Bilan

La Coupe du Monde à l'heure des réseaux sociaux

Après une Coupe du Monde 2010 qui a vu les premiers footballeurs faire usage des réseaux sociaux, le Mondial 2014 devrait consacrer Facebook, Twitter, Instagram ou Vine dans les liens entre joueurs, supporters, médias et sponsors.
  • Les footballeurs sont de plus en plus présents sur les réseaux sociaux et cela entraîne des contraintes pour leurs sélectionneurs.

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  • A l'instar de Cristiano Ronaldo, la plupart des footballeurs présents au mondial sont présents et actifs sur les réseaux sociaux.

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  • Les fans comptent désormais sur les réseaux sociaux pour vivre la Coupe du Monde de l'intérieur, au plus près des joueurs.

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  • Les réseaux sociaux constituent un vecteur essentiel de communication et ils l'ont bien compris en ouvrant des pages spéciales pendant la Coupe du Monde.

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Ils sont au moins 15 sur les 23 sélectionnés de la Nati à avoir un compte Twitter officiel. Plus des deux tiers des joueurs suisses au Brésil sont présents et actifs sur le réseau social de micro-bloging. Certes, aucun n'est suivi par 26,7 millions de followers comme Cristiano Ronaldo. Mais les adeptes du tweet, qui n'étaient que de rares exceptions voici quatre ans, sont désormais majoritaires dans la quasi-totalité des sélections.

A tel point que certains sélectionneurs ont mis en place une véritable politique réseaux sociaux pour leurs joueurs. Ainsi, le sélectionneur français Didier Deschamps aurait très fortement déconseillé aux joueurs français de poster des tweets ou des statuts Facebook pendant la compétition: «Il y a de bons côtés avec l’apparition des réseaux sociaux et des différentes formes de communication mais je vais être vigilant car ça peut être source de conflit», expliquait-il voici quelques jours.

Ont-ils déjà oublié la consigne ou estiment-ils qu'elle ne s'appliquera qu'une fois la compétition débutée, toujours est-il que plusieurs joueurs majeurs de sa sélection ont désobéi à peine leur avion avait-il atterri au Brésil.

 

Certes, ces «débordements» restent bon enfant pour le moment, sanctifiant l'esprit d'équipe et la bonne humeur. Mais que se passerait-il si cette harmonie se fissurait? L'équipe de France est d'ailleurs un bon exemple: si les joueurs de 2010 avaient été sur les réseaux sociaux, il y a fort à parier que les insultes de Nicolas Anelka envers son sélectionneur de l'époque Raymond Domenech dans les vestiaires seraient sortis sous forme de mini-vidéo Vine, que les mutins du bus de Knysna auraient tweeté leurs revendications depuis l'autocar ou que des joueurs auraient posté sur Facebook une photo du terrain d'entraînement déserté par eux.

Les sponsors et partenaires

Autre écueil que les sélectionneurs souhaitent éviter en restreignant l'accès aux réseaux sociaux: la dispersion des joueurs, pas assez concentrés sur l'objectif de remporter leurs matchs. Car les sollicitations sont de plus en plus nombreuses. Notamment de la part des sponsors et partenaires qui ont compris l'impact des réseaux sociaux. Les joueurs de la Nati ont ainsi posté sur Twitter une vidéo d'eux en train de s'entraîner à lancer un objet lourd... mais il s'agit d'une jante Volkswagen et pas (encore) du trophée de la compétition...

Quelques jours plus tôt, c'est un autre partenaire important qui apparaissait en compagnie de Xherdan Shaqiri sur le fil de celui-ci: le patron horloger Jean-Claude Biver.

Ainsi, entre sollicitations personnelles et obligations contractuelles de l'équipe nationale, les réseaux sociaux des joueurs s'enrichissent de contenus très importants pour eux: leurs rémunérations dépendent de ces mentions, qu'il s'agisse de contrats personnels ou des primes payées par les fédérations nationales grâce aux sommes versées par les partenaires. 

