Bilan

La culture, nouvelle frontière du capital-risque

Au forum ArtTech qui s’est tenu à Genève, Adam Huttler présentait Exponential Creativity Ventures, le premier fonds de capital-risque spécifiquement dédié aux technologies pour les arts et la culture.
  • Après Fractured Atlas qui supportait les artistes indépendants, Adam Huttler a créé le premier fonds de capital risque qui investit dans les technologies pour l'art et la culture. 

    Crédits: Alain Herzog
  • Bquate, une plateforme de services pour les musiciens pros est un des premiers investissments d'Exponential Creativity. 

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  • Toybox développe des imprimantes 3D pour que les enfants puissent concevoir et fabriquer leurs jouets. 

    Crédits: DR
  • Après la création du ArtLab pendant sa présidence de l'EPFL, Patrick Aebischer a créé la fondation ArtTech pour suivre le domaine des innovations dans l'art et la culture. 

    Crédits: DR

En créant la fondation ArtTech, Patrick Aebischer a souhaité poursuivre un travail de rapprochement entre la culture et les ingénieurs de l’EPFL entrepris du temps de sa présidence avec la création du Collège des Humanités Digitales, la numérisation des archives du Montreux Jazz, la Venice Time Machine et finalement l’ArtLab. En plus de sa nouvelle activité chez NanoDimension, il envisage désormais la création d’un fonds de capital-risque pour investir dans les technologies pour l’art et la culture.

Une industrie de contenu

Le rationnel d’un tel fonds est logique. Les modèles d’affaires de l’art, qu’ils soient subventionnés ou qu’ils relèvent du marché, sont aujourd’hui bouleversés par le numérique. Et, comme tous les producteurs de contenus, les artistes, les musées, les galeries, etc.  sont engagés dans une vaste bataille pour l’attention dans laquelle les nouvelles technologies jouent un rôle croissant. Pour autant, quels seraient les contours d’un tel fonds? Dans quelles technologies ou quels contenus investirait-il? Et avec quelle perspective pour ses bailleurs ?

Ces questions ont trouvé une partie de leur réponse lors du Forum ArtTech (dont Bilan est partenaire), organisé par la fondation éponyme, les 11 et 12 octobre dernier sur le campus de la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) de Genève. En particulier, Adam Huttler témoignait d’une première expérience dans ce domaine avec son fonds Exponential Creativity Ventures qui a investi dans douze start-up après en avoir examiné 200 au cours des 19 derniers mois.

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Adma Huttler n’a, en effet, aucun doute sur l’importance de la culture en tant que champ d’investissement. «Les plus anciennes traces d’une activité artistique de l’homme remonte à 115 000 ans avant Jésus Christ alors que l’agriculture apparait vers moins 10 000 et la roue vers moins 4000 », explique-t-il. Pour lui, chaque période a vu l’art et la création culturelle s’accompagner de modèles économiques précis. «Du patronage de la Renaissance, on est ainsi passé à un modèle institutionnel qui va de la création des musées du Capitole à Rome (les plus anciens du monde) à celle des grands studios de cinéma.»

Il analyse une rupture dans les années 90 avec l’apparition du modèle «Indie» dans la production. Fractured Atlas, la plateforme non-profit qu’il a créé en 1997 accompagne ainsi ces artistes-entrepreneurs indépendants.  Avec un budget de 25 millions de dollars, elle assure des services comme le traitement fiscal des donations aux artistes, les assurances, la recherche de salles ou des solutions électroniques de billetterie.

Mais Adam Huttler juge que cette phase «Indie » sera courte avant la suivante qu’il appelle «casual creativity». C’est l’idée d’une vaste démocratisation de la création culturelle avec l’apparition de nouveaux acteurs que ce soit les amateurs de cosplay ou ceux d’ateliers vins et peintures (Paint and sip) qui explosent aux Etats-Unis. Il estime que les nouvelles technologies sont au centre de cette évolution.

Le levier de la technologie

«L’importance croissante de la technologie dans la création et la diffusion culturelle nous a  amené à réaliser qu’un fonds de capital-risque en phase d’amorçage serait adapté aujourd’hui», explique-t-il. «En particulier, parce que les fondations technologiques de la transition à laquelle nous assistons offre le meilleur levier en plus de ses possibilités de diversification et de sa capacité à générer des retours financiers et sociaux. Nous visons un taux de rendement interne net de 20% à 30%.»

Typiquement, Exponential Creativity Ventures prend des participations de 2% au capital dans des entreprises jeunes qui ont des valorisations oscillant en 3 et 10 millions de dollars (soit des investissements initiaux compris entre 50 000 et 200 000 dollars). «Nous nous intéressons à un très large panel de technologies. On trouve des possibilités d’applications à l’art dans pratiquement toutes les technologies émergentes: réalité virtuelle et augmentée, impression 3D, intelligence artificielle, blockchain et plus encore», poursuit l’investisseur.

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En substance, Exponential Creativity Ventures investit dans des outils et des plateformes comme Move38 pour les jeux ou Metaverse pour la réalité augmentée, dans des places de marchés ou des réseaux comme Jammcard pour les musiciens pros ou ArtLifing qui est un outil de responsabilité sociale pour les entreprises. «Nous investissons aussi dans des technologies qui ne sont pas en priorité destinées aux artistes mais qui ont le potentiel de générer de nouvelles opportunités d’expressions créatives », poursuit l’investisseur.

Retrouvez les start-up sélectionnées par le Forum ArtTech dans notre édition en kiosque à partir du 17 octobre.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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