Bilan

La HEG Fribourg connecte la Fintech suisse au monde

Conçu avec le suisse Nicolas Steiner, membre fondateur de l’accélérateur Level39, le Lab Project de Fribourg multiplie les collaborations prometteuses de Londres à la Silicon Valley.

Etabli à Londres depuis dix ans, Nicolas Steiner défend une «approche «bac à sable» qui permet beaucoup d’agilité».

Crédits: Dr

A Londres, l’accélérateur de start-up du secteur des technologies financières, ou fintech, Level39 est devenu une véritable marque. A Fribourg, la Haute Ecole de gestion (HEG-FR) s’est taillé une belle réputation internationale en raison de l’orientation entrepreneuriale de son enseignement. L’école fait aussi partie des pionnières mondiales ayant apporté pour la première fois le domaine de la fintech à l’AOM (Academy of Management). Bilingue, elle dispose d’une précieuse base de données sur la gestion du 3e pilier en Suisse, mise à jour tous les six mois.

Autant d’éléments qui ont suggéré à Rico Baldegger, Paul Loeffler, Patrick Schueffel, Jean-Marie Ayer de la HEG-FR et à Nicolas Steiner de rapprocher les deux institutions.

Entrepreneur suisse établi à Londres depuis dix ans, Nicolas Steiner fait, en effet, partie des membres fondateurs de Level39. Sis au 39e et désormais aussi au 24e et au 42e étage de la tour One Canada Square dans le quartier des affaires de Canary Wharf, cet accélérateur (lire l’encadré) a organisé depuis sa création en mars 2013 plus de 1200 événements et accueilli plus de 100 000 visiteurs. Surtout, il accueille en permanence plus de 200 start-up qui reçoivent là le support de près d’une centaine de mentors.

Parmi ces derniers, Nicolas Steiner joue un rôle particulier. Il fait non seulement partie des fondateurs de Level39, mais il joue aussi un rôle central dans d’autres organisations comme The Fintech Circle, StartupHome ou bien encore the Chamber of Commerce International Consortium for Entrepreneurs (CCICE). C’est l’ensemble de cet écosystème qu’il met désormais au service des start-up fintechs suisses au travers du Lab Project de Fribourg, aussi soutenu par Seedstars et l’accélérateur zurichois Kickstart. 

La vitesse est au centre des fintechs

«L’idée principale est celle de pouvoir accélérer. Aujourd’hui, l’innovation numérique transforme la finance à un rythme inédit, que ce soit dans le domaine du paiement, des assurances, de la gestion de fortune… Si les banques ont naturellement utilisé de longue date l’informatique, la différence est qu’aujourd’hui la transformation digitale touche aux modèles d’affaires mêmes. Avec le risque de se retrouver obsolète. Or, nous constatons que les grandes organisations ont souvent des difficultés pour tester de manière rapide des innovations à l’interne, explique Nicolas Steiner. Elles ont par conséquent besoin d’environnements pour essayer et valider des innovations venues de start-up ou de l’académie, voire pour connecter leurs propres écosystèmes numériques à ces innovations au travers d’interfaces de programmation (API). A cela s’ajoute aussi la dimension stratégique de l’accès aux meilleurs talents.»

Le Lab Project de la HEG-FR a donc été conçu autour de ces problématiques avec, d’une part, un programme de formation complet sur la «Disruptive Innovation» fourni par la HEG-FR, d’autre part un «Fintech Accelerated Innovation Program», avec pour finir le point de présence en Suisse du laboratoire d’open innovation: The Circle Lab. 

Une passerelle vers la City

Le Fintech Accelerated Innovation Program est fourni par la branche Innovation du groupe Fintech Circle, le plus grand réseau d’investisseurs dans les technologies financières en Europe. Il est destiné à accélérer l’innovation au travers de tout son cycle, de la découverte à l’implémentation, en passant par la structuration de la stratégie et le développement des collaborations. Destiné d’abord aux gérants de fortune parce que c’est une spécialité suisse, ce programme passe par une immersion à la découverte des acteurs fintechs ainsi que par la définition des besoins. A partir de là, une stratégie est définie et des collaborations possibles sont identifiées. 

Par la suite, les technologies peuvent être testées et évaluées dans le Lab. «Cette approche «bac à sable» permet beaucoup d’agilité», précise Nicolas Steiner. Cet environnement jouera le rôle d’entremetteur entre, d’un côté, les institutions financières et, de l’autre, les start-up fintechs. Les start-up de Suisse ou d’ailleurs pourront tester des chaînes de valeur regroupées par spécialité (comme la gestion de fortune ou Wealthtech) mais aussi par thématique, certaines étant transversales (à l’instar de la cybersécurité ou de l’analyse des données). «Ce sera une passerelle pour ces dernières afin de pouvoir collaborer avec les acteurs de la City», explique Nicolas Steiner. 

Comme la formation et les programmes se dérouleront entre Fribourg et le Level39 de Londres, Nicolas Steiner rajoute d’autres briques à l’écosystème. Par exemple, il est partenaire de StartupHome qui opère des espaces de coliving pour entrepreneurs. L’équipe gère des espaces à Londres et à Philadelphie. «Ces «maisons» à but non lucratif permettent de loger à un coût raisonnable des entrepreneurs dans des villes chères comme Londres, tout en facilitant une mise en relation avec l’écosystème. Une des maisons de Londres est dédiée au foodtech, une autre à la fintech avec un laboratoire blockchain, une autre encore en développement dédiée aux «Women in Tech House». Cette communauté internationale d’entrepreneurs sera aussi connectée au Lab», ajoute Nicolas Steiner.

Au travers de son rôle de conseiller pour the Chamber of Commerce International Consortium for Entrepreneurs, Nicolas Steiner étend enfin cette mise en relation via Fribourg avec la Silicon Valley, où cette organisation est basée.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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