A l'intérieur des sélections nationales

Mais le changement majeur par rapport à la Coupe du Monde 2010, en plus de l'augmentation du nombre de joueurs inscrits sur les réseaux sociaux, c'est aussi le nombre et la variété de ceux-ci. En 2010, seuls deux réseaux étaient réellement implantés: Facebook et Twitter. Désormais, ils ont été rejoints par Instagram, Pinterest, Vine, LinkedIn, Pheed... Ce qui génère d'autant plus d'interfaces de communication entre les joueurs et leur public. Et contrairement au reste de l'année où nombre de stars délèguent la gestion de leurs comptes à des community managers, les contraintes de la vie en vase clos des sélections les oblige à reprendre la main en direct pendant la compétition.

Peu de risques pour les agents de voir des joueurs les court-circuiter et chercher leur futur club via LinkedIn. Mais de courtes vidéos prises depuis les bancs de touche des matchs, sur les terrains d'entraînement ou au bord des piscines des hôtels fleurissent déjà pour donner aux supporters l'impression d'être au sein de leur sélection nationale, comme avec ce retourné acrobatique et aquatique de l'attaquant suisse Josip Drmic.

Dispositifs spéciaux chez Facebook et Twitter

Cette tendance est favorisée par les réseaux sociaux eux-mêmes qui ont mis en place des dispositifs spéciaux pendant la Coupe du Monde. Ainsi, Facebook a mis en place une page dédiée aux contenus liés à la compétition: «L'idée, avec l'expérience "Trending World Cup", c'est de rassembler tout le contenu lié à la compétition. Les gens pourront se connecter avec leurs amis pendant les matchs, avec le hashtag #worldcup. On aura tous les résumés des matchs, et des cartes interactives avec où sont localisés par exemple les fans des joueurs les plus célèbres», explique Amina Belghiti, directrice des partenariats Facebook pour l'Europe du Sud et les nouveaux marchés, au magazine français SoFoot.

Autre dispositif prévu par le réseau social créé par Mark Zuckerberg: la page The Ref. Une page dédiée à un commentateur sur place proposant des contenus décalés et des scoops et répondant aux questions des internautes. «Les gens pourront lui poser des questions pendant ou après les matchs, et ses réponses seront traduites en plusieurs langues dont le français», précise Amina Belghiti. Deux entrées spécialement créées pour l'événement, car Facebook est conscient de son impact: sur les 1,3 milliard d'abonnés dans le monde, plus de 500 millions ont liké un contenu lié au football (pages des équipes nationales, des clubs, des joueurs).

Même mobilisation du côté de Twitter. L'autre réseau social géant a modifié une série de paramètres et permet désormais aux abonnés de suivre une rencontre en direct et de retweeter des contenus sur une page spécialement dédiée. Un hashtag #WorldCup donne accès à une page dédiée. Chaque supporter peut même configurer son profil pendant la Coupe du Monde pour recevoir des informations concernant la sélection qu'il supporte en ayant des conseils de suivis personnalisés.

Fans, vedettes et sexe

Mais si les sélectionneurs prennent des mesures pour restreindre l'accès aux réseaux sociaux, pour éviter que leurs joueurs se déconcentrent ou éventent des secrets, tout risque de scandale ne sera pas écarté. Et l'un des dangers majeurs pourrait provenir d'un type bien particulier de réseau social: les sites et applis de rencontres comme Tinder. Souvent coupés de leurs femmes et compagnes pendant plusieurs semaines sur ordre des sélectionneurs, les joueurs pourraient être tentés de surfer sur ces sites pendant leurs heures d'ennui.

Comme les athlètes des Jeux Olympiques qui décrivent des comportements sexuels débridés pendant l'événement, les footballeurs pourraient eux aussi avoir des pulsions et des envies. Pas d'athlètes féminines à proximité pendant la Coupe du Monde, mais sans doute des centaines de milliers de groupies qui seraient heureuses de vivre un moment d'intimité avec une de leurs idoles. Mais qu'un témoin vienne à faire une capture d'écran d'un joueur vedette sur Tinder et la diffuse sur les réseaux sociaux, et le buzz sera vite là.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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