basée à Ecublens, spécialistes des valves cardiaques par voie mini-invasives. L’occasion pour son fondateur Jacques Essinger de revenir sur le parcours de la start-up créée en 2005 et vendu en mars de cette année, juste avant une introduction en bourse très attendue, pour 435 millions de dollars en cash à Boston Scientific.

Egalement récompensée, eDevice, créée en 2000 par le Genevois Marc Berrebi, qui continue à la diriger depuis sa cession en 2016 pour plus de 100 millions à un groupe chinois. Pionnier de la révolution digitale qui agite le secteur ces dernières années, il exhibe un slide d’une présentation daté de…2001 où il détaillait dans un schéma des objets connectés via un téléphone portable ou un ordinateur. Simplement visionnaire.

«Nous avons longtemps prêché dans le désert, se rappelle Marc Berrebi. Nous avons essayé de vendre notre solution à un grand nombre de branches dont des distributeurs de boissons pour remonter les données et optimiser la gestion logistique. En vain. Puis nous nous sommes tourné vers le secteur médical, car c’est là que l’intérêt est le plus criant. Quand on sait que permettre à un médecin un suivi en continu des données médicales d’un patient équipé d’un pacemaker, comme le propose eDevice, divise par deux le risque de mortalité, on comprend que les professionnels et industriels du monde médical aient été les premiers intéressés.» 600 000 patients sont aujourd’hui équipés du système et l’entreprise réalise 50 millions de chiffre d’affaire contre encore 7 millions il y a deux ans.

Le médical accélère sa révolution digitale

Si eDevice a lontemps fait figure de précurseur incompris, il s’inscrit désormais dans la tendance lourde d’une scène biotech et medtech en profonde mutation. Pour preuve, 20 sociétés sur les 40 présentes au Healthtech Summit se concentrent en priorité sur des solutions digitales plus que sur du matériel.

La toute jeune pousse Intento, basée à l’EPFL, propose ainsi une solution pour accélérer la récupération de motricité d’un membre après un AVC. Des stimulations électriques gérées par un logiciel permettent de retrouver de façon plus rapide l’usage de fonction motrices.

Mais son fondateur, Andrea Maesani voit plus loin. «Dans un premier temps, la solution se cantonnera à une interface entre le thérapeute et le patient. Mais grâce aux données récoltées, nous visons à établir des programmes sur mesure en fonction du profil du patient. Des thérapies digitales qui pourront être suivie à domicile de manière autonome.»

Le glissement de la valeur ajoutée depuis le hardware vers le software et le data n’est pas sans rappeler l’évolution du secteur informatique lui-même. La tendance attire désormais des investisseurs jusqu’à présent plus orientés ICT, comme Alex Stöckl, investment manager chez Creathor venture à Zurich, présent au Healthtech Summit: «Aujourd’hui il y a une convergence entre le monde numérique et le biomédical, qui auparavant étaient plus cloisonnés.

Une société comme Oviva à Zurich propose une interface digitale entre nutritionnistes et patients pour un suivi en temps réel, ce qui donne de bien meilleurs résultats. Mais le consommateur final n’est pas prêt à payer pour une application, et les praticiens n’ont pas toujours une culture digitale. De plus, s’adresser à des hôpitaux, avec de multiples points d’entrées, reste difficile pour une startup, et travailler avec les assurances pour le remboursement, une étape essentielle.  Pour convaincre les investisseurs, les startups actives dans les nouvelles technologies médicales devront d’abord trouver des business models innovants.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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