Bilan

La nouvelle loi des séries télévisées

Le réseau privé américain Netflix diffuse «House of Cards» par internet, Amazon produit des films et des sitcoms. Les géants du web vont-ils remplacer les chaînes de télévision?
Dans «House of Cards», Kevin Spacey campe un congressman fomentant une vengeance machiavélique. Crédits: Dr

La dernière série dont tout le monde parle n’est pas diffusée par une grande chaîne de télé américaine. Mais sur le réseau Netflix, à l’origine loueur de DVD, désormais leader de la vidéo à la demande aux Etats-Unis avec un chiffre d’affaires de 2,2 milliards de dollars et 25 millions d’abonnés. Pour autant, House of Cards n’est pas une sitcom bricolée avec les moyens du bord.

C’est un vrai bon feuilleton à 100 millions de dollars, signé et produit par David Fincher (Fight Club, Seven, The Social Network) et Kevin Spacey qui campe un congressman évincé du poste de secrétaire d’Etat s’en allant nourrir sa vengeance sur deux saisons. Netflix ne se contente pas ainsi d’entrer de plain-pied dans le paysage audiovisuel. Il a également déplacé le paradigme de la distribution en répondant à la consommation du tout, tout de suite. En clair, les 13 premiers épisodes de House of Cards sont disponibles au téléchargement en une seule fois et sans réclames intempestives qui saucissonnent l’action.

L’arrivée de ce nouvel acteur aux méthodes cavalières a mis en émoi les networks américains pour qui la publicité et l’audimat servent depuis toujours de mètres-étalons. Ce qui met à mal les chaînes publiques, pour qui les séries ont longtemps été leur pain blanc. La belle époque des Urgence, House, Lost et autres 24 qui scotchaient des millions de téléspectateurs devant leur écran apparaît désormais révolue. Les nouveautés qui arrivent en masse à chaque rentrée sur CBS, NBC, Fox et ABC tentent de renouer avec l’âge d’or en répétant les mêmes recettes au détriment de l’originalité.

D’où la migration des téléspectateurs sur d’autres réseaux, comme le câble, qui peuvent innover sans craindre la censure de la rigoureuse Federal Communications Commission, celle qui impose aux chaînes généralistes de plaire à toute la famille. Netflix fonctionne donc comme l’un de ces réseaux privés qui produisent les meilleures séries du moment. Lesquels n’ont pas dit leur dernier mot face à cet outsider venu du net.

HBO peut toujours compter avec Game of Thrones, sa saga d’heroic fantasy qui cartonne, AMC sur Breaking Bad, dont la diffusion de la seconde partie de l’ultime saison démarrera cet été, et Showtime sur Homeland dont le troisième chapitre est prévu «à l’antenne» le 29 septembre 2013. 

Le scénariste, c’est vous

Le succès 100% online de Netflix force aussi la concurrence à sortir du bois. Notamment Amazon, qui travaille elle aussi sur des programmes pour enfants, des comédies mais aussi des films selon une économie originale. A travers Amazon Studio (studios.amazon.com), la première e-boutique du web fait appel à la créativité de ses clients pour alimenter les premiers programmes de sa TV en ligne.

Soumises au vote du public, les idées qui recueilleront le maximum de suffrages passeront ensuite au stade du développement. Dans le cas d’une diffusion, Amazon payera 55 000 dollars à l’auteur et lui versera 5% sur les bénéfices des ventes des produits dérivés. En Europe, on est encore très loin de voir un géant de la toile diffuser et produire une série télé. La preuve, House of Cards sera diffusée à l’ancienne, sur Canal+, à raison de deux épisodes par semaine dès l’automne 2013. Bienvenue sur le Vieux-Continent. 

Antoine Roduit

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