Bilan

La fin de «l’âge des startups» questionne la Silicon Valley

L’émergence de technologies à forte intensité capitalistique limiterait l’arrivée de nouveaux entrants au bénéfice de Google, Apple ou Facebook. L’âge d’or des startups du web pourrait toucher à sa fin.
  • Google, Apple, facebook, Amazon et Microsoft, les "cinq terrifiants" semblent avoir installé une domination durable sur la nouvelle économie.

    Crédits: Keystone
  • La baisse continue des investissements aux Etats-Unis dans les startups en lancement pourrait traduire un retournement de tendance.

    Crédits: PitchBook-NVCA Venture Monitor

Deux ans de baisse consécutive dans l’investissement au stade dit «seeds» (phase de lancement des jeunes startups) dans la Silicon Valley: le constat est inédit depuis le début des années 2010. D’autant plus que le déclin est significatif. Selon Reuters, le nombre de deals recensés est en repli de 40% depuis le pic de mi-2015 , de 1500 à 900 entre le deuxième trimestre 2015 et le deuxième de 2017, et les montants injectés de plus de 24%. Dans le même temps, Google, Apple, Amazon, Microsoft et Facebook, les géants de la côte ouest, sont devenus les cinq plus grandes valorisations des Etats-Unis reléguant le pétrolier historique Exxon en sixième position.

 

L'investissement dans les startups en lancement accuse une baisse continue aux Etats-Unis depuis deux ans

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L’hégémonie de ces «cinq terrifiants», selon l’expression qui fait son chemin aux Etats-Unis, questionne sur la capacité de nouveaux arrivants à prendre les marchés. Plusieurs observateurs attentifs de la tech américaine évoquent désormais la fin de l’âge des startups, à l’image de Fahrad Manjoo du New York Times, ou Jon Evans, écrivain, expert des nouvelles technologies et contributeur à la revue technologique Wired notamment.

Les «5 terrifiants» verrouillent les marchés

Première raison mise en avant: l’écosystème construit autour de ces Big 5, et qui les rend incontournables pour l’exécution des prestations du web, y compris auprès de leurs concurrents les plus solides et innovants. L’acquisition et le développement de cloud, app stores, réseaux publicitaires et sociétés d’investissement, permettent de drainer une part conséquentes des revenus de l’ensemble de la nouvelle économie.

Une situation dont Snapchat fait les frais, lui qui, à la différence de Instagram et WhatsApp, avait refusé de rentrer dans le giron de Facebook, malgré une offre à trois milliards. Le réseau social essuie depuis trois ans un copiage systématique de son concept de «story», d’abord via Instagram, puis Facebook lui-même. Déjà neutralisé d’un point de vue commercial (160 millions de stories/jour contre 200 millions pour Instagram), Snapchat a conclu avec Google un accord pour l’hébergement de son cloud, pour un montant annuel de 400 millions, soit plus de la moitié de ses revenus, alors même que ses principaux concurrents en termes publicitaires sont déjà Google et Facebook.

De nouvelles technologies plus coûteuses à développer

L’hégémonie s’entend également en termes de capacité d’investissement à l’heure où des technologies requérant des investissements beaucoup plus massifs et durables que le web reviennent sur le devant de la scène. Avec plus de 2000 milliards de capitalisation cumulée (3 fois le PIB de la Suisse), les cinq géants de la Silicon Valley, concentrent à la fois  les capacités d’investissements et l’essentiel des données numériques collectées dans le monde. Dans l’intelligence artificielle, seuls les pendants chinois (Tencent, Alibaba et Baidu) peuvent rivaliser.

Concernant la réalité virtuelle, la complexité des enjeux techniques est telle que même avec près de deux milliards de fonds levés, la pépite Magic Leap a reporté à plusieurs reprise le lancement de son premier produit, qui pourrait n’arriver qu’au printemps 2018 quand  Microsoft, Google et Apple améliorent continuellement l’existant. Dans la course vers l’automobile autonome, les jeunes pousses tombent une à une dans le giron des grandes marques automobiles, à l’image d’Argos AI rachetée pour 1 milliard par Ford. En revanche, les données récoltées et la puissance de traitement des GAFA pourraient s’avérer indispensables aux constructeurs historiques pour opérer le basculement.

Selon Cbs Insight, moins de 1% des startups américaines en lancement entre 2008 et 2010 sont devenues des licornes valorisées plus d’1 milliard.  Elles pourraient être encore moins nombreuses à l’avenir à pouvoir prétendre à une place de leader sur un marché.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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