Bilan

La justice 2.0 monte en puissance

La numérisation bouscule le monde des avocats et donne davantage d’autonomie à leurs clients. De nouveaux acteurs apparaissent alors que la blockchain promet un tournant majeur.

Antoine Verdon, cofondateur de la Swiss LegalTech Association.

Crédits: Dr

Les plus sceptiques devront se résigner. «L’avocat à l’ancienne, qui attend dans son fauteuil que les clients défilent, c’est résolument terminé», affirme Louis Burrus, associé chez Schellenberg Wittmer. Le monde juridique a commencé sa mue numérique. Une série d’acteurs innovants viennent peu à peu renforcer la productivité des avocats et juristes et surtout bouleverser le métier dans son ensemble.

Lire aussi: Les métiers du droit en marche vers l'ubérisation

«La profession est très réglementée, poursuit l’avocat. A terme, la numérisation et l’intelligence artificielle changeront ce paradigme. Avec des procédures désormais automatisées, par exemple dans le cadre d’actions de contestation d’amendes de la circulation routière, il pourrait aisément exister des situations dans lesquelles l’intervention d’un avocat n’est plus nécessaire.» La Swiss LegalTech Association, dont il est membre du comité, met en réseau les différents acteurs – avocats, entrepreneurs, investisseurs – de cet écosystème. Elle identifie également les projets legal tech (technologies juridiques) en Suisse, soit une trentaine jusqu’à aujourd’hui.  

Une justice moins chère

Divorce.ch, fondé par l’avocat genevois Douglas Hornung, permet aux couples d’entamer des procédures de séparation en ligne pour moins de 500 fr. La plateforme Skuani met en relation clients et experts juridiques pour des demandes de devis. De son côté, la start-up eJust réinvente l’arbitrage. 

Prix fixes, services définis: un véritable marché émerge. «Cette effervescence aura une influence directe sur les prix des services juridiques», confirme Antoine Verdon, cofondateur de la Swiss LegalTech Association.

Lire aussi: La Haye saisit la justice contre le développeur de Pokémon Go

Pour l’entrepreneur en série, la montée en puissance des chatbots facilitera l’accès à la justice. «Quand un vol est retardé ou supprimé, peu de personnes entament des procédures de remboursement, souvent peu compréhensibles et lourdes. Des plateformes comme DoNotPay produisent des formulaires en ligne pour réaliser automatiquement ce type de demande.»

Antoine Verdon a également cofondé LegalHub, une plateforme prochainement lancée qui génère des documents légaux. «L’objectif est de mettre à disposition des PME un accès à des documents standards, comme les contrats de travail et de prêt par exemple. Les cabinets d’avocats pourraient alors vendre, sous leur propre marque, des contrats qui représentent leur expertise.»

Stocker et d’échanger des informations via la Blockchain

La blockchain, système technologique qui permet de stocker et d’échanger des informations de façon ultrasécurisée, documents juridiques y compris, amènera quant à elle des changements majeurs dans le secteur. «Ce sera une base infalsifiable pour la création de smart contracts, soit des contrats qui s’auto-exécutent et qui engendrent une suite d’actions selon les conditions intégrées dans le code», explique Antoine Verdon.

Exemple avec la création d’une société, dont les certificats d’actions, sous forme numérique, seraient stockés sur la blockchain: tout mouvement de ces actions selon les ordres de leurs propriétaires – telle qu’une vente à un tiers – serait automatiquement contrôlé et exécuté selon les conditions établies dans le code. Et donc sans avoir à recourir à un tiers garant pour l’exécution des ordres. 

Si ces bouleversements remodèlent les métiers du juridique, ils leur offrent également l’opportunité de mettre davantage en valeur certains de leurs aspects. «Je suis spécialisé dans le contentieux commercial, illustre Louis Burrus. Si une partie de mon quotidien peut être remplacée par la technologie, il faudra toujours définir la stratégie, ce que le client veut obtenir ou encore les risques de l’action. Toute l’analyse concrète et l’acte de représentation ne sont pas remplaçables. Le rôle de l’avocat reste le même, c’est la façon d’exercer notre métier qui évolue.»

Lire aussi: L’art entre dans la disruption numérique

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Du même auteur:

Une PME en héritage: les clés d’une relève familiale réussie
Comment Cenovis s’attaque au marché alémanique

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."