Bilan

La disparition programmée des feux tricolores

Une étude italo-américano-suisse à laquelle a collaboré l'ETH Zurich propose la suppression des feux tricolores aux croisements, qui seront rendus obsolètes par l'arrivée des véhicules autonomes: fluidité du trafic et baisse des rejets de gaz à effet de serre sont attendus.
  • Et si les feux tricolores disparaissaient des carrefours pour laisser le trafic être réglé par les véhicules autonomes communiquant entre eux?

    Crédits: Image: AFP
  • L'objectif avec la suppression des feux tricolores serait de résorber les files d'attente aux carrefours et de fluidifier le trafic.

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  • Avec les dispositifs permettant aux voitures autonomes de communiquer entre elles, chaque véhicule adapterait sa vitesse à l'approche du carrefour pour franchir celui-ci en s'insérant dans le trafic sans risque de heurter une autre automobile.

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  • Si le dispositif pourrait permettre d'éliminer les feux en laissant les automobiles communiquer entre elles, la question des vélos et des piétons reste cruciale.

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Combien la Suisse compte-t-elle de feux tricolores sur ses routes? Tous les cantons entretiennent des centaines voire des milliers de feux sur leurs routes pour réguler la circulation automobile. Tous? Non, car le Jura a supprimé son dernier feu en 1999 déjà et vante cet aspect: «c’est le symbole de la qualité de vie dans le canton de Jura, supérieure à celle que connaissent les Vaudois et les Genevois souvent pris dans les bouchons», assurait en 2012 le ministre jurassien Michel Thentz au Matin.

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Et si les feux disparaissaient demain de toutes les routes suisses? Si l'ensemble des carrefours étaient débarrassés de ces ampoules rouges, oranges et vertes? Non pas en les remplaçant par des giratoires ou des priorités contraintes (cédez-le-passage, stop,...), mais en utilisant les nouvelles technologies qui arrivent avec les véhicules autonomes. C'est l'objet d'une étude menée conjointement par des chercheurs de MIT de Boston, du Conseil national de la recherche italien, et de l'ETH Zurich, publiée dans la revue PLOS ONE en mars.

Aucune voiture ne se retrouverait à l'arrêt

Pour les auteurs de cette étude, la décennie 2020-2030 verra le début d'un processus de quasi-disparition des feux rouges. Ils ont modélisé un croisement et imaginé deux solutions pour réguler le trafic à ce carrefour: la première avec des feux tricolores déterminant les flux d'automobiles pouvant franchir le site, la seconde avec des voitures autonomes, qui communiqueraient entre elles et règleraient ainsi à l'approche du lieu leur vitesse et leur trajectoire pour se croiser sans danger et sans s'arrêter.

«Les carrefours sont des endroits très complexes, car deux vagues de trafic sont en compétition dans un seul espace. Mais un système basé sur des intervalles de temps déporterait cette complexité du trafic global vers chaque véhicule. Chaque voiture traverserait alors l’intersection quand elle voit que c’est possible. Le système serait beaucoup plus efficace», explique Carlo Ratti, directeur de recherche au MIT Senseable Lab et coauteur de l'étude. S'appuyant sur un carrefour réel et la circulation mesurée par les données GPS, ils ont simulé différentes solutions et les impacts sur la fluidité du trafic, la durée des trajets, l'empreinte environnementale avec les rejets de gaz à effet de serre,...

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Avec des véhicules autonomes qui seraient capables de communiquer entre eux, tout serait calculé pour que chaque voiture puisse franchir le carrefour en fonction de son arrivée et non selon des priorités codifiées selon l'itinéraire par lequel elle débouche. Aucune voiture ne se retrouverait donc à l'arrêt au débouché de sa rue en attendant que d'autres automobiles arrivent d'autres artères. Chacune adapterait sa vitesse à l'approche du croisement afin de s'insérer sans danger de collision dans le trafic. En éliminant ainsi la phase d'arrêt, le gain serait général, aussi bien pour les usagers en termes de temps de traversée du carrefour que pour l'environnement avec les rejets de gaz à effet de serre.

Les rejets polluants divisés par deux

L'immobilisation des véhicules serait réduite à zéro, contre 10 à 90 secondes en moyenne avec des feux tricolores. Quant aux rejets polluants, ils seraient divisés par deux. Cette dernière amélioration s'explique notamment par les importants rejets occasionnés en phases de démarrage et d'accélération consécutives à un arrêt à un feu.

Cependant, les auteurs de l'étude reconnaissent que la disparition des feux ne pourrait intervenir qu'une fois que le trafic serait intégralement composé de véhicules autonomes tous équipés d'un dispositif leur permettant de communiquer entre eux. Mais cette solution pourrait, dans un premier temps, concerner des sites fermés (campus universitaires ou d'entreprises) avant de concerner les voies publiques.

Et si des chercheurs suisses ont planché sur le sujet dans le cadre de cette étude italo-américano-suisse, une solution pourrait également venir de notre pays: la startup vaudoise BestMile, qui a remporté le Prix Strategis voici quelques jours, a développé une solution pour permettre aux voitures autonomes de communiquer entre elles.

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Cependant, si la technologie est presque au point pour ces révolutions de l'urbanisme, il reste des questions. Notamment sur les interactions avec d'autres moyens de transport ou de déplacement. Dans la plupart des carrefours, la circulation est non seulement composée de files de voitures et automobiles, mais aussi de tramways (qui pourraient être équipés du dispositif eux aussi), et surtout de vélos et de flux de piétons. Or, il semble actuellement bien plus difficile de gérer les interactions forcément imprévisibles des piétons lors des traversées de chaussées que celles de voitures autonomes. Restent les solutions de passerelles ou de tunnels. Mais l'urbanisme des années 1960 et 1970 y a déjà eu largement recours. Pas toujours avec le plus grand succès.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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