Bilan

La digitalisation s’accélère dans le trading

Robotique, intelligence artificielle, blockchain… Les acteurs du commerce de matières premières lancent des projets tous azimuts, y compris en Suisse.
  • Raffinerie de pétrole en Thaïlande. Le secteur des matières premières utilise encore très peu les nouvelles technologies.

    Crédits: Athit Perawongmetha/Reuters
  • Christophe Cantala, directeur de Specialized Trade Solution chez BNP Paribas.

    Crédits: BNP Paribas

Si les ventes en ligne s’imposent toujours plus dans les achats du grand public, le commerce de matières premières reste quant à lui encore très traditionnel. «Archaïque», disent même certains. Toute transaction nécessite de nombreux documents papier, transitant par poste ou par fax, des vérifications multiples entre les parties impliquées, le tout à travers plusieurs devises et continents.

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Cette industrie s’intéresse aujourd’hui de près aux nouvelles technologies, qui pourraient apporter les niveaux d’authentification, de sécurité et de traçabilité nécessaires dans ses différents métiers. Les premiers projets tests et autres alliances en ce sens se multiplient ces derniers mois, notamment en Suisse. Selon les estimations du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), au moins 500 entreprises travaillent en Suisse dans le secteur des matières premières, qui inclut, en plus du négoce, le fret, l’inspection, le contrôle des marchandises ou encore le financement.

Gagner du temps

Les négociants en matières premières, particulièrement présents sur l’arc lémanique, ont été parmi les premiers à communiquer leurs innovations. On peut citer Mercuria dans le domaine du pétrole, avec une première «proof of concept» (ou démonstration de faisabilité) d’utilisation de la blockchain dans les transactions l’an dernier. Marco Dunand, CEO et fondateur de l’entreprise, déclarait alors à Reuters: «Aujourd’hui, nous utilisons un processus archaïque. La technologie blockchain permettra à l’avenir de passer le titre de l’acheteur à l’expéditeur et au vendeur, sans passer par une paperasserie massive.»

Dans ce domaine, les blockchains sont conçues sur mesure et sont évidemment privées, contrairement aux blockchains publiques, comme celle du bitcoin.

Un exemple récent permet de se rendre compte de l’impact de ces technologies. En janvier dernier, Louis Dreyfus et plusieurs acteurs ont annoncé avoir réalisé la première transaction de produits agricoles via une plateforme blockchain. Ce prototype a permis de suivre l’opération en temps réel, d’améliorer la vérification des données et de réduire les risques de fraude. Le temps passé à traiter les documents et les données est passé de plusieurs heures à seulement quelques minutes.

Des alliances se créent également. Fin 2017, BP, Shell et Statoil ont annoncé un partenariat avec Mercuria, Koch Supply & Trading et Gunvor, ainsi que plusieurs banques. Un consortium d’un nouveau genre ayant pour objectif de mettre en place une plateforme numérique blockchain sécurisée afin de gérer les transactions d’énergie physique.

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BNP Paribas a également codéveloppé un projet prometteur avec trois clients dans le trading. Christophe Cantala, directeur de la clientèle de la structure consacrée à ces activités à Genève, Specialized Trade Solutions (STS), nous a détaillé la logique de cet outil. «Notre système blockchain permet de gérer les phases de transit et d’entreposage avec toutes les informations associées comme la quantité de marchandise, la qualité, la provenance, etc.» Pour BNP Paribas, c’est un aspect essentiel car la phase d’entreposage est financée par la banque, avec des conditions spécifiques. «Auparavant, cela donnait lieu à de nombreux échanges entre toutes les parties concernées et nécessitait plusieurs jours, alors qu’avec cette plateforme commune, c’est beaucoup plus simple et rapide.»

La phase de proof of concept s’est terminée mi-mars et BNP Paribas dispose maintenant d’un MVP (Minimum Viable Product), qui sera testé avant d’être potentiellement déployé plus largement, voire élargi à d’autres étapes du processus. Pour l’intégration chez les clients, Christophe Cantala estime que l’interfaçage de solutions blockchain, bien que technique, reste beaucoup plus simple qu’avec d’autres technologies. Un peu comme des Lego, pour simplifier à l’extrême.  

Au-delà de la blockchain

Le Swiss Research Institute on Commodities (SRIC) avait organisé une table ronde sur les «CommoTech», à l’occasion de son événement annuel Trading Forum, qui s’est tenu à Genève il y a quelques semaines. Les membres du panel ont souligné que les opportunités ne se résumaient pas uniquement à la blockchain.

Ainsi pour Stewart Jardine, du CME Group, le big data, l’intelligence artificielle et le machine learning ont un fort potentiel, par exemple dans l’analyse d’images satellites, qui fournissent des renseignements sur l’état des récoltes ou le niveau des stocks de pétrole. Ces données permettent d’établir des tendances et d’ajuster les prévisions presque en temps réel, sans attendre des statistiques périodiques. Des éléments importants pour une place de marché comme le CME Group.

Représentant Louis Dreyfus Company, Robert Serpollet a quant à lui souligné les avantages attendus par la robotisation, notamment pour automatiser de nombreuses tâches répétitives tout au long des processus, qui doivent aujourd’hui être réalisés manuellement et prennent beaucoup de temps.

Une tendance confirmée par Christophe Cantala. «Dans un grand groupe comme BNP Paribas, nous avons beaucoup de systèmes IT qui ne communiquent pas entre eux, donc beaucoup de retranscriptions manuelles, de saisies et de réconciliations à effectuer. La robotisation peut faire en sorte que ces systèmes communiquent davantage entre eux, sans avoir à modifier toute la structure existante.»

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Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